Vacances

 

Temps de vacances

la nature se savoure vive

dans la lumière de l’été

loin des artifices de l’écran

 

Un thé en terrasse

une marche tranquille

sur les chemins des douaniers

— Vacuité de l’instant ! –

 

Septembre récoltera les fruits

et viendra bien assez tôt

je n’oublie pas les mots

mais je m’accorde une pause.

.

C.P.

tableau : Irving Ramsey Wiles

L’été en robe légère

L’été est une saison trompeuse
où fleurissent les robes légères
les regards changent de trajectoire
les véhicules oublient leur destination
ils s’offrent un p’tit tour supplémentaire
La vue troublée escorte la pensée,
poursuit chimère, ne tourne pas rond.
 
Il y a erreur sur la personne
la beauté depuis longtemps
s’est envolée, elle demeure
dans le sillage de cotonnade
derrière lui, alors que vie fuse
vers l’avant et que tangue le témoin
dans la lumière à contre-jour.
 
Cette femme n’engrange les soleils
qu’au fond d’elle-même , elle déploie
ses pages en dedans et garde son livre
fermé comme un jardin des floraisons
que seule l’ invisibilité consacre.
 
Ces regards, elle ne les voit pas
Ses fils et leur père les saisissent pour elle
qui ne vit qu’une robe à la fois
dans l’éphémère de la saison
d’ailleurs
ce n’est pas une robe d’été qu’elle porte
c’est le poids léger de l’amour
dont elle éprouve toute l’amplitude.
 
Si la robe crée la féminité elle peut l’abandonner
aux vents, aux oiseaux, au parterre champêtre, aux rêves
tandis qu’elle traversera nue l’espace amoureusement
bleu de ses lands de celtitude à l’ombre des monolithes
que sont les pierres d’ancrage de sa famille
 
.
Carmen P.

Un confetti bleu

Arthur Beecher Carles - Silence, 1908

Un peu de ciel devrait suffire
pour revêtir de compassion
la tragédie dans sa nudité.

Un fragment aussi petit
qu’un confetti
qu’un grain de riz
qu’une pupille
aussi fragile qu’une porcelaine
bleue

Oh, bleu ! crie la joie
qui a perdu saveur
qui a perdu odeur
qui a perdu demeure
car l’innocence est désincarnée.

Oh, bleu ! Existe-t-il
un coin dans tout coeur
où tu puisses germer
un point en tout coeur
un point…
de proximité, non pas à l’infini
quand l’horizon du futur
n’est qu’ un rêve qui ne tient jamais
ses promesses d’apaisement
dans un monde en perpétuelle recherche
de Paradis
alors que l’amour est là ?

.
Carmen P.

illustration : Arthur Beecher Carles – Silence, 1908

Sculpture sur bois

sculpture Debra Bernier

(Oeuvre : sculpture de Debra Bernier)

.
Le bois grave ses propres sillons
qu’il suffit à l’artiste d’appuyer
laissant aux figures encore sauvages
leur espace de discrétion

L’offrande d’une plume niche
le respect au sein du non-révélé

.
Carmen P.

Sensations

fleurs blanches

 

Si vous tenez l’oiseau, prêt à chanter, dans le creux de vos mains,   vous ressentirez un ondoiement  progresser le long de son corps familier de la joie du vol. Cette vibration  – même si une ombre bleue nous ligote – est un tremplin à notre propre envol.

Une note se réveille en nous et décolle.

*

Le silence parachève la création,

il ouvre l’espace du renoncement, c’est dans l’antichambre de l’imaginaire

que les mots du poète — pareils aux enfants des hommes —

se recueillent avant de partir arpenter le monde.

*

Le lever du soleil intime n’est pas un rendez-vous quotidien.

Pourtant, si notre corps est un monde  à lui seul – pareil à la Terre qui l’héberge – il est  évident que le soleil se lève en nous chaque jour et  les nuages de l’existence ne devraient pas nous inciter à renier ce mouvement, si naturel, qui rythme toute vie.

*

On s’invente des chemins, qu’on abandonne à un moment ou à un autre.

De toute éternité il n’y a jamais eu de chemin… On déboise et de nouvelles pousses viennent aussitôt fermer l’espace à peine ouvert. Un effacement de l’œuvre humaine semblable à la fluidité du sable…

Notre chemin nous le traçons au jour le jour, mais nous n’avançons pas dans la nuit, car – et je pense à Rilke qui dit dans les Eligies de Duino  » Etre ici est une splendeur » – nous n’avons à prendre conscience que de l’instant présent. Ce qui importe est ce que nous traversons ou ce qui nous traverse au moment où nous le vivons, sans tentative d’arrêt sur image… et je me demande  si, par l’écriture,  je n’arrête pas les sensations et les mots au lieu de les laisser filer !

Je me rassure en pensant qu’il est fort possible qu’en écrivant je déboise un chemin qui m’est nécessaire et que la végétation d’autres pensées rendra au foisonnement de la nature – à moins que le temps et le silence s’en chargent.

*

(en regardant passer un nuage)

– Quel étrange nuage !

– … comme un long vaisseau bleu

– Il n’est pas bleu il est blanc !

– Regarde mieux !

(et ces fleurs qui dansent dans le vent)

Quelle étrange floraison

la chlorophylle épanouit ses élytres

sur la délicatesse en pétales

au terminal de ces hampes

impatientes de lumière

qu’un désir de légèreté

soulève

 

L’évanescence des êtres

qu’ils soient d’air ou de terre

renvoie si peu la couleur

.

Carmen

Ecoute-toi (musique)

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Un texte mis en musique par Michel Bonnassies,  à écouter

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Apparemment le lien ne passe pas ici, mais il passe dans mon commentaire qui suit. Cliquez sur le lien du commentaire. Merci.

 

 

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J’avance comme un âne…

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Cette publication est à placer dans le cadre du thème du mois de la communauté des Passeurs de mots.

J’avais lu ce livre du Cardinal Etchegaray en 1984, il avait alimenté ma méditation qui pouvait être chrétienne, tout autant que bouddhiste, ou simplement moment de sérénité apprécié.

Voici un extrait :

« J’avance, comme l’âne de Jérusalem dont le Messie,
un jour des Rameaux, fit une monture royale et pacifique.
Je ne sais pas grand’chose, mais je sais que je porte
le Christ sur mon dos
et j’en suis plus fier que d’être bourguignon ou basque.
Je le porte, mais c’est lui qui me mène : je sais
qu’il me conduit vers son Royaume et j’ai confiance en lui.
J’avance à mon rythme. Par des chemins escarpés,
loin de ces autoroutes où la vitesse vous empêche
de reconnaître monture et cavalier.
Quand je bute contre une pierre, mon Maître doit être
bien cahoté, mais il ne me reproche rien.
C’est merveilleux comme il est bon et patient avec moi :
il me laisse le temps de saluer la ravissante ânesse
de Balaam, de rêver devant un champ de lavande,
d’oublier même que je le porte.

J’avance, en silence. C’est fou comme on se comprend
sans parler ; d’ailleurs, je n’entends pas trop
quand il me souffle des mots à l’oreille.
La seule parole de lui que j’ai comprise semblait être pour
moi tout seul et je puis témoigner de sa vérité :  » Mon joug
est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mat. 11,30).
C’est comme, foi d’animal, quand je portais allègrement
sa mère vers Bethléem, un soir de Noël. Jules Supervielle,
le poète ami des ânes, l’a bien deviné :  » elle pesait peu,
n’étant occupée que de l’avenir en elle ».

J’avance, dans la joie.
Quand je veux chanter ses louanges,
je fais un boucan de tous les diables, je chante faux.
Lui, alors, il rit de bon coeur, d’un rire qui transforme
les ornières en piste de danse
et mes sabots en sandales de vent.
Ces jours-là, je vous jure, on en fait du chemin !
J’avance, j’avance comme un âne
qui porte le Christ sur son dos. »

C’est plein de poésie et je ne saurais rien écrire de mieux sur un âne !

Sur ces mots, je vous souhaite une belle fin de semaine et surtout, n’oubliez pas :

« Avancez lentement. Pensez avec douceur. Regardez le monde avec tendresse et Aimez ! »

🙂

Quelques instants

photo : Lizzy Gadd

photo : Lizzy Gadd

Les instants se succèdent, impriment leurs sensations sur le tableau de nos mémoires. Voici quelques impressions, un peu en vrac, beaucoup en liesse, toujours cueillies au plus près d’un frisson buissonnant de poésie.

Le conscient endormi

repousse l’inconscient

– il trouble son sommeil –

Le monde des songes

ne s’ouvre qu’aux anges.

Se laisser porter par le fauve du jour. S’abandonner quand rien ne paraît vraiment nécessaire. Laisser à l’intérieur tous ces poèmes étalés comme autant de jupons inutiles. Fanfreluches jaunies sur lesquelles la poudre azurante n’opère plus aucun miracle, d’ailleurs leur  dentelle ne découpe que la grisaille. Passer du froid à la douceur presque printanière ramollit la terre… chaussons nos sabots et privilégions  la nature, préférons la boue des chemins à ces mots qui ne se tissent que dans le mental.

Les édifices que les saisons assaillent
désolent ma vision des ordonnances humaines
mais lorsque la marée se charge d’une épave
elle ponce la coque autant que mes humeurs
dans l’ensablement méthodique de l’œuvre vive

Et si la poésie n’était que l’enfance d’un regard
effleurant le fond de l’insondable qu »elle désire
après une lente gestation de la pensée ?

J’ai temps chaviré
les saisons du corps
J’ai temps décillé
les cimes du ciel
que l’espace se défait
de sa brume de chanvre
et m’envoile de ses brins
aux penchants dits sauvages

 

(impressions à la pointe du Grouin)

La vague bondit
aux genoux de la falaise
elle reste de pierre

L’eau coeur que le vent enfle
jamais n’atteindra sa face

(Envie de douce harmonie)

Rien de plus précieux
que les instants faits mains
à suspendre au bouton de la porte
avant d’ouvrir – grand – la maisonnée
au vent fleuri du dehors embrassé

 

Carmen P.