Chroniques de vie

Je vis entre deux hôpitaux. Dans l’un ma mère trouve le temps long entre les visites des membres de sa famille qu’elle ne reconnaît pas toujours, et puis elle oublie avoir eu ces visites. Dans l’autre mon mari se rétablit doucement.

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Mercredi, j’attendais dans le hall de l’hôpital. J’avais un rendez-vous avec l’assistante sociale pour le suivi de ma mère.

Un homme très âgé est arrivé sur un brancard. Deux ambulanciers, un homme, une femme, jeunes et dynamiques, lui demandent s’il est déjà venu ici. « Oui, répond-il, et ma femme est hospitalisée ici ». Ils laissent le monsieur dans le couloir aux bons soins du personnel et prennent un autre brancard sur lequel est allongée une femme très âgée, elle aussi, qui doit passer une échographie. Ils lisent le nom de la dame – c’est la femme du monsieur qu’il viennent d’amener. Moment d’hésitation car ils sont pressés par temps. « Oh, et puis, au point où on en est on n’est pas à une minute près ! » dit la jeune femme. Alors, ils font marche arrière avec le brancard sortant et mettent les deux brancards côte à côte. « Regardez qui est là, Monsieur ! »

Joie du Monsieur de croiser Madame. Emotion pour moi. Double émotion, la première de constater le niveau d’empathie des personnes qui s’occupent des personnes âgées, la seconde de me dire qu’un instant bonheur peut tenir dans un bref instant où deux brancards se croisent.

Je ne sais pas si vous vous êtes sûrs de votre vie, de vos croyances, de ce qui contribue au bonheur, moi je ne sais plus et j’ai l’âme à vif, toujours plus à vif à chaque scène de ce genre.

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Que dire de l’autre hôpital ? Un poème, peut-être ?

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Il plane un air de renouveau

au goût d’automne primesautier

quand le ciel bleu transgresse l’orage

et que l’homme – décidément amoureux –

souhaite prendre la clef des champs

avec son coeur en bandoulière

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Est-ce bien raisonnable ?

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C.P.

Photo de Jean-Luc Barré

5 réflexions au sujet de « Chroniques de vie »

  1. Partir ..sur le tapis volant des mots.et de l’émotion…le coeur en bandoulière..
    l’appel de la vie est fascinant..dans un départ..dans un retour..ou dans les deux lorsqu’ils se croisent…
    Une chronique qui nous parle …

    • Ce ne sont que simples chroniques de vie. La vie n’est pas dénuée de poésie c’est ce qui la rend « supportable ». C’est cette essence poétique de la vie que j’aime, sinon, je suis très mal à l’aise dans ce genre de lieux. Je préfère tant la nature. Si elle seule pouvait être notre « soignante » !

  2. Malheureusement, il y a des passages de vie où ces visites dans les hôpitaux sont tellement importantes pour ceux qui y sont.
    Que ton mari se remette vite. Pour ta maman, c’est autre chose. J’ai connu.
    Tu as assisté à une très belle scène de vie. Merci de nous en faire part, cela fait du bien.
    Dans un grand ensemble j’admire les soignants et oui tu l’as souligné il y a ceux qui font fi du temps, de leur temps et qui font un acte d’amour. J’ai constaté qu’ils sont nombreux quoiqu’on en dise.
    Que ton après-midi soit le plus doux possible.

    • Vu ma mère aujourd’hui. Elle voulait repartir avec moi, et son dernier argument a été : « Tu sais je ne prends pas beaucoup de place ! ». Elle reviendra chez elle dans 9 jours…. mais le temps lui semble long.
      On dit tant de mal du milieu hospitalier qu’il me semblait nécessaire de rapporter certains faits observés. Ces personnes aiment leur métier même si elles l’exercent, trop souvent, dans des conditions difficiles. Bonne soirée, pimprenelle.

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