Janvier

 

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Janvier

 

C’est janvier qui nous fige

et pique ses banderilles

dans le cuir de l’ennui

 

L’ancien peut attendre

près du feu la visite

de qui saura lui rendre

les noms sur les clichés

Et tourne en rond le chat

au disque de l’horloge

il quête une grâce

ravaudeuse de temps

 

Et c’est une caresse

sur la courbe mémoire

qui déplie la couleur

d’un bleu mélancolie

dans le champ violet

gris comme la vie

sur son lit de p’tits riens

 

C’est janvier qui nous fige

et pique ses banderilles

dans le cuir de l’ennui

 

Dehors les narcisses

transpercent la terre

par la pluie attendrie

et les oiseaux s’affolent

dans le laurier vivace

ils écrivent des sons

que le colimaçon

de l’oreille décrypte

 

Sur ce parchemin

déroulé sous la lampe

telle une fenêtre

ouverte à la lumière

les vieux lisent du dedans

les mots qu’ils ont glané

et que la vie nous voile

 

C’est janvier qui nous fige

en silence le  givre

trompe les apparences

 

 le 30 janvier 2014

26 réflexions au sujet de « Janvier »

  1. J’aime beaucoup ce poème. L’hiver est long pour tous mais plus encore pour les personnes âgées. L’expression « banderilles dans le cuir de l’ennui » est vraiment bien trouvée. Bravo donc !
    Bonne journée et amicalement.

    • Oui je pense aux personnes âgées… ma principale préoccupation en ce moment. J’espère que ma façon de mêler la vie à la nature témoigne de mon affection pour l’une comme pour l’autre.
      Bon week-end, Clara.
      Erin

    • Eh oui, je guette leurs chants… la moindre douceur dans la température semble les enthousiasmer. Je suis comme eux !
      Je viens de lire un texte que je vais aller chercher et qui parle des oiseaux. Le voilà, j’espère que tu le liras.
      La Plume

      Les peuples des nations premières croyaient que la peau d’un animal fraîchement tué conservait des forces vitales dont pouvaient hériter ceux qui s’en revêtaient. Il en étaient de même pour les plumes d’oiseaux. En effet, les plumes de certains oiseaux sont censées communiquer des énergies solaires dont elles ont capté le rayonnement. Porter des plumes n’est donc pas un ornement mais détermine un accroissement de chaleur et de vie. Ainsi les plumes d’aigle et de paon confèrent non seulement une beauté, mais une dignité, une gloire. La couleur de la plume rempli aussi un rôle, chacune présente une signification particulière.

      Prendre les plumes d’un oiseau, les porter sur son corps ou sur sa tête est non seulement une façon de participer aux forces vitales de l’oiseau à qui elles appartenaient, mais c’est aussi communiquer avec l’air, le souffle, l’espace. Tout objet, une fois recouvert de plumes, passe de ce fait, dans une nouvelle dimension au delà du corps et du temps.

      La structure de la plume, sa légèreté, l’oppose à la pesanteur. Le vent la soulève, l’agite, la fait danser. La couronne de plume entourant le front procure aux Indiens des pouvoirs magiques.

      La plume taillée de l’oie, du cygne ou encore du paon était utilisée pour l’écriture à l’encre. La parole écrite pouvait aussi répondre à une inspiration apportée directement par les esprits de l’air. Tel le vent, l’Esprit, en tant que souffle anime la plume, la fait vibrer, la rend en quelque sorte, sonore: la plume chante!

      Isolée du corps de l’oiseau, qu’auparavant elle recouvrait, la plume demeure dépendante de la symbolique de l’espèce de volatile dont elle est issue. Elle peut encore établir une communication avec un monde étrange: l’imaginaire. Monde subtil, auquel ne peuvent accéder que ceux qui sont devenus capables de vivre en dehors de la banalité de la conscience commune.

      -Marie-Madeleine Davy, L’oiseau et sa symbolique-

      Bon week-end, Paradisalia.

      Erin

    • Janvier aura été fatigant pour moi… et ce n’est pas lié aux lendemains de fêtes. Il a sûrement joué sur la tonalité du poème.
      Merci de m’avoir lue, Philippe.
      Erin

  2. Janvier qui aujourd’hui prend fin avec un soleil malin comme pour mieux se faire regretter , suis un peu curieuse de voir ce que nous réserve février peut être un retour de glace sur les pare brise à gratter .
    Bravo j’aime beaucoup ton poème
    Bonne journée
    Bisous

    • On verra… glace ou pas, l’essentiel est de se sentir en forme. Mon fils reviendra de Chine, il aura plein de choses à me raconter et je ne ferai plus ces rêves angoissants qui me disaient combien il vivait mal son travail là-bas !
      Le poème est heureux de te plaire 🙂
      Bon week-end, jazzy.
      Erin

  3. Bonsoir Carmen. J’aime beaucoup ton Janvier. Comme le montre ton joli poème, ce n’est pas un mois très gai. Mais Février pointe son nez demain. Doux week-end et grosses bises.

  4. Janvier s’en va…Il nous laisse les plaies des banderilles sur le cuir de l’ennui, c’est sûr. Mais le piquant de Février ravivera l’espoir de Mars !
    Très beau poème, Erin.

    • … ainsi les mois s’enchaînent comme les perles d’un collier.
      Je vais passer te lire… c’est un tel plaisir, je devrais me précipiter sur tes textes !
      Amitiés.
      Erin

  5. Bonsoir,
    Très émouvant ce texte… Janvier, un mois long et difficile …
    Très belle image :
    « les vieux lisent du dedans
    les mots qu’ils ont glané
    et que la vie nous voile »
    A bientôt,
    Joëlle

    • Dans l’idéal c’est ça. Il devrait en être ainsi… même si on se rend compte que le caractère des personnes ne change pas avec l’âge. La sagesse n’est pas un dû. La nature humaine est désespérante. L’amour parfois est rejeté jusqu’au bout de la vie.
      Merci de m’avoir lue, ramaje.
      Erin

  6. Un très joli texte…
    janvier est passé…Le printemps va arriver
    Ce matin au jardin les hellébores ont montré le bout de leur nez !
    Alors, tout va éclater , les mots, les fleurs, les fruits…
    Amicalement.

  7. J’ai encore lu ton texte et à chaque fois je me régale, j’aime le texte en lettre penchée et aussi ce passage qui prend toute son ampleur quand on sait s’attarder sur les mots.

    les vieux lisent du dedans

    les mots qu’ils ont glané

    et que la vie nous voile

    Merci!

    Belle journée et bisous d’EvaJoe

  8. Je t’écris ici car j’ai lu chez moi et chez Alain que tu attendais que la sérénité revienne. Mais ton blog est un lieu de douceur, de pur bonheur.

    Je sens la sérénité à chacune de tes pages et ce serait dommage de priver ceux qui aiment te lire de ne pas leur offrir ton texte…..Alain ne le voudrait pas, car lui reste sur APLN, même si en ce moment il a des difficultés à revenir…

    Mais si tu fais cela à mon humble avis c’est prendre fait et cause…Et je pense que cela n’est pas possible, justement pour que la sérénité soit là, il faut que nous restions neutre.

    Voilà, après bien entendu tu es libre, mais alors redonne moi ton blog OB.

    Merci
    EvaJoe[img]http://energie.unblog.fr/files/2007/05/211.gif[/img]

    • C’est normal que j’évite les tensions ; je dois faire face à des choses pas faciles à gérer autour de moi en ce moment.
      Alors j’ai eu envie de poster sur OB, où j’ai gardé un espace. Par contre, j’étais en train de travailler pour la communauté. Avec le thème que tu proposes, il fallait que je ressorte, et que je retravaille, un texte qui n’était pas abouti. Je l’envoie tout de suite ! (j’espère que cette lecture ne vous surprendra pas trop)
      L’autre blog, que j’alimente de temps en temps pour qu’il ne devienne pas une vitrine publicitaire :
      http://parmotsetparcouleurs.over-blog.com
      Bonne soirée, Evajoe.
      Erin

  9. Bonjour Erin,
    J’aime beaucoup ce poème très profond sur l’hiver de ce couple âgé pour qui le temps semble s’arrêter au coin du feu, mais leur vie qui semble en apparence celle de l’ennui continue avec les mots lumière qu’ils ont glanés et qu’ils lisent du dedans : c’est très beau: merci
    Blanche

    Merci aussi pour cette belle illustration qui me semble être une reproduction d’ un tableau de Vincent Van Gogh que je ne connaissais pas

  10. Ah Erin,

    J’avais manqué ce petit bijou.
    J’adore tes images ( l’ai-je déjà dit? tant pis. Et je recommencerai sûrement 🙂 )
     » Dehors les narcisses

    transpercent la terre

    par la pluie attendrie

    et les oiseaux s’affolent

    dans le laurier vivace

    ils écrivent des sons

    que le colimaçon

    de l’oreille décrypte »

    Un exemple parmi tant d’autres. Ta poésie m’émeut. Un délice
    Merci
    Douce journée à toi
    Martine

    • La nature ou l’art m’aident à fixer les sentiments ou les émotions humaines. J’aime, quand je lis, éprouver de la joie…
      Comme tu as apprécié mes mots, je partage avec toi un de ces poèmes qui me rendent heureuse.

      Six heures du matin
      ouvrant la porte du jour, j’y suis entré
      la saveur jeune du bleu m’a accueilli à la fenêtre
      dans le miroir de mon front les rides d’hier
      et sur ma nuque une voix de femme douce comme le duvet d’un coing
      et à la radio les nouvelles du pays
      et alors ma gourmandise sans répit débordante
      je vais courir d’un arbre à l’autre dans le verger des heures
      et le soleil se couchera mon petit
      et j’espère qu’au-delà de la nuit
      m’attendra le goût d’un bleu nouveau, j’espère…

      Nâzim Hikmet dans Il neige dans la nuit et autres poèmes

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