Amour du peu !

Le courage se manifeste lorsque la vie nous pousse dans un sens unique, un passage obligé où flochotent les épreuves comme autant de cailloux tombés du ciel. Le Petit Poucet de l’âme cueille ces pierres de l’une car il sait qu’il n’y a pas d’impasse et que même sur cette voie le flamboyant du feuillage de l’érable est une grâce à saluer.
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Un tableau d’ Etienne Sandorfi, traduit bien ce que j’éprouve en cet automne.
La maison est sens dessus dessous. Je ne baisse pas les bras ; j’espère que mon environnement s’ordonnera bientôt et prêtera, à nouveau, son cadre inspirant la paix, invitant chacun à l’épreuve de la joie de vivre, revenue. (La joie ne serait-elle pas épreuve, et les désagréments ne pourraient-ils pas être considérés comme des jalons ou des pierres angulaires dans la construction de notre réalité, au quotidien ?).
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Les aléas de l’existence me contraignent au silence et celui- ci n’inquiète personne… c’est très bien ainsi, car l’ami qui s’inquiète rajoute son angoisse au tumulte des heures, trop pleines. Les jours floconnent leurs inclinaisons, tantôt douces, tantôt épicées. Ils ont une consistance fantasmagorique, en ce moment.
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Je vous donne quelques nouvelles de ma poésie…. J’ai perdu six recueils qui n’oiselleront pas à l’âme des lecteurs et mon futur manuscrit, la maquette annotée, avec des petits morceaux de poèmes intercalés ici où là, a pris l’eau. Je l’ai sauvé (séché, feuille par feuille) mais tout est à reprendre. L’eau qui s’infiltre jusqu’au cœur des mots m’incite à ralentir l’écriture qui semble être une voie trop perméable et à tout cri de plume, pernicieuse.
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Eau. Le corps plein d’eau. Eau borde les yeux. Maison bateau prend l’eau et, nus, les cœurs s’abreuvent jusqu’à plus soif, au buvard de la peine. Je tends les mains, j’écarte les doigts… combien d’empans seront nécessaires jusqu’à la terre, ferme ?
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L’enfant ne se pose pas de question. La terre, il la mange sous le regard effaré de sa mère.
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L’enfant a raison, la terre est bonne pour la vie, elle est nécessaire, autant que l’est la fluidité de l’eau ou l’éthéré de l’air. Ne déterrons pas nos racines. Les pensées flottantes, dérivent, comme fumées émanant d’esprits échauffés.
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La terre et la roche sont mes appuis en ces jours aux stères de déboires prévisibles. J’ai dû commander trop de bois de chauffage, il me faudra faire preuve de plus de modération, à l’avenir.
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Il me reste la liberté d’aimer ma vie dans tout ce qu’elle m’octroie.
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Il n’est de plus grande liberté que celle d’aimer inconditionnellement tout ce qui est, tout ce que nous sommes, tout ce qui respire et croît, tout ce qui est animé en ce monde ou tout ce qui demeure parfaitement inerte. Tout cela se confond avec la vie et participe à son expansion, entraînant dans sa course tous nos désirs, ces enfants dont nous pensions certains mort-nés.
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L’amour se lie à nos con- torsions sur Terre, pour mieux vibrer passion en si… elle le vœux.
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Trêve de jeux de mots ! Pas de ciel sans terre. Etre d’ici vaut bien quelques broutilles et il n’est pas nécessaire d’être un éléphant pour les soulever… j’ignore, par contre, ce qu’en pensent les anges !

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Carmen P. le 12 octobre 2017

4 réflexions au sujet de « Amour du peu ! »

  1. Un magnifique texte, Carmen. Mais comment as-tu perdu tous ces manuscrits ? Tu montres bien que ce monde est comme un grand corps qui, comme tous les corps, se nourrit – tel cet enfant, de terre…. Tandis que les pensées fluctuent et se perdent. S’abandonner à l’existence est le plus sûr chemin pour arriver là où elle nous mène, et tu le fais dans l’harmonie et la beauté, comme l’eau qui se retire sur le sable…

    • J’avais confié le manuscrit à un classeur à soufflet, un classeur en plastique que j’avais déposé aux pieds du bureau (j’avais préparé le manuscrit avant de partir en vacances et depuis, comme il y avait des priorités, je n’y avais pas retouché). Les livres perdus, eux, étaient dans un carton que je n’avais même pas ouvert, dans la chambre du rez de chaussée. Les six livres du fond du carton sont irrécupérables. L’écriture est peu de choses et se vend au compte-gouttes, de plus je n’ai pas perdu la capacité d’écrire alors, après avoir retroussé mes manches pour éponger de l’eau, il ne me restera plus qu’à solliciter mes méninges pour trouver d’autres mots ! Merci d’être venue me lire, Aloysia, je me demandais bien comment cet écrit allait être perçu !

  2. Belle mélancolie d’un coeur qui ne pleure pas mais qui souffre en silence ,essorant le buvard de la peine..et faisant tomber les mots en une pluie silencieuse pour clamer cette liberté d’aimer..,cette magnifique espérance qui sommeille en nos coeurs et qui attend l’instant ..de le vivre…
    Magnifique texte accompagné de cette magnifique image..

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