Pour Fiona

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Pour Fiona

 

5 janvier

 

elle était fille

ange à la vie dérobée

froide comme l’hiver

 

Par l’aiguille amniotique

d’un amour incertain

s’est creusé le bulbe

où l’esprit paraissait

 

Aspiré le verbe

de ce corps flotté

et la douleur — seule

face au silence

figée

 

Entre sommet et gouffre

la poésie s’emmêle

éblouie par la mort

elle contemple l’en-terre

 

C’est l’argile qui s’enferre

sur des rails  disloqués

où la voix d’une enfant

plie au silence intimée

 

 Erin (Carmen P.)

19 réflexions sur « Pour Fiona »

  1. Florence – Testé pour vous
    Bonjour et c’est une superbe poésie, pleine de tristesse… »la voie d’une enfant plie au silence intimée » comme c’est triste, vraiment…beau et triste. A bientôt et passe une bonne soirée…sans tristesse aucune j’espère

    • Cette inaptitude à parler m’a toujours surprise, même en rêve elle ne parle pas. Elle n’a pas appris à nos côtés, mais ses frères semblent la comprendre mieux que moi.
      (j’ai bien conscience que ce que je dis là peut s’apparenter à du délire, mais il n’en est rien)
      La tristesse me rattrape toujours le 5 janvier. Je préfère y penser consciemment, sinon mes rêves me le rappellent de façon trop puissante.
      Merci de m’avoir lue, florence.

    • C’est triste… et cela arrive encore aujourd’hui. Combien de femmes vivent cette expérience et reviennent chez elles, moralement contraintes au silence*. Parfois, c’est toute une famille qui se mure dans le non-dit. On n’en parle pas aux autres enfants, on reprend la vie comme si de rien n’était. C’est terrible. L’enfant disparu est comme gommé. Je suis pour la parole, pour la reconnaissance des faits… mais cela n’empêche pas d’aller de l’avant dans la joie, ensuite, même si on ressort transformé de cette épreuve.
      * [pas facile de dire : « Je suis en congé de maternité mais l’enfant n’est plus là ». C’est plus facile de dire : « Je suis épuisée, je me repose » ou plus pitoyable : « Je suis en dépression (dans ce cas on ne dit pas pourquoi)… alors que la déprime est normale, elle a juste besoin de temps pour se dissiper… et cela ne se fait qu’en reconnaissant, acceptant ce qui s’est passé]

      Merci pour tes mots, florence.

    • Etrangement c’est un sujet qui m’a toujours préoccupée. J’ai parlé très tôt et, constater que mes petites copines, elles, n’y parvenaient pas encore, étaient une énigme pour moi. Je demandais à ma mère, ce qu’il fallait faire pour donner l’envie de s’exprimer. Elle ne pouvait bien sûr pas me répondre. C’est peut-être pour cela que je suis devenue enseignante (en maternelle). Enfant, je voyais aussi le décalage qu’il y avait entre les pensées des adultes et leurs paroles. La parole est souvent mal utilisée et manque d’authenticité. Cette enfant, quand je la vois en rêve, même si elle ne parle pas, communique par le regard… mais sa parole me manque (la voix est déjà quelque chose de physique).

  2. Je ne suis pas certaine d’avoir tout compris mais une étrange tristesse m’a envahie. Ce poème m’a rappelé une autre enfant que l’on a réduite au silence…

    • Marinelou, que la vie soit douce aux enfants, pour qu’ils puissent grandir et construire un monde meilleur. On a besoin d’eux sur terre… Je ne peux qu’utiliser les mots pour ceux qui ne les ont plus (j’essaie).
      Bonne Année à toi aussi. Erin

    • Merci Paf. Je viendrai te lire.
      Mes écrits changent, en fonction de ce qui me touche, de ce que j’observe ou de l’inspiration qui s’impose – et dont je ne suis pas libre, mais que j’accepte.
      À bientôt.
      Erin

  3. Bonjour d’amitié,
    Comme je comprends tes mots à l’absente. Comme je comprends ta tristesse. Mais les rêves sont de merveilleuses passerelles vers ce monde où nos chers petits nous attendent… Ils apparaissent un instant pour nous dire qu’ils sont toujours là, près de nous… C’est mon intime conviction. Parfois, quand je me réveille, j’ai la sensation du baiser sur ma joue…
    Mais il me semble que je ne sois pas la seule à penser ainsi…
    Belle journée Carmen, amitiés et bises.
    Joëlle

    • Là aussi, je n’ai pas répondu.
      Oui, les rêves sont importants. Quand j’essayais consciemment d’oublier, les rêves venaient me réveiller. Et quelle présence ! La parole ne permet pas de communiquer avec elle, mais si j’aime tant utiliser les mots justes, ce n’est pas un hasard. Elle est comme une vibration très pure.
      Amitiés.

  4. Ecrire pour rendre l’absence moins pesante? Tu as résumé ce que j’ai ressenti.
    Tu parles de ses frères qui comprennent. Les deux frères étaient présents mais l’un ne parlait pas. Il n’avait pas besoin, le frère traduisait ses pensées.
    Que ton année soit douce.

    • Bonsoir pimprenelle,
      Certains souvenirs sont portés par toute la famille… et chacun réagit à sa façon. L’année commence par ce souvenir, ensuite j’essaie de ne plus y penser… et quand les rêves viennent ils ont la marque de ce refus.
      Que l’année 2014 soit bénéfique et sereine.

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