Les pieds nus de Zadkine (note de lecture)

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Les pieds nus de Zadkine 

Roman de Gaëtan Lecoq édité par La part commune – 2012

Un roman initiatique narré à la deuxième personne du singulier. Ce choix interpelle, en début de lecture,  puis on se laisse apprivoiser par cette parole qui nous prend à témoin. Après tout,  peut- être que cet enfant de dix ans, surnommé « Pinson », n’est autre que  notre enfant intérieur ? 

Alors que, réfugié dans sa cabane au cœur d’une forêt du Lot – cachette qu’il utilise autant pour échapper à une fratrie qui ne le comprend pas que pour ressentir son attachement à la nature dont il aime percer les secrets –  l’enfant dessine des oiseaux qu’il a observés, il voit surgir devant lui un homme taillé comme une pierre levée et cet homme marche pieds nus.

L’esprit de la nature semble s’être matérialisé devant l’enfant orphelin, et c’est tout naturellement qu’il accepte, dans un grand éclat de rire, de s’abandonner à la protection de cet inconnu, cet étranger pour les gens du village.

Au fil des étés, l’enfant livre les secrets de la forêt qu’il connaît comme sa poche et l’homme, un artiste sculpteur, ouvre son atelier et sa maison à l’enfant qui découvre que les relations humaines peuvent être joyeuses et stimulantes, que l’art permet, en partant de cette nature aimée, d’ouvrir d’autres perspectives, d’imaginer d’autres possibles, de tendre vers une réalisation plus fulgurante de vérité que les précédentes, tout en demeurant passionnément présent dans l’acte de création.

Ossip Zadkine, le sculpteur (1890-1967) et sa femme Valentine Prax, artiste peintre, vont insuffler le goût de la vie à cet enfant à demi sauvage. Ils seront un exemple pour lui, tant artistiquement, intellectuellement, que par l’amour qui illumine leur relation. Les épreuves ne leur seront pas épargnées car la guerre  va séparer le trio, mais ils se retrouveront ensuite, et c’est Zadkine, même  vieillit, qui viendra réveiller le corps souffrant et diminué de Pinson.

On se laisse porter par cette histoire où la nature, l’art et l’amitié s’unissent pour tisser des liens puissants qui pallient les failles d’une vie  mise sous le signe premier de la tragédie.

Ce roman est un condensé de tendresse où chante  l’existence – en dépit de ses ratés.

Avec Pinson nous aimerions dire avec reconnaissance à la Vie: Je suis le dernier Zadkine. 

Un extrait p.153-154  : 

«  La mission est réussie, pleinement réussie, insiste le capitaine. Tu t’es mis à l’écart, trouvant incongrue cette réjouissance : tu revois les tirs de la mitrailleuse, les assauts de tes camarades, tout repasse au ralenti devant tes yeux. Tu songes aux visages perdus des jeunes Allemands avant qu’ils ne s’effondrent sous les impacts de balles. Tu t’éloignes du groupe car tu sens que tu vas vomir. Dans les regards détachés et surpris des soldats allemands si jeunes, tu lis ta propre jeunesse, tu y vois ton propre effroi. Comprends-tu que ta vie est là, comme un élément infime du long mouvement du monde, un simple passage dans la folie du temps ? Et si c’était cela que l’art de Zadkine voulait t’apprendre : être au monde et se libérer de soi-même ?

… »

 Merci à Gaëtan Lecoq pour cette écriture tout en  sensibilité, dont j’ai savouré chaque instant de lecture.

 Erin (Carmen P.)

5 réflexions au sujet de « Les pieds nus de Zadkine (note de lecture) »

  1. Je me suis laissée porter par tes mots Carmen et tu m’as donnée l’envie de parcourir ce livre et d’en savoir un peu plus sur l’histoire de Pinson en osmose avec la nature et l’art. Bisous et belle journée. Ce livre est-il en vente dans les librairies ?

  2. Florence – Testé pour vous
    Bonjour…tu donnes envie de découvrir, de vivre ce livre…j’ai noté et peut-être qu’un jour…en tous les cas, merci pour ce vibrant partage…mais je ne venais pas pour ça..Je passais te dire : joyeux noël, avec plein de belles et bonnes choses…je te souhaite une très belle journée et à très bientôt 🙂

    • Merci Florence. J’espère que le temps de Noël et celui du Nouvel an ont été agréables pour toi. Je ne suis pas venue sur mon blog et c’est maintenant que je te souhaite une belle année 2016 !
      Je t’embrasse.
      Carmen

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