La nativité

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La nativité,

quand le corps devenu berceau,

se prête à l’éclosion de la vie,

la femme, toute à la possession d’amour,

entrevoit une perte, inestimable, celle de sa propre enfance.

Etrangère à sa chair, tout lui devient étrange,

dans la déchirure d’une naissance, dans l’abondance d’un lait, dit nourricier

Les fibres de son être, stimulé à l’extrême, hors de son contrôle,

accélèrent leurs vibrations jusqu’à atteindre l’amplitude maximale

du don de soi. Le corps mute à ses risques et périls. Le corps s’emballe

 

On ne soupçonne pas la portée de cette éclosion,

elle déborde des apparences,

transcende la dimension corporelle.

Tandis que les bras enlacent le nouveau-né,

le cœur devine qu’il aura à se dilater, encore.

De jour en jour, d’année en année. Petit à petit,

il libèrera l’étreinte, dans l’acceptation de l’œuvre

du temps et la complicité de l’espace.

 

La mélancolie déferle par vagues sur les rives de la conscience intuitive,

jusqu’à ce que l’âme, à son tour, repousse les horizons.

Comme le corps engendre la vie, l’âme accompagne la croissance de l’enfant.

Elle demeure légère, car Cronos, son allier, lui permettra d’affronter

les inévitables, petites ou grandes, séparations futures.

Les épreuves seront comme des pas japonais dans la neige des lendemains, à franchir à cloche-pied.

Oui, à cloche-pied et le cœur léger, car seul le présent, dans la bulle des complicités quotidiennes, compte.

 

Naissance et mort parfois se liguent… on n’entend aucun cri, seul un silence

où la lame affûtée du destin rompt ses promesses. Une porte se ferme, un escalier est subtilisé.

Mais il n’y pas de porte et l’escalier s’est éboulé.

La conscience ne peut fuir la réalité, qu’elle doit accepter de regarder.

On se retrouve stupéfaite devant le vide. Inutile. Ceux qui nous aiment nous regardent angoissés; ils ne comprennent pas.

La raison, on la garde pour eux, même si leur amour ne peut se mesurer à l’absence.

La nature-mère préparée à la profusion doit calmer son flux.

L’expansion de tendresse après avoir chuté dans un abîme de détresse, reprendra son ascension vers un espace que l’intelligence humaine ignore.

Le chagrin s’ouvre ensuite sur la révélation de la présence aux autres,

et sur le don du bonheur souhaité, à chaque être croisé (surtout s’il vit la joie qui nous a été refusée).

 

Enfants,

où que vous soyez, c’est d’une maternelle caresse que mes pensées vous délient.

Dans la proximité de l’amour, je me réjouis de savoir que vous vivez, comme vous l’avez choisi, là où vous avez décidé de vous fixer.

Quelque part les racines se rejoignent.

Toujours.

 

Erin (Carmen P.)

22 réflexions au sujet de « La nativité »

  1. Bonjour Carmen,

    Quelle profondeur
    Donner la vie, un acte d’une longue portée.
    Une expérience extraordinaire que j’ai eu la chance de vivre pleinement.
    Quel beau texte Carmen
    Merci
    Douce journée à toi
    Martine

    • Oui, c’est ce que j’ai essayé de dire, dépasser l’aspect physique, qui n’est pas anodin et un peu angoissant, pour atteindre la signification plus profonde.
      Merci de m’avoir lue, Martine.

  2. On sent le vécu dans ce beau texte. La maternité est une chose naturelle et bizarre à la fois. Je n’aurais pu supporter de ne pas avoir d’enfants mais je peux comprendre aussi celles qui n’en veulent pas.
    Pourtant pour moi, elles se privent de grands moments de l’existence.
    Merci pour ce bel écrit.
    Bonne journée.

    • La maternité permet à une autre conscience de voir le jour, en nous. Elle ouvre sur une autre dimension, enfin… elle entr’ouvre une porte qui parfois se referme car nous sommes vite « absorbées » par le quotidien.
      Il y a celles qui ne parviennent pas à avoir d’enfant, malgré de multiples tentatives, et pourtant, pour les avoir côtoyées, j’ai senti – très fort – la présence d’ enfants près d’elles. Un amour qui ne demandait qu’à prendre corps sous leur aile. Y sont-elles parvenues ou ont-elles adopté un enfant ? Je ne le sais, mais j’imagine la puissance de l’amour qu’elles ont eu à offrir.
      D’autres ne le souhaitent pas ; la vie les appelle à d’autres expériences et elles le savent.
      Merci d’être venue me lire, clara.

    • Sans condition, sans retour… en effet. J’essaie de le dire. L’enfant n’est pas un dû, l’enfant n’appartient qu’à la vie qui nous traverse, tous.
      J’essaie de le dire, sans tomber dans les clichés. J’aime trop les mots pour ne pas tenter d’aborder ce sujet et j’y reviendrai.

  3. bonjour
    je suis un peu ennuyé pour mettre un commentaire
    alors je te suggères d’aller lire un texte que j’ai publié
    en 2009 à mes début sur le blog un texte écrit après
    la naissance de mes deux première filles dans les années
    7750/80 cela me servira de commentaire merci de ta compréhension
    bonne journée..
    le 06/05/2009 « ECLOSION » le titre en question..

    • Je suis allée voir. L’homme accompagne cet évènement dans la vie du couple – cette éclosion – avec toute sa tendresse.
      Normalement une grossesse se déroule au mieux… dans ce cas c’est merveilleux (mais j’ai connu le pire).
      Sans trop en dire, j’ai essayé d’apporter des nuances au tableau, les bouleversements physiques, la conscience des responsabilités, l’amour pour l’Enfant, où qu’il soit, où qu’il vive.
      L’enfant de la photo, lui, vient d’obtenir un très bon poste aux US, à la pointe de la recherche il contribuera à sauver des vies. Je suis fière de lui, chaque jour mes pensées l’accompagnent, en confiance… j’ai d’autres enfants qui connaissent plus de difficultés professionnelles. L’amour intègre tout, désire le mieux pour nos enfants avec ce souhait qu’ils rayonnent et apportent au monde ce que leur présence, unique, peut offrir.
      Merci de m’avoir lue, Didier.

    • Une magnifique expérience d’amour… je me dis que l’amour trouve toujours sa voie pour s’épanouir, d’une façon ou d’une autre. J’avais besoin de cette voie là. Sans mes enfants, je ne sais pas si je me serais accrochée à la vie. Ils m’ont donné la vie (et même l’enfant qui est partie).

  4. On donne la vie, c’est un geste fort, parfois les sentiments nous surprennent, parfois aussi le chagrin s’installe ou l’éloignement nous donne du chagrin, la vie n’est pas linéaire, les enfants sont tous différents, il faut continuer, en les aimant quand-même
    Bonne soirée Carmen

    • Près de nous ou loin de nous l’essentiel est que nos enfants apprécient la vie qu’ils ont choisie et que là où ils sont ils sèment (sans que nous le sachions), à leur tour, les graines des valeurs qu’ils ont observées au foyer.

  5. Bonjour Erin!!!
    Ton texte est beau et fort!!!
    Je crois te reconnaître sur cette photo, que je trouve superbe!!!
    Je suis trois fois maman, jusqu’à 46 ans j’ai rêvé encore d’être enceinte puis je me suis raisonnée, me disant que j’arrivais à un âge où je devais préserver ce corps qui avait été pas mal bousculé . Des kilos jamais perdu, une silhouette alourdie, une fatigue parfois insurmontable , l’heure est maintenant de penser à moi et de profiter pleinement de ma vie de femme et des enfants de mes enfants 😉
    http://dimdamdom59.apln-blog.fr/2014/03/20/pauvre-tu-tlaisses-aller-poesie-du-jeudi-chez-asphodele/
    Je te souhaite une douce semaine.
    Bises.
    Domi.

    • Oui, je suis sur la photo avec mon fils premier-né. Le désir d’enfant, quand on aime son conjoint, reste vivace longtemps. Parfois je rêve encore que j’attends un enfant… mais il y a toujours une petite voix qui me réveille et me dit qu’il n’est plus temps. Je pense avoir donné un maximum d’amour aux enfants (aux miens, à ceux des autres – par ma profession), maintenant, je mets l’amour dans mes mots, dans ma présence au monde, aussi. Merci pour ta lecture, dimdamdom.

  6. Florence – Testé pour vous
    Bonjour…quel beau texte pour décrire, raconter un des beaux moments qui soient…bravo, c’est vraiment très beau…je me souviens, lorsque j’ai donné la vie…c’est beau, douloureux mais si beau
    Je viens de me faire opérer de la rétine, alors mon oeil se remet doucement de cette opération. Voilà pourquoi je me fais plus rare sur les blogs. J’espère que tu vas bien et que tout va bien pour toi. Je te dis à très bientôt et passe une très bonne journée (après une bonne nuit, car il est tard)

    • Merci pour ta lecture, florence. J’espère que ta vision s’est bien rétablie. Je ne suis pas trop présente sur mon blog, non plus. Je vais avoir beaucoup de visites à faire sur les blogs amis prochainement.

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