Paul et Fanny 4

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Paul et Fanny

 

 

La jeune fille était sûre de son fait et éprouvait une délicieuse sensation de déjà vécu, elle se souvint alors de la première fois où elle reçut des compliments comme jamais aucun homme ne lui
en avait fait. Elle avait découvert à quel point elle pouvait plaire, et elle s’était surprise à envisager l’avenir avec un autre regard. L’espoir n’était-il pas là à portée de main ! Ce jour là,
elle s’en souvenait comme si c’était hier, elle avait agrémenté sa chevelure de fleurs d’azalées très fines, très petites mais elles avaient suffi. C’était il y avait un an et demi… et depuis,
rien… Le doute s’insinuait à nouveau dans sa vie. Il s’insinuait et avec quelle rapidité ! Dans ce petit coin de campagne, il fallait, pour venir ici, ou le vouloir ou être totalement dépourvu
du moindre soupçon d’orientation !

“Perdu n’a rien à voir avec éperdu” , souriait elle, un rien déçue.

 

 

Quel était ce manque qui l’envahissait, cet inconnu dont elle ressentait un besoin de plus en plus important chaque jour ? Elle ne croyait pourtant pas au prince charmant, sa mère lui avait bien
répété que ce n’était souvent qu’illusions de courte durée. Il suffisait de regarder, d’écouter ces quatre vieilles canailles qui chaque jour s’attablaient au café ! C’était ça les lendemains ?

 

 

Et pourtant, elle se plaisait au Bar du Centre, les patrons lui faisaient une confiance totale, lui en laissaient pour ainsi dire l’exploitation comme elle l’entendait, trop heureux qu’ils
étaient de se consacrer entièrement au restaurant. Il n’y avait pas beaucoup de passage, mais ils avaient su s’adapter aux évolutions et ils avaient développer les repas à domicile chez les
seniors des communes environnantes. Une clientèle en pleine expansion ! !

 

 

Fanny prenait conscience ce matin que depuis quelque temps déjà des changements s’opéraient en elle, complètement à son insu ; des petites vaguelettes sournoises attaquaient sa falaise de bonne
humeur permanente, de vitalité à toute épreuve. Il y avait un petit moment déjà qu’elle trouvait ses soirées plus longues, plus mélancoliques, ses disques résonnaient moins entre les murs de son
petit appartement, on la trouvait plus rêveuse, moins à l’écoute.

 

 

– Bon, je vais être en retard pour ouvrir ! marmonna-t-elle en allongeant sa foulée. Il n’empêche, elle avait un grand manque en elle, un grand manque à côté d’elle, cela se précisait, elle en
avait assez d’être seule, de se parler à elle même, de voir sa vie réglée par l’horloge de la monotonie quotidienne et surtout ces soirées … Comme elles étaient longues, la pendule devait devenir
fainéante elle aussi, ses aiguilles tournaient moins vite, elles n’allaient quand même pas dire qu‘elles prenaient leur temps elles aussi ! Mais alors ….

 

 

– Si ça continue, tu ne seras même à l’heure pour servir l’apéro ! »

C’était Maurice qui faisait les cent pas, baissant et relevant sans cesse sa casquette.

Lui, les aiguilles devaient se mettre à courir dès qu’il ouvrait un œil le matin afin de l’expédier au loin ! Ah, ce Maurice, il s’ennuyait aussi tout seul mais il avait toujours été incapable de
retenir quelqu’un près de lui.

 

 

Fanny sourit, se garda bien de répondre, accéléra le pas, passa par la petite cour et entra au bar par la porte de service. Sans tarder, elle actionna les volets, alluma les machines à sous, un
peu de musique également, la même qu’hier et que le mois dernier d’ailleurs, ouvrit la porte principale et fila vers la machine à café. C’était reparti ! Maurice vint s’asseoir à sa place , posa
son couvre chef sur la chaise derrière lui et commença à touiller le café qui venait d’arriver.

 

 

(à suivre)

3 réflexions sur « Paul et Fanny 4 »

  1. Bonsoir Carmen

    c’est un changement radical que je découvre dans ton style, mais peut-être l’avais-tu déjà.

    Quelle clarté, quelle limpidité, on vit l’histoire à fond sans oublier le moindre mot et on en redemande.

    Ma première femme tenait un bar et tu en décrit exactement le contexte
    Félicitations

    Merci au nom de la communauté

    Bisous et douce nuit

    Amitié
    Le Noctamplume

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