À toutes les Sidonie ou Eugénie ou Joséphine…

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 À toutes les Sidonie ou Eugénie ou Joséphine…

 

Sidonie aimait les enfants, elle ne se privait pas d’amants, pour autant.

Elle est parvenue à soustraire, des jours d’attente et des années d’enfermement,

quelques débris avec lesquels elle s’est bâti un paysage de tendresse

tout en lumières intérieures

 

Les falaises des médisances, repoussées, libéraient l’espace, et les ronces du désaveu

— broussailles noires dans sa chair — enfonçaient leurs échardes qu’elle retirait

de ses dents de louve. Seule elle a hissé, du marécage des malheurs, sa famille —

elle, l’orpheline.

 

La raison en bouclier était sa corne d’abondance, elle cherchait des mots onguents

et rêvait d’une plume fidèle capable de traduire, à cœur, les nœuds de sa vie calleuse.

Sans boussole elle a relié les amers de l’existence, espérant voir surgir la joie de sa vie

défaite, face  à la haine, face à l’envie.

 

Où se cache l’amour quand il n’a plus de lit ?

Dans le filet de l’air qu’un rai de lumière traverse.

Sur une latitude, sidérale, où se croisent les esprits.

 

Erin (Carmen P.)

19 réflexions sur « À toutes les Sidonie ou Eugénie ou Joséphine… »

    • Quand un amour ne peut être vécu, parfois il devient l’idéal du bonheur auquel la réalité ne résiste pas. Ne jamais s’arrêter à un instant. Ne jamais croire que le bonheur nous est extérieur.
      Amitiés.
      Erin

  1. Combative et déployant ses forces contre les ronces dont fut jonché son chemin, cette femme n’en demeure pas moins blessée par le manque d’amour.
    Très émouvant, Carmen.
    Bonne soirée.
    Cathy.

    • La femme dont je parle dans le poème a effet beaucoup souffert. Elle ne s’est pas accordé le droit au bonheur… pourtant, elle était porteuse d’un sacré élan !
      Bon mercredi, Cathy.
      Erin

  2. Votre écriture et magnifique, votre sujet émouvant, souvent je fais face à des vestiges du temps passé, et j’ai toujours un vertige en me disant que face à ce qui est devant moi se sont trouvés des êtres qui ne sont plus et qui pourtant y sont encore!!! Merci! je reviendrai avec votre permission!!!

    • L’écriture a eu cet effet sur moi… j’ai dépassé cette sensation. Cela peut revenir parfois quand je vais chercher trop profond mais je ne m’en inquiète plus (en fait il faut cesser de creuser et laisser venir).
      Vous pouvez venir lire, la porte est ouverte.

  3. Comme c’est beau surtout au regard de son histoire tu nous entraînes encore plus loin et nous la voyons réellement cette femme blessée par la vie qui n’a pas été tendre avec elle.

    Dans tes mots je sens que cette femme est à la fois frêle, mais aussi forte lorsque je lis l’allusion à la louve..

    Tu as bien écrit et donner un plus à cette histoire d’hier mais qui peut avoir des retentissements dans certaine vie de nos temps.

    Belle et douce nuit

    Amicalement

    EvaJoe

    • Eva,

      Ma participation se fera sur  » À toutes les Sidonie…  » Priorité à ces rêves brisés, ces vies détournées…

      Je ferai la tournée des ami(e)s. Une bien belle communauté que celle que tu nous as proposée. Je me demande si je peux envoyer ainsi plusieurs poèmes, ou s’il vaut choisir le poème mensuel qui correspond, le mieux, au thème proposé.

      À bientôt sur nos pages. Erin

  4. Une bien triste vie pour cette jeune femme . Difficile de survivre face à la haine, à l’envie, le regard des autres. Elle en reste une femme résignée mais ne se laisse pas abattre c’est tout en son honneur.
    Merci pour ce partage, tu es talentueuse!!!
    Je te souhaite une douce soirée.
    Bisous
    Domi.

    • Bonsoir dimdamdom. Talentueuse ou pas… j’ai eu envie de parler de cette femme. Beaucoup de nos grand-mères, voir de nos mères, n’ont pas eu une vie facile. Petite fille cela me révoltait j’avais déjà le désir de donner la parole à ces femmes, mais beaucoup trouvaient cette démarche vaine (ce qui me révoltait encore plus).
      Douce soirée à toi aussi.
      Carmen

  5. Florence – Testé pour vous
    Bonjour…C’est beau, touchant et si triste. Cette lettre adressée à une jeune demoiselle, une inconnue…je me suis dit, avec mon cynisme habituel, que j’espère qu’il n’a pas été déçu s’il a fait sa connaissance…parfois les images que l’on perçoit peuvent être trompeuses…idéalisées et lorsque la rencontre se fait, la chute est terrible !
    Tu as écrit un très joli poème, plein d’amour, de mystère, de douleur, de douceur et de fragilités. Une vie qui n’est pas passée à se lamenter…et c’est tant mieux..avancer, quoiqu’il arrive, quoique les autres en disent.
    A très bientôt et merci pour ce moment de douceur

    • Cette lettre illustrait bien l’histoire du personnage de mon poème. J. était née en 1909, elle a vu partir son père à la grande guerre, elle s’est souvenue jusqu’au bout de sa vie de l’immense tristesse de son père quand il a quitté sa famille — il savait qu’il ne reverrait pas les siens (premier arrachement à un légitime amour).

      Merci de m’avoir lue, Florence.

      Erin

  6. Quelle belle écriture … tu poses sur cette femme ton regard bienveillant, plein de douceur et d’affection , c’est très émouvant de découvrir dans des lettres ou d’entendre le récit d’amours inachevées ou contrariées. Une blessure qui pourrait couper à jamais de l’élan de vie, vouer à un repli sur soi auto-destructeur. Et pourtant, par l’écriture, l’acte de création et les opportunités de partages, on peut donner un nouveau sens à son existence, s’ouvrir à tous les possibles …
    Merci Erin,
    Plume

    • La vie pour de nombreuses femmes de cette génération n’a pas été facile… en ce qui concerne ma Sidonie la volonté de ne pas plier a été le moteur. Elle s’en sortirait et la tête haute, sans rien devoir à personne, pensait-elle. L’amour pour un homme, le vrai, l’unique elle avait dû l’abandonner… mais elle le regardait avec tendresse se déployer dans la vie de ses petits enfants. L’écriture est une belle chose, quoi de plus beau que de garder la trace des écrits de ceux qu’on a aimé. Je regrette vraiment que les lettres deviennent désuètes… c’était un bonheur que d’en recevoir.
      Bonne soirée, Plume.
      Erin

  7. Bonjour Erin,

    Quel beau portrait de femme. Une walkyrie qui aime, bataille et porte sa famille à bout de bras envers tout et contre tous. Une Sidonie pleine d’envie de joie, de douceur, de rêves ,de caresses qui ne s’avoue pas vaincue. Une attitude très courageuse pour l’époque.
    J’aime ton style Erin si riche d’images.
    Merci pour ce beau partage

    Mes meilleurs vœux pour 2014
    Amicalement 😉
    Martine

    « Les falaises des médisances, repoussées, libéraient l’espace, et les ronces du désaveu

    — broussailles noires dans sa chair — enfonçaient leurs échardes qu’elle retirait

    de ses dents de louve. Seule elle a hissé, du marécage des malheurs, sa famille —

    elle, l’orpheline. »

    • Bonjour Martine,
      Je suis allée repêcher ton commentaire dans les indésirables. Je ne sais pourquoi certains messages transitent par ce post !
      J’aime cette Joséphine et les femmes qui lui ressemblent, qui n’ont pas eu la vie facile à une époque où la femme se devait de n’être que mère au foyer. J’aurais tant de choses à dire encore sur ce sujet, d’ailleurs peut-il s’épuiser ? Je ne suis pas féministe, mais les qualités féminines ont tant de mal, encore, à être appréciées et à trouver leur expression dans notre monde, que je fais ce que je peux pour leur redonner leur dignité. Parfois, souvent, j’idéalise, mais là, quand une personne a tant souffert, peut-on encore noircir le tableau ? Les limites humaines font que nous avons les défauts qui nous sont reprochés, mais ces défauts, trop vus, ces reproches trop acceptés et qui développent le mal-être, le manque de confiance, ou la révolte, brouillent notre vue et nous en oublions de considérer les valeurs essentielles que la personne a essayé, durant toute une vie, de mettre en avant. Alors oui, je suis idéaliste, car je regarde au-delà des apparences.
      Ceci n’était qu’une petite digression… 🙂
      Merci d’être venue me lire, Martine.
      Que l’année 2014 te soit douce.
      Erin

  8. Re bonsoir Carmen,
    Très émouvante cette trouvaille… Je suis d’autant plus touchée que cette missive vient de Bergerac, mon village n’est pas vraiment loin… C’est très romantique…
    Je crois que je suis une romantique dans l’âme, et j’aime écrire encore des lettres papiers pour mes ami(e)s avec dessins, collages, parfum…
    Voilà un trait toujours aussi vivace de ma personne, même ou malgré mon âge…
    Merci pour le moment de rêve…
    Belle soirée Carmen,
    Bises
    Joëlle

    • Oui, c’est vraiment romantique et cela m’a fait penser à ma grand-mère qui était amoureuse d’un homme mais a dû en épouser un autre. Bien ? Mal ? Où aurais-je vu le jour si l’histoire s’était écrite autrement ? Comment serais-je ?
      J’aime aussi recevoir des lettres. J’aime les collages et les mots, mêlés à la peinture…
      Que serait la vie sans le rêve ?
      Je pose beaucoup de questions ce soir !
      Merci d’être venue, ramaje47.
      Erin

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