Paroles de corsaire

Le fantôme du corsaire – appelons-le Youenn – semblait considérer Lucas avec incrédulité.

Si nous étions tous deux voiliers, dit-il, nous passerions comme mirages sous le regard des hommes qui ignorent  autant les rêves du passé que ceux qui construisent  l’avenir.

Le sommet de nos mâts s’estomperait dans le lointain. Tu serais aussi invisible aux humains que je le suis aujourd’hui.

Ta voile pendue comme l’aile brisée d’un cormoran s’enliserait dans la brume et son clappement s’étoufferait progressivement dans le silence où personne, jamais, ne viendrait répondre à tes plaintes de lamantin. Tu as de la chance que je sois là. Ton égarement m’a tourmenté. Quel crime te reproche-t-on ? Le monde est-il devenu si dur que faute d’enfance est condamnable à vie ? Tandis que moi, voué à l’éternité sur un rafiot taillé pour affronter les vagues, je laisserais, appuyées sur l’étroitesse du bordage, les voiles plissées comme longues jupes de femmes pendre aux vergues.

Les hommes ignorent ma présence, je me déplace, sur les eaux comme sur le sol si promptement qu’on m’entend à peine. Tu peux m’appeler « le goéland silencieux ».

Ah, si tu savais la fébrilité de certains matins quand les matelots rassemblés sur le pont répondaient à l’appel des embruns et à la senteur rugueuse de la toile ! L’heure n’était pas aux questionnements. Le moindre doute venant de l’un de nous aurait été de bien mauvais augure pour tout  l’équipage !

Carmen P.

8 réflexions sur « Paroles de corsaire »

    • Il y a longtemps que j’écris sur le personnage de Lucas. Son histoire n’avance pas vite… j’attends les moments où je ressens fort l’atmosphère pour écrire. Bonne journée à toi aussi, Brigitte.

  1. Bonjour Carmen,

    J’aime cette atmosphère que tu décris. On s’y croirait.
    Les corsaires, les histoires de flibustiers, cela m’a toujours attirée. J’ai dû en être un dans une vie précédente. 😉
    Au plaisir sur d’autres partages

Répondre à Mayalila Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.