Au jardin présent
Les coquelicots
Les
coquelicots vibrent de leur présence
sur le tableau achevé…
Un jour
j’accrocherai aux cimaises
des soleils à brûler l’impossible
je punaiserai au plafond
des mots couleur de sang
et mes bannières criardes
danseront au vent de ma fantaisie
j’écartèlerai l’espérance
je dilaterai l’espace
repoussant ainsi les murs
de la matrice créatrice
Délire
La fleur de pastel de terre et de pétales
mêlée
pénètre ma peau…Sanguine
Maintenant
A l’heure de la marée
il pleut des larmes pourpres
sur mes plages imaginaires
et la houle chavire la grève
où je me suis échouée
les brisants emportent mes rêves
ils roulent, s’entrechoquent, éclatent
Déchaînement
J’attends le reflux
là de mes mains écorchées
je rassemble mes brisures
mes doigts n’effleurent
que pierres polies
Etonnement
Je regarde le ciel d’hiver, matin
frileux
horizon ouaté…pureté
Aspiration
Du faîte de mes passions
vivre à ciel ouvert
ma Vie à corps d’arbre
et bien enracinée dans mes certitudes
insuffler l’Amour dans ma sève
Simplement…
Le blanc sur mes tableaux aura le dernier mot.
Horta
Le cri est au cœur
ce que le geste est au corps
un mouvement qui trace
dans l’espace et transporte
notre essence au-delà
des limites convenues
des silences corrompus
Grâce, j’appelle la grâce
– l’harmonie naturelle –
pour des gestes et des voix
torturées
On baptisait l’homme en l’immergeant dans l’eau
Aujourd’hui, il doit se baptiser lui-même
en émergeant de la roche
L’être se construit et se déconstruit
Il se façonne et conquiert son espace
Il érige les parois qui le protègent
Il les fragmente ensuite pour renaître fragile
Horta de Ebro face à ta montagne
se devinent les visages
leurs facettes s’animent
– des tableaux cubistes –
ils deviennent bas-reliefs
et sortent péniblement
leurs traits des parois
expression tendue – un rictus –
illusion d’un sourire de chair
qui redevient grimace
dans la souffrance de l’effort
Un instant je recule
devant la monstruosité
de ce corps qui émerge
articule des sons inaudibles
Crainte que ce colosse
parvienne à s’extirper totalement de la masse
Crainte que cette sculpture s’écroule
Crainte qu’elle s’empare de moi
Ne redoute pas l’homme qui brise les remparts
qu’il a érigés autour de sa personne
l’ isolant du bonheur
Ôte ce masque
dont tu sens
l’inévitable délabrement
Libère-toi !
Une larme blanche
éclatée de la roche
tombe à mes pieds
.
.
.
du sang
(la photo de Horta est de Gilles P., le tableau de Picasso)
La grande vague
La vague déploie sa ligne
que le vent contre les brisants pulvérise
que le mouvement de l’eau
sur le moindre coquillage émoustille
Où est la limite
entre le sable et la moiteur qui fuse
entre la raison et la folie
entre la rage qui sculpte l’onyx
et la matière qui se prête ?
– Camille fait voler son burin –
Où est la limite
entre la puissance de la vague
et la vulnérabilité humaine
quand jaillissent les tentacules d’écume
devant le Mont Fuji impassible ?
– Hokusaï dompte les forces obscures –
Horizontalement
la silice du sable-buvard absorbe
l’humidité de la vie
Verticalement
le bleu de Prusse se jette à l’assaut
de l’espace-feuille si pur
et
la vague
comme un grand pétale élance ses arcanes
Des baigneuses insouciantes dansent
dans la main verte d’une somptueuse vague
Des pêcheurs dans leur embarcation
suivent le rythme d’une symphonie marine
Ce qui vibre dans le cœur de l’artiste
joue sa partition sur l’échiquier de l’univers
Tandis que le sol rampe sous la mer
les ailes de l’albatros l’élèvent
loin de l’épicentre de la douleur.
Eau, écorce, feu !
Soleil caché au noyau de l’orange
où sommeille la puissance…… à la périphérie
se cherche la limite entre toi et moi
Je porte terre en mon âme
L’épreuve de mon visage révèle le souvenir
de l’empreinte de tant de sourires
mais la ligne a déchiré de ses griffes
toutes les présences
ne laissant que lambeaux éparpillés
et des parfums
que les années ne parviennent pas à dissoudre
Ces dilutions infinitésimales concentrent la joie
sans jamais atteindre l’extrême pointe
de la vibration du rien absolu
Une ligne de sel sur mes joues dessine les résilles des jours évanouis
Quand viendra-t-il le temps qui jamais ne se refermera ?
À jamais l’instant reste suspendu à la crête d’une vague que l’artiste a figée
Un peu de couleurs pour aujourd’hui.
Je vais commencer par Emily Dickinson, à qui je dédie ce poème que je vois rouge.
Le dessin est de mon fils Killian.
Emily, as-tu su à la fin du temps
quand tu as cessé de demander pourquoi
Dieu a-t-il éclairé chacune de tes angoisses
dans la belle école du ciel ?
Confondue pas sa souffrance
en as-tu muselé ta goutte d’angoisse
Qui pourtant te brûlait
Qui pourtant te brûlait
Cette douleur ne s’est-elle pas fondue dans l’amour
et apaisée retombe en larmes sur terre
irriguant la glaise de ceux qui survivent
les mains sur leurs peines et l’âme en veilleuse
*
La terre n’est-elle pas bleue comme une orange ?
Je vous fais un dessin.
Ecorce et puits
Sous la finesse de la peau
qui enchâsse les rêves
une chair parfumée et juteuse
gorgée de toutes nos aspirations
lavée de toutes nos craintes
attend la percée d’une fêlure
pour féconder nos rivages
Carmen P.
*
Installation éphémère
Ils avaient construit un bateau de sable…
Ils avaient essayé d’occuper le temps en attendant la marée. La mer n’allait pas tarder à envahir leur plage et quand les flots
arriveraient ils n’auraient pas les pieds dans l’eau, ils ne seraient pas obligés de nager…ils rameraient…à deux, ce serait facile.
Les vagues ils les attendaient avec impatience, de sable ferme, bien tassé autour d’eux ; ils étaient prêts.
Au loin la mer semblait plus impétueuse que jamais, la nécessité de voguer plus impérieuse aussi… Les deux navigateurs s’emparèrent
alors de leur bateau ; ils partirent à l’assaut de l’océan.
Deux baigneurs dans une même bouée !
C’est alors que la construction leur glissa des mains ; une multitude de grains en un lent écoulement le long de leurs doigts
resserrés rejoignit l’étendue sablonneuse…inexorablement.
Voilà les marins debout, consternés au milieu d’un tas de sable, regardant à leurs pieds leur rêve anéanti qu’ils n’osaient
piétiner.
Ils tournèrent le dos à la mer et vers la terre et ses gratte-ciels emportèrent leurs illusions ; à deux ça pourrait être facile
!
Le Petit
Prince
Les hommes…le vent les promène. Ils
manquent de racines.
Voilà pourquoi le désert enfanta d’un prince
Il apparut dans un décor de dunes
aux yeux d’un poète
voué à la solitude
par accident
Le soleil…..le sable et le vent
n’en finissent plus de caresser les traces
de ses pas
et au Printemps des servitudes épuisés
frémissent les saisons lentes à l’éveil
Etonné
le terrien sentit des millions de grelots
sonner crescendo au fourreau de son cœur
absorbé
et toutes les fontaines invisibles
de la septième planète se mirent à chanter
Les oies sauvages guidèrent la silhouette
légère jusqu’à ce que l’enfant-météore
choisisse de suivre une trajectoire
au destin aléatoire
De boucles en spirales
de mondes surréalistes en oasis
des plus exotiques…..il fouilla
questionna l’univers ami
Ce n’est pas l’amitié pourtant merveilleuse
qu’il connut qui étancha sa soif
L’amour le plus doux déjà en lui bourgeonnait
L’ami…pour
lui… il fut arbre diffusant
l’ombrage de sa lumière
et l’art de croitre
de se libérer d’une écorce qui trop
enserre
L’amour…..avait
l’attrait d’une rose
et l’impatience du peu
– un parfum fleuri en son esprit –
traça une couleur jusqu’au ruisseau aimant
Sur le sable quelques aquarelles blanches de soleil
peignent des mirages….. l’âme des poètes s’ouvre
au prodige de la nuit
………………………..…fuse le rire d’une
étoile
L’enfant au corps de jade s’est laissé couler sans
bruit sur la page blonde
tandis qu’à grands cris se déployaient ses
ailes
Tout mensonge…même faux est œuvre de l’esprit
tel un ruban d’or il rampe dans le
désert
Carmen P. le 27 juillet 2011
Dessin original de Sophie V.
Le mont Fuji
J’ai admiré le mont Fuji
dans la mémoire de mes descendants
toi
tu voyages au Pays du soleil levant
J’ai parlé l’anglais
telle une langue maternelle
toi
ta patrie est devenue l’Amérique
J’ai cuisiné les mots
et éduqué des enfants
toi
tu es l’artiste des mets
et tu dresses les plats
Oh mes garçons, mes amours !
J’ai vu vos aimées
et je les ai reconnues
Je fais des rêves de papier
qui se consument en s’animant
Ombrelles et confettis
Danse du Dragon
et Galop de Cheval
La terre est un manège
où tous les soleils du monde
parfumeront la peau
de mes petits enfants
où toutes les langues
vibreront par leurs voix
et la vie chantera
dans mon corps au centre
et votre sœur absente
avec nous se réjouira.
Pour ne pas rester sur un sombre ambiance. Retour sur le Printemps !
Printemps
Parlez poète, vous réveillerez l’écho.
Ouvrez fenêtres, avril cette année est si beau.
Les fées blanches d’orties tapissent les fossés
La cardamine enliesse les prés.
Le pourpre, le jaune, l’indigo
poudrent nature de tons enchanteurs
Le nuageux prunelier anime avec l’or des ajoncs
le bal du Printemps où danse le papillon citron
La cressonnette, la tendre violette, les pâquerettes
et les fraises des bois s’empressent de fleurir
tant que bourgeonne-blanc la capiteuse aubépine
C’est fête sur Terre, du sol au chant des feuillus
et plus haut vers le ciel filent des houppiers d’écume
dans la profondeur de l’air
amoureusement…….bleu
que d’un regard j’absorbe
Carmen P.