Archives mensuelles : février 2014
Le messager d’amour
Le messager d’amour
Je suis celui qui année après année frappe à la porte de ta vie.
Je suis le soleil… pour toi, je courbe ma lumière afin qu’elle vienne frôler les creux et les pleins de ta silhouette que j’ai dessinée et autour de laquelle je gravite. Peu m’importent les lois du cosmos, plus je réfléchis et plus je pose sur ta peau mes éclats de tendresse. Quel est l’astre et quelle est la planète ? Tout se confond dans l’instant amoureusement, et nos vies s’articulent dans un espace que rien n’offense.
Je suis l’aimant, moi, le non créé, celui qui n’existera pas tant que tu ne l’auras pas reconnu.
Je suis le prince des certitudes, celui devant qui personne ne peut rester de glace.
Pourtant tu continues de m’ignorer.
Non, ne t’effarouche pas, je laisserai au temps le soin de dissoudre tes appréhensions.
Tu pleures ? Je suis avec toi, car je suis la larme qui dans ta bouche a le goût du sel.
Tu interroges le ciel, mais je ne peux te répondre car je ne connais pas le mode d’emploi de l’amour sur terre. Je ne suis pas dans ton périmètre de vie, je ne suis pas de ton époque. Je suis de toujours et de maintenant, mais comment te le dire ? Je ne suis pas un expert du vocabulaire du cœur. Les mots, si souvent, riment avec tromperie, alors, je garde ma déclaration pour un avenir dédié à la sensorialité que nous éprouvons déjà, d’une silencieuse étreinte.
Je garde espoir que tu me reconnaisses, ne dit-on pas qu’un mendiant d’amour, un jour, se hasarda dans la vallée des cœurs perdus où les soupirs donnaient récital et qu’il y trouva l’âme sœur !
Le rêve est le refuge où je dépose ma flamme. J’espère qu’une nuit, dans ton sommeil, tu entrouvriras la porte, ainsi tu libèreras les caresses qui n’attendent que le moment de parcourir le velours de ton corps autant que la sensibilité de ton âme.
Tu frémis déjà car je suis ton promis. La sensation de l’amour vibre comme une force tellurique bien avant que l’amour ne se manifeste. Sois attentive à son courant d’ondes, il est mon messager.
Carmen P.
Quatorze février
Quatorze février 2014
Le vent souffle en rafales et la pluie de saison
vient grossir la rivière. L’eau, par-dessus
berges, mouille le sol et la lande ruisselle.
Le tilleul danse, frénétique, ses branches oscillent
Temps/Temps/Temps, puis elles s’animent d’un mouvement
de giration, fluctuant. Pas d’inclinaison
tendre, ni vers le haut, ni vers l’espace, autour.
Du coup, même les tourterelles délaissent
brindilles et s’en vont roucouler sur une poutre
plus sûre. Elles pensent couvée, alors que l’homme
doute. Sous la pleine lune et son halo, si large
j’ai pourtant vu, quand la tourmente s’est calmée
deux amoureux, museau pointu contre museau
pareil, mener tintamarre sur le gazon
boueux. « Frr, frr, frr, frr… pensons à nous ma douce
hérissonne ! semblait dire monsieur, tentons
frasques nocturnes au nez des humains qui hibernent
dans leurs abris. Ils n’entendent pas la nature
qui appelle friponneries en cette nuit. »
Erin (Carmen P.)
.
Agartha
Les cloches de l’invisible
Pour le thème de février de la communauté « Les passeurs de mots ».
Les cloches de l’invisible
C’était l’été de mes treize ans, je lisais encore « Mademoiselle âge tendre » et j’ignorais « Salut les copains ». Toute à mes activités estivales je ne savais pas que le monde béni de l’enfance allait bientôt, pour moi, perdre son charme. Je ne soupçonnais pas, non plus, que dans quelques jours, on oublierait de me souhaiter mon anniversaire. L’heure allait sonner où le flux de la vie terrestre emporterait mon innocence et, avec elle, ma confiance et l’amitié.
Cette journée du mois d’août changea à jamais le profil de ma vie, mais personne ne le sut.
Le mois d’août, un bien joli mois consacré aux jeux, à la lecture… Mes parents travaillaient continuellement, ils ne prenaient jamais de vacances, ainsi, pour leur fille, chaque matin était l’annonce d’un merveilleux jour de liberté et de créativité.
J’étais fort occupée car nous allions recevoir la famille d’un de mes oncles. Ma mère s’occupait de la partie intendance et restauration, et moi, je prenais en charge les loisirs. Je m’affairais du matin au soir, préparant de nombreuses activités pour mes cousins et cousines. Je souhaitais tant que leur séjour soit agréable et qu’ils demandent à leurs parents de revenir l’année suivante ! Parfois, l’idée m’effleurait que peut-être mes efforts allaient être vains, que mes cousins n’allaient pas apprécier les loisirs que j’avais imaginé… alors, pour satisfaire chacun, j’essayais de faire abstraction de mes propres goûts, de penser très fort à la personnalité de chacun, en fonction de mes souvenirs de l’été précédent. Ainsi, je ne risquais pas de me planter, même s’il restait une inconnue : en un an, chacun de nous avait pu changer ! Je chassais vite mes doutes ; si tous étaient prêts à y mettre de la bonne volonté, et moi en premier, pourquoi penser à un quelconque désagrément et croire que mes propositions de jeux ou de sorties ne motiveraient personne. Les livres, classés par genre, attendaient de piquer la curiosité des lecteurs. Les activités manuelles et les jeux étaient préparés. Le texte d’une pièce de théâtre était écrit – ne manquaient que les acteurs. Les pochettes de timbres attendaient d’être ventilées équitablement entre collectionneurs et amateurs de belles images…
C’est donc de pied ferme et le sourire au cœur que j’accueillis mes cousins.
Bérengère, l’aînée, me regarda d’un air supérieur, mais elle finit par s’intéresser aux activités, Pierre, le plus jeune, resta, un premier temps, dans les jupes de sa mère, mais sa timidité ne dura pas, je parvins à l’intégrer à nos jeux. Marie Paule, qui avait le même âge que moi, et était devenue une jolie jeune fille, se montra aussi affable que les années précédentes.
Les cousins piquaient toujours leur tente dans le pré face à la maison familiale.
Un après-midi, je proposai une promenade en forêt. Seule Marie-Paule accepta… Cela me réjouit, ainsi nous allions pouvoir marcher tranquillement tout en nous confiant nos secrets de l’année écoulée.
Le souffle des espoirs des collégiennes se mêla au chant des oiseaux et au silence des arbres. Jamais la forêt ne trahit les béguins dont elle entendit les noms chuchotés dans ses sentiers. Par moments, nous interrompions nos confidences, et nous nous poursuivions en riant, puis nous nous assîmes au pied d’un chêne, le temps de tisser deux couronnes de feuilles et de fleurs. Nous étions heureuses, à l’évidence cette année de maturité supplémentaire n’avait pas détruit nos liens d’amitié… les quelques jours de vacances à vivre ensemble promettaient d’être agréables.
Les couronnes sur nos têtes, nous reprîmes tranquillement le chemin du retour. C’était l’heure du goûter et notre promenade nous avait ouvert l’appétit.
— Attends, dis-je à ma cousine alors que nous longions le mur du cimetière, veux-tu que nous entrions ?
La proposition pouvait paraître insolite, je m’attendais à un refus de sa part. Je l’aurais bien compris, mais Marie-Paule n’était pas de nature contrariante, elle accepta.
Je devinais, malgré tout, ses réticences, alors je pris ma cousine par la main. C’est ainsi que nous poussâmes le portail et que, lentement, dans les allées du cimetière, se poursuivit notre curieuse exploration.
Nous nous arrêtions devant les tombes, lisant les dates inscrites sur le marbre, chaque dalle révélait une page de l’histoire de mon village… J’avais beaucoup d’imagination et je me tentais de ressentir ce qu’avait pu être la vie des personnes qui reposaient en terre. Devant chaque tombe visitée, nous déposions une feuille ou une fleur que nous détachions de nos couronnes. Les gestes étaient calmes, les pensées pures, nous étions présentes aux gestes d’offrande et respectueuses du souvenir des morts.
Marie-Paule semblait maintenant rassurée. Tout était si calme en ce lieu. On ressentait le frémissement de l’air. On entendait le bourdonnement des insectes. Pas un homme. Pas un chat. Au loin, le village. Ici, deux jeunes filles recueillies parmi les tombes.
Avant de quitter ce lieu, je proposai à ma cousine de faire une dernière pause devant le calvaire situé au centre du cimetière. Juste le temps d’une prière silencieuse… Je tenais à prier pour les personnes dont les tombes n’avaient pas arrêté mes pas. Toutes méritaient mon attention car ces personnes avaient vécu, elles avaient aimé, elles avaient foulé le même sol que celui où je me tenais à mon tour. Mes intentions, je les concentrai dans une courte pensée. Marie-Paule semblait aussi recueillie que moi. Un sentiment profond d’amour et de calme était perceptible.
C’est cela Prier.
Je fis le signe de la croix, signe que ma cousine répéta. Signe que nous allions partir.
C’est alors que nous prîmes conscience que quelque chose d’anormal se produisait. Il n’y avait plus de parfum. L’air était devenu statique. Les insectes ne scintillaient plus dans la lumière de l’après midi. Tout semblait étrange alors que nous nous trouvions à la même place quelques secondes auparavant. C’était le même lieu, il n’y avait que Marie-Paule et moi devant le grand calvaire mais, ce silence… Ah ce silence, à couper le cerveau ! Tous nos sens aux aguets, nous tendîmes l’oreille… Si, un son, il y avait un son, à peine audible, qui se laissait entendre… un son très léger de clochettes qui semblait venir de loin et progressivement se rapprochait. Ce bruit se multipliait, il s’intensifiait. Il prenait son temps pour gagner en volume. Lenteur et célérité se conjuguaient dans cette manifestation sonore qui atteignit un volume étonnant — ce volume, néanmoins, n’agressait pas les tympans !
Autour de nous, des cloches sonnaient à toute volée. Nous étions entourées d’une nuée de cloches invisibles qui sonnaient de façon vertigineuse !
Nous étions au centre du tourbillon.
Marie-Paule s’était agrippée à mon bras et me serrait très fort. Nous étions comme soudées l’une à l’autre par la même stupeur… Les cloches poursuivaient leur étrange manifestation… Marie-Paule eût un sursaut et me secoua, mais je ne bougeai pas. J’étais comme tétanisée par un phénomène dont je désirais connaître la cause.
Ma cousine me prit la main et me tira violemment : « Viens ! » dit-elle, mais je ne bougeai pas.
— Viens ! répéta-t-elle en hurlant.
Son cri me sortit de l’état d’enchantement dans lequel je me trouvais et je repris contact avec la réalité. La panique s’empara de moi. La voix avait suffi pour rompre le charme et pour que la peur de Marie-Paule se communique. C’est la mort aux trousses et toujours main dans la main que nous laissâmes le cimetière et ses cloches derrière nous. Nous n’avions jamais couru aussi vite !
À peine arrivées sur le terrain où campaient ses parents, Marie-Paule, toute excitée, raconta ce que nous venions de vivre. Personne n’y prêta attention. On nous demanda de nous taire ; les adultes avaient autre chose à faire que d’entendre des histoire sorties de l’imagination de deux adolescentes !
Quant à moi, je ne dis rien. À quoi bon !
Si cette histoire ne fut tout d’abord pas écoutée, elle eut néanmoins pour conséquence d’écourter les vacances de mes cousins. Ma tante ne supportait pas de voir combien l’imagination de sa fille se décuplait en ma présence.
Contrairement à moi, Marie-Paule parvint à se faire entendre par sa famille. Tous avaient compris qu’il s’était passé quelque chose de suffisamment grave pour qu’on sépare, à jamais, les deux cousines.
Carmen P. (Erin)






