Si mère
deux ailes
et un ange
Oh nid du cœur
tu m’aimes
et m’étreins
Je tangue
sur le verso
silence — cieux
dans la fusion
d’un cordon
intemporel
Mon ultime chemise
est tissée de poèmes
que ta main appuyée
signe d’une plume
d’ange
Erin (Carmen P.)
Lever de poème
Les pensées- herbes godent
les griffes des saisons
les déplissent comme illusions
C’est une âme qui s’étire
se découvre un peu plus
à chaque poème — rompue
La nature s’émerveille
se contemple elle-même
une fleur s’épanouit –
un papillon déploie ses ailes –
l’oiseau sort de son nid –
l’enfant pousse son premier cri
et l’oublie
Au pas des jours
l’aube fête ses naissances
repousse la souffrance
que la nuit accueille
dan l’amplitude d’un soupir
jusqu’à la fermeture
suprême
En nous brillent des terres
aux boréales splendeurs
vers elles s’incline
la solitude
Carmen P.
Vieille colère et tournesol
Un cœur agile crée toute chose
en son argile se modèle la vie
autour d’une colonne l’étau
se resserre
dans les thorax aux barreaux soudés
se disloque la vie
le monde intérieur bande son arc
ses flèches transpercent les chairs
élancent la douleur
– les colosses voisins s’effondrent –
dans un silence-camomille
la tristesse se réveille
joyeuse
et la rage déserte. Personne
ne la rattrapera. Aube légère.
*
15 août
à Paimpont
dans le ciel azuré
la ligne fuselée de l’amour
transperce le blanc flotté
des nuages
les courbes et les droites
s’interpellent
le vide se comble
du lait d’abondance
seul l’homme tire au cordeau
les limites
…
j’aime tes yeux non bleus
dans lesquels je sombre
tu es ma folie Éole
et je m’attache hyène
pas un soupir ne vent
se terre / que je m’abstienne
…
la bénédiction des enfants
au pardon de Marie
Allez en Paix !
.
Du bonheur pour Esther
Ce n’était pas la félicité
c’était une vie ordinaire
temps de labeur pour Esther
cœur accordé à son foyer.
Le bonheur n’est que façade
surgi des mains illusionnistes
d’une femme soumise
qui accomplit sa tâche.
Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.
Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !
La maintenance du quotidien
exige de ranger au placard
tous les rêves avouables.
Fée dans son logis n’est rien.
Un tour de plus, elle disparaît
dans son refuge la démence
plus rien n’a d’importance ;
la fée a rendu sa baguette.
Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.
Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !
Elle poursuit dans d’autres sphères
son voyage en solitaire
loin des exigences perverses
celles qui jaugent et ségrégent.
La société tranche, enferme
par son jugement elle propage
le venin de ses crochets
dans la pulpe de la vie.
Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.
Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !
L’amour donné n’a de sens
que s’il pense par lui-même
la conscience croît dans le silence
sur le picot des émotions
il est canevas de lumière
et éblouit par sa finesse
un sentiment de joie l’enfante
les façades deviennent visions
Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.
Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !
L’amour est plante fragile
combien d’Esther ont espéré
le voir pousser dans leur jardin
mais la terre assoiffée
s’est abreuvée de leurs larmes
laissant dans le sommeil les rêves.
Les germes attendent le réveil des filles
et l’éclosion du bonheur sur terre.
La joie qui ensemence la vie naît à l’intérieur des cœurs
Avec ou sans plumeau c’est elle qui te cherche, Esther.
Erin (12 août 2013)
Installation éphémère
Ils avaient construit un bateau de sable…
Ils avaient essayé d’occuper le temps en attendant la marée. La mer n’allait pas tarder à envahir leur plage et quand les flots arriveraient ils n’auraient pas les pieds dans l’eau, ils ne seraient pas obligés de nager…ils rameraient… à deux, ce serait facile.
Les vagues, ils les attendaient avec impatience, de sable ferme, bien tassé autour d’eux ; ils étaient prêts.
Au loin la mer semblait plus impétueuse que jamais, la nécessité de voguer plus impérieuse aussi… Les deux navigateurs s’emparèrent alors de leur bateau ; ils partirent à l’assaut de l’océan.
Deux baigneurs dans une même bouée !
C’est alors que la construction leur glissa des mains ; une multitude de grains en un lent écoulement le long de leurs doigts resserrés rejoignit l’étendue sablonneuse…inexorablement.
Voilà les marins debout, consternés au milieu d’un tas de sable, regardant à leurs pieds leur rêve anéanti qu’ils n’osaient piétiner.
Ils tournèrent le dos à la mer et, vers la terre et ses gratte-ciels, emportèrent leurs illusions. À deux ça pourrait être facile !
Erin
Terre de femme
elle ravit aux fruits l’éclat
qu’ils envoient et gorge
d’une caresse de zibeline
son regard — un faisceau mor-
-doré le peint sur la toile
infinie de ses rêves
à fleur de peau ces spirales
des origines débobinent
au creux de l’intime l’arbre
où veille l’enfant sublime
mâle est l’oubli aux étreintes
dérobé un équilibre
transfuse entre deux natures
défaites
Je ne vois aucune douceur
à l’heure de l’embrasement
quand l’or du soleil couchant
disperse son auréole
dans le tulle bleu
des nuages — l’été
un pétale de lumière —
l’éphémère d’un papillon —
se détache du sol
profile un envol
et zigzague sans suite
…
les pierres levées méditent
sur la faiblesse des hommes
les gifles du temps
la fièvre en rafales
grêlent sur nos ardeurs
(la défiance s’installe)
notre nature ébranlée
s’écroule de l’intérieur
hautes sont les saisons
elles ignorent l’humain
et hissent les pierres
dans le mystère sans fin
…
le voyageur égaré
cherche des réponses
quelques lignes sympathiques
calquées sur le cercle chromatique
des destins qui n’ont plus cours
Le vol du papillon laisse la rémanence de son image sur la rétine de toute vie
Carmen P.
Eden blue
minuscules sons….. les vers suspendus aux feuillées que l’été ensoleille
des fils invisibles laissent le non-végétal tendre vers le sol où il s’anime
rampe le serpent sur l’écorce terrestre et la clarté – électrique – danse sur ta peau
couleur denim pour ma jupe et corsage lavande
pieds nus sur tapis de pâquerettes
l’ombre naturelle efface le péché originel
et nos mois s’oublient sur l’herbe folle de nous
la ligne bleue sur mes paupières est artifice — tente-t-elle d’imiter la lumière des fées-
-fleurs des champs : la verge d’or, la campanule et la dentelle de la carotte sauvage ?
la bruyère un peu plus loin sur la roche se dore auprès du sorbier des oiseleurs
les ailes d’érable et le pollen jaune du tilleul dans l’air
tu m’offres une rose largement ouverte et deux pétales rouge-corail se déposent sur ton
sexe
papillon jaune, papillon blanc et ces deux pétales que mon souffle disperse
le serpent joue sa partition sur nos chemins, à la fantaisie de l’amour il est
soumis
nous
resterions bien, là, depuis le matin bleu azur de brume jusqu’au bleu de minuit
Carmen
P.