Prière à l’enfant

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Prière à l’enfant

 

 

Mon fils premier né,

Merveille dans un monde

trop vaste pour moi.

Viens !

Ne reste pas dans ce berceau,

mon lit est un nuage bien plus doux

où je pourrai m’abreuver à la lumière de ton visage.

Mon corps affaibli par l’hémorragie trouve la force

de te porter là où tu seras tout proche de ma voix.

Tu ne dors pas ?

Tes yeux sont grand ouverts. Ecoute.

Ma chair ne t’enveloppe plus

mais je peux te voir mon amour.

Auprès de toi ma conscience veille,

je ne dormirai pas en cette nuit unique.

Sans doute ne te le dirai-je pas souvent,

il se pourrait même que tu l’oublies :

Tu es la plus belle chose qui soit venue dans ma vie.

 

Le coton maintenant nous recouvre

Peut-être est-il rude sur ta peau ?

Mais la vie, mon enfant, imprime sa marque sur la matière,

on ne peut que suivre son mouvement qui a ses raisons,

savourer le bon et laisser glisser ce qui nous contrarie

en  retenant ses leçons si nos émotions le permettent.

Ce monde est tout ce que mon corps de femme peut t’offrir.

Il est à prendre comme il est, il sera différent par ton sillage.

Oh oui, il y a un avant toi et un après, ainsi le perçoit une mère.

Tu es le visage divin dans toute sa vulnérabilité.

Je te baptise en mon cœur, mon fils :

au nom de l’Amour

au nom de la Vie

au nom de l’Esprit de l’Air, de l’Eau et de la Terre.

Je te présente en cette nuit à la vie sur Terre.

Puisse cette pureté des premiers instants

traverser des décennies.

Puisses-tu faire œuvre utile.

Tant de possibilités s’offrent à toi que mon esprit ne peut imaginer

En toi le secret de ton avenir et la liberté de le réaliser.

 

Je te l’ai dit, le monde est vaste, mon enfant.

T’accueillir me comble de joie.

Ton père demain nous rejoindra, tu as déjà senti sa présence.

Notre confiance est sans limite et notre amour éternel.

Un jour, tu trouveras ton Amérique et cela aussi nous réjouira.

 

 

Carmen P.

 

 

(Poème écrit pour le blog mil et une qui a proposé ce tableau comme thème de la quinzaine)

http://miletune.over-blog.com/article-priere-a-l-enfant-carmen-109731976.html

Costa Brava

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Costa Brava

 

La côte s’ensauvage

et sa beauté lascive

offre ses arches d’ombre

aux coulées de lumière

 

Souffle en creux et caresses

cristallines s’infiltrent

dans ces miroitements

goutte à goutte…

 

Vibrantes sur la toile

les couleurs dorent — me charment

tandis que la mer dodeline

ses coquilles — âge ruisselant de la vie

 

Entre le pinceau des cils

derrière la peau-pierre

l’azur du regard chavire

dans l’aime-robe turquoise

 

Rien n’abîme le paysage

où les pastilles d’essences

aériennes valsent sur terre

dans une feinte perpétuelle de nuances

 

La vie est une outre pleine de bleu

qui migre entre ciel et indigo

je bois son eau à l’écume du roc

je vague à l’or de la ligne d’horizon

 

 

 

Carmen P. S’Agaro le 6 août 2012

Le diamant noir

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Le diamant noir

 

 

Dans l’immobilité transparente
le silence déploie l’éventail
de ses lames d’air envoûtantes.

 

Tout de noir nacré
il module la couleur
aux tentations de lumière.

Gemme crépusculaire
en lui se cristallise
la part vibrante de l’ombre
autour d’une pépite de misère.

 

Une ponction de son inflorescence
révèle   oh microcosmique analyse
que la joie trafique

les reliques         de la douleur.

 

Obscure beauté
qu’une danse de lumière
réveille !

 

Le vivant est manifeste
né d’un flirt aux reflets
mordorés que le blanc
habille de sa parure
nuptiale.

 

.

 

La nature en piste

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La nature en piste

 

 

Tendez la main

aux petits pas fins

qui élisent silence

dans le bruissement

des espaces zélés

 

Ecoutez…

la cigale ne chante pas

elle rompt le calme

et la fourmi

en est toute désorientée

 

L’une stridule, l’autre mandibule

 

La nature offre à la cigale la blancheur

tactile d’un chemin de son, elle abandonne

la fourmi à l’encodage de ses pistes

aléatoires

 

L’enfant regarde, il est l’œil dans le bec de la vie

et rêve à la grande personne qu’il sera

 

Mais homme…. il ne se retrouve

que dans l’effondrement

de ses tours d’orgueil

quand les illusions se retirent

et que demeure

l’œuvre du silence

à faire naître

dans un mouvement

de petits pas fins

qu’un chant de cigale

accompagne

 

 

 

 

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Iris de Terre

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Iris de Terre

 

 

 

L’œil était de marbre

fendu jusqu’à l’os

dans un nid de paille

ouvert à tous vents

 

 

Du silex des mots

jaillit l’étincelle

cueillie au plus fort

de l’humain

 

 

Terre affaissée ivre

sous un ciel de pluie

courbe 

la vie et dessine

ses rêves

sur un tapis de vaches

maigres

 

 

Taire la nuit

où respire encore

un soleil fantôme

et couvrir le silence

d’un chant de neige

nomade

 

 

 

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Une aube comme une autre (ou presque)

 

 

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Une aube comme une autre (ou presque)

 

 

 

Perdez-moi à l’aube des mille et une nuits
Rouge émoi en dédales d’histoires
Jeux d’alouettes à l’orée des miroirs

 

du puits noir aux déco-vertes  sans crainte l’enfant
se jette dans la fosse des mondes flottants

 

Elle saisit chaque mot de la corde à nœuds
Liane née parmi les racines de mangrove
Frivole elle s’envole vers son Land Love

 

 Carmen P.

 

Une cage de Lune

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  (La nuit de Noël, tableau de 1956 – Paul Delvaux -) 

 

 

Une cage de Lune

 

 

 

un point rouge suit
les lignes de fuite
et les travées d’ombre
tendent au sol leurs bras
vers l’enfant restée

 

une fleur rouge
figée sur le quai
encage là-haut
ses sanglots
dans l’astre muet

 

nuit bleue thoracique

 

.

 

 

Poème écrit pour le blog mil et une qui a proposé ce tableau. pour thème de la quinzaine

 http://miletune.over-blog.com/

 

Le poète au moulin

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les livres ouvrent des portes sur les façades tristes

leurs chemins pas à page y déposent l’envie

et moi je me dénude en lignes de non retour

car la farine des mots grommelle à la source

 

des larmes en presse-papier et l’angoisse en eau vive

L’érable oublié suivi de l’amande est silence

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L’érable oublié
 
Il pousse l’érable champêtre dans ce parc où en l’an 2000 j’étais venue le planter.
Ne reste que son souvenir chez la maitresse et peut-être chez quelques élèves.
Une signalétique  indique le nom de l’enseignant. Je n’ étais jamais retournée ici depuis ce mois de novembre, il y aura bientôt douze ans, et ma famille en a été doublement
surprise.
Il est des temps forts dans notre vie qui échappent à ceux qui nous aiment.
Mais avec les personnes qui nous aiment… vivons-nous suffisamment de temps riches d’eux, de nous ?
Cette qualité de présence à l’autre je l’ai donnée aux enfants, aux miens et  à tout enfant qui a partagé une année ou quelques mois de sa vie en ma compagnie.
L’enfant est si authentique, qu’avec lui je peux être moi-même. Je cherche cette vérité, qu’elle se manifeste  dans l’agitation ou dans la sérénité, peu importe, mais qu’elle soit 
autour de moi ! Aucune vibration ne me la transmet, si ce n’est celle de la nature ou celle des animaux. Parfois je la ressens lorsque je suis concentrée  dans l’écriture ou lors de
créations artistiques,
à condition que je sois seule.
L’art est-il vivant ? L’écriture n’est-elle pas vaine ? Me laisser absorber par ces activités, n’est-ce pas pure lâcheté et abandon de l’autre ?
Longtemps je me suis refusée la lecture, mes journées étaient bien trop actives pour que je puisse m’évader… j’avais un pincement au cœur lorsque je pensais à ce désir que je mettais en
veilleuse, mais mon cœur était bien trop vaste pour que ce petit espace de frustration devienne aire de souffrance.
Les enfants ne sont plus dans ma vie… dans un parc pousse un érable oublié. C’est le temps de la lecture silencieuse et de l’effacement.
 
 
 
L’amande est silence
Le silence a le souffle court
Cours y vite Cours si vite 
qu’un instant fugitif suffit !
 
 
Fatiguée de porter fardeau
Des sons envahissants élisent
demeure dans ma raison
sinistrée et la boue souille
jusqu’aux combles mon univers
 
 
Je dépose la clé des autres
je tranche le fruit du silence
Son noyau comme une sphère
mûre s’ouvre sur le son pur
que nul vacarme ne vient trouer
Mon être seul façonne son silence
et j’entends le souffle créer
parole dans mon coquillage.
 
 
Le silence a le souffle court
Cours-y vite Cours si vite
qu’un instant fugitif suffit !
 
 
J’entre dans l’espace interdit
Je rétroverse l’attention
Je n’enlève rien à l’amour
Je le tourne en dedans
Une fois
Deux fois
Trois fois
Aucun mystère Au cœur donné
la vie n’accorde pas l’effet
boomerang
Je pose un acte de don vers soi
quand terre s’épuise de trop s’offrir
je n’écoute plus que ma voix
elle efface les empreintes
sonores et bourdonnantes
je ne surfe plus en surface
je plonge dans l’ordre du vide
 
 
Le silence au souffle puissant
s’installe entre chaque chose
il règne entre tous les  instants
il rompt les chaînes des tensions
discipline la cacophonie
des sons et prépare sa palette
inédite aux couleurs de joie
profonde

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Nuange

Nuange

 

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Large est le corps pensant

 

il tient la terre dans ses mains

 

le sourire au bord des lèvres

 

 

 

Rouge fulgurance

 

des coquelicots qui tendent

 

couleur en paradis scellé

 

là se détresse le lierre

 

viride à l’angle des pavés

 

 

 

la lenteur d’un signe aiguille le silence

 

 

 

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