.
J’ai vu deux papillons en vol
simuler une danse
dans le parc du ciel
au fin fond de septembre
,
Ces deux papillons sibyllins
après m’avoir subjuguée
se sont posés feuilles
À foison c’est l’automne !
.
C.P.
photographie : Joël Robinson
.
J’ai vu deux papillons en vol
simuler une danse
dans le parc du ciel
au fin fond de septembre
,
Ces deux papillons sibyllins
après m’avoir subjuguée
se sont posés feuilles
À foison c’est l’automne !
.
C.P.
photographie : Joël Robinson

Il y eut des jours qui ne furent pas des jours
il y eut des nuits qui ne furent pas des nuits
car les jours s’évanouissaient dans le vide
et la nuit intensifiait leur chute
sacrifiant tout au silence.
.
L’âme, elle-même, louvoyait dans la vase
et les rêves stagnaient sans jamais parvenir
à atteindre le noyau terrestre où l’étoile
de cristal appelait de ses douze bras
la consonance humaine.
.
J’attendais l’algorithme du jour véritable
– la simplicité d’une barque affrétée par le ciel –
mais rien de désirable ne venait calmer
l’arythmie de mon horizon où seul le chant
de la mer – vague solitaire après vague solitaire –
venait accompagner ma solitude.
.
Je ramassais des galets polis à la perfection
ils étaient menus comme les cris que ma respiration
suspendait à la verticale de mes aspirations.
.
Dans ma folie d’écrire
les mots ne lèvent pas cailloux
sur les consciences
tout n’est que mur de feuilles
et l’arbre est caduque – bientôt
il perdra son rideau vert –
peut-être verrons-nous, cet hiver
son œil pâle ouvrir fenêtre ?
.
Chaque feuille du décor
est à saisir telle que branche l’offre
qu’elle soit parfaitement configurée
ou rongée de l’intérieur.
Le crayon de bois est plus tranchant
qu’un canif, il entaille l’écorce de l’âme
pour y graver des initiales…
elles consignent les existences
dans la continuité de la beauté
même si certains jours sont parfois plus sombres que des nuits.
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Carmen P.
le 26 septembre 2017
(photographie : Jean-Eugène-Auguste Atget)

Tu vois,
l’automne comme la vie
retourne sa veste.
La toile des jours est réversible
quand elle ne reflète pas la lumière
elle la cache sous le boisseau.
Alors, elle nous dévore de l’intérieur
à moins que sa flamme bleue
n’éclaire quelque recoin
que n’alimentait que l’erreur.
Je dors en chemise de nuit
car ta peau ne me protège plus.
Je rêve de lingerie fine
alors que voilà la saison
où il faut se couvrir.
Tu es la paille
et je suis épouvantail.
Loin des champs où je veillais
tout me devient si futile…
J’attends un peu d’ardeur
assise à l’ombre de l’aiguille.
Seule ta chaleur
pourra me redresser
et nous brûlerons encore malgré les saisons !
Ainsi chafouinent les coeurs
quand l’heure de la moisson est passée.
.
Carmen P.
(illustration : Andrea Kowch)

Faut-il dire ? Faut-il se taire ?
Ne vaut-il pas mieux vivre en état de sourire
laisser rouler le stylo sur la table qui penche ?
.
Elle n’a pas la conscience qui flanche
malgré les souches de tous ses rêves abattus
qu’elle enjambe quand elle va aux orties
et qu’elle est saule d’argent… sans pleurs !
.
Insensible à tout ce qui tente de la séduire
sauf aux accords de l’euphonie verte
elle connaît sa Terre, cette vulnérabilité
d’où chaque jour elle renaît
et elle lance le son…
.
.
jusqu’à ce que clochent ses mots
.
.
Carmen P.
(photo : Filippo Rizzi)

Le visage se dégage du marbre
son expression – pensive –
pénètre la structure de la matière
Conscience vive saisie par une minéralité
dont elle ne parviendra jamais à émerger
entièrement.
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Cela lui serre le cœur
cela ne sert à rien
tout cet amour
toute cette passion
et ce carcan
impossible à pulvériser !
.
Si elle pouvait du bloc
où repose sa tête
creuser ses formes…
elle n’a même pas de buste
elle n’est même pas femme
tous ses attributs sont violés
par une loi du silence qui l’empêche
d’être
.
Si elle pouvait de ce bloc
se mouvoir et créer
Mon Dieu :
Modeler
Dégrossir
Tailler !
.
Prendre à plein corps
ces images mentales
qui la hantent
ces images mentales
qui existent
déjà
en esprit
ces images mentales
qui n’attendent
que ses mains
et la liberté
d’agir
pour naître
au monde
.
Naître au monde
duquel on l’a soustraite !
.
Elle aurait tant voulu laisser parler ses mains
consacrées au tourbillon de la création
.
Peut-on créer par les vides de son existence
une œuvre perceptible au monde qui l’attend ?
Carmen P.
photo de G. Pennarun, prise en juillet 2016 au Peabody Essex Museum de Salem, où se tenait une exposition : Métamorphoses, dans le secret de l’atelier de Rodin.

Je vis entre deux hôpitaux. Dans l’un ma mère trouve le temps long entre les visites des membres de sa famille qu’elle ne reconnaît pas toujours, et puis elle oublie avoir eu ces visites. Dans l’autre mon mari se rétablit doucement.
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Mercredi, j’attendais dans le hall de l’hôpital. J’avais un rendez-vous avec l’assistante sociale pour le suivi de ma mère.
Un homme très âgé est arrivé sur un brancard. Deux ambulanciers, un homme, une femme, jeunes et dynamiques, lui demandent s’il est déjà venu ici. « Oui, répond-il, et ma femme est hospitalisée ici ». Ils laissent le monsieur dans le couloir aux bons soins du personnel et prennent un autre brancard sur lequel est allongée une femme très âgée, elle aussi, qui doit passer une échographie. Ils lisent le nom de la dame – c’est la femme du monsieur qu’il viennent d’amener. Moment d’hésitation car ils sont pressés par temps. « Oh, et puis, au point où on en est on n’est pas à une minute près ! » dit la jeune femme. Alors, ils font marche arrière avec le brancard sortant et mettent les deux brancards côte à côte. « Regardez qui est là, Monsieur ! »
Joie du Monsieur de croiser Madame. Emotion pour moi. Double émotion, la première de constater le niveau d’empathie des personnes qui s’occupent des personnes âgées, la seconde de me dire qu’un instant bonheur peut tenir dans un bref instant où deux brancards se croisent.
Je ne sais pas si vous vous êtes sûrs de votre vie, de vos croyances, de ce qui contribue au bonheur, moi je ne sais plus et j’ai l’âme à vif, toujours plus à vif à chaque scène de ce genre.
*
Que dire de l’autre hôpital ? Un poème, peut-être ?
.
Il plane un air de renouveau
au goût d’automne primesautier
quand le ciel bleu transgresse l’orage
et que l’homme – décidément amoureux –
souhaite prendre la clef des champs
avec son coeur en bandoulière
.
Est-ce bien raisonnable ?
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C.P.
Photo de Jean-Luc Barré

Est-ce le bonheur
d’avancer sans allégresse
d’oublier le timbre de sa propre voix
de ne plus entendre de chant, là, à l’intérieur
de manquer des marches au rythme de sa foi ?
.
Est-ce le bonheur
de frissonner d’émotion à tout instant
de ressentir – à fleur de peau – la peine et la joie
sans parvenir à lier ces émotions aux cycles de la vie ?
Notre esprit semble devenir un champ de négation
alors que seule l’abnégation allègerait ses tourments
.
Est-ce le bonheur
de paraître immobile alors qu’un torrent
force le barrage de ma réserve – un corps (é) ruptible
.
Est-ce le bonheur
d’entretenir ses mots par une culture inadaptée ?
La parole n’est pas une plante destinée à vivre en serre
son règne croît avec le vent et frôle tout ce qui tremble
elle participe à l’ambiguïté d’Etre. Sa reconnaissance caresse
l’éclat de la fleur qui s’ouvre et sème pollen puis progresse
jusqu’à la patience du papillon déployant ses ailes
hors du silence de la chrysalide
dans le vivant instant
fol en risques
.
La parole comme l’âme est de tout lieu
elle accompagne l’angoisse de la métamorphose
.
et le corps tressaille face au choix de la soumission
.
Carmen P.
.

Je tombe dans les mots
– une chute aberrante –
c’est comme si je me laissais choir
au fond d’un puits.
.
Pourquoi ne parle-t-on pas
de la plainte de nos ailes
impuissantes à relever
les milliers de pépites
jusqu’à hauteur de jour ?
.
Le poète est un puisatier
il mine ses forces vives
en sondant l’abîme en lui
alors que chaque aube
réveille des merveilles
il suffit d’être là, présence,
pour que le coeur soit de la fête.
.
Nul besoin d’indicateur de direction
le fléchage cloue nos vie aux panneaux
et l’instant bonheur s’en va
courir d’autres sous-bois.
.
Carmen P.
Illustration : Dorina Costras

Chaque mot crayonné sur le papier
se rétracte comme un coup d’effroi
Tu désirais épingler ce spécimen
et tu frémis d’avoir à le saisir vivant
Tu refuses de le convertir par l’alchimie du verbe
au brasier des émotions antérieures
où périssent inlassablement les souvenirs
Ton geste – une rature temporelle –
ne parvient qu’à projeter ce qui vibre
vers l’inanimé et l’iridescence tombe en poussière
Tout ce qui brille dans l’eau devient terne hors de cet élément
Laisse les angoisses traverser l’espace noctambule
contente toi d’agiter les franges de l’aube en signe de reconnaissance
Ô peur, laisse le trouble de l’inconscience libérer sa prise
permets lui de se dissiper dans la nature du maintenant
Il n’y a pas d’instant propre à rincer le linceul
quand la soif de croiser l’éclair de l’amour
au mille visages – dans l’évidence du chagrin
et la sérénité face à l’abandon – retient la plume
.
Carmen P.
illustration : Jimmy Lawlor

Ils sont repartis
la famille soudain rapetisse
l’horizon a des limites
que l’amour ne parvient pas
à rapprocher
.
La distance s’annule d’un saut de puce
mais en attendant que puce s’envole
elle étire comme un fleuve
la sérénité de ta vie
et s’en vient remplir
mon coeur
d’un océan de patience
.
C.P.