Du sens poétique de la marche…

1

En début de promenade, elle aimait sentir la résonance du chemin sous ses talons. La voix du sol, disait-elle, lui renvoyait l’écho de ses tensions.
Là, au coeur de la nature, elle adressait au ciel une volée de bois vert, et c’est la terre qui lui donnait la réplique, pas à pas, jusqu’à ce que les intonations deviennent de plus en plus feutrées, jusqu’à ce que le rythme de la marche et l’écho de la terre se confondent dans un même ruissellement de temps.

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Carmen P.
photo : Boris Pasmonkov

*

2

du sol
la vibration
lance l’impulsion
le long de l’arbre
vertébral
elle se propage
jusqu’à la note
de tête
puis se libère
aérienne
comme un sans souci
bohème
au bout d’un fil à plume
– le tuteur impossible
qui la brimbale –

la vie suppose
des équilibres
qui défient
le tassement
naturel
elle installe
notre statique
au son d’un rythme
intimiste

cette onde porteuse
est un mécanisme
qui au lieu de tourner
nous élongue d’une prouesse
nous maintient comme un cairn
– malgré le vacillement –
nous accorde au flux
que notre propre souffle
alimente comme phloème

.
Carmen P.
illustration : Lucia Griffo

Jaune, atmosphère

Surprenante traversée de jour sépia
aux heures saturées d’une brume ocre
Est-ce nous qui traversons l’espace
sirupeux ou lui qui nous transperce ?
Le sentiment d’étrangeté est-il en nous
ou sont-ce les particules de l’air
soudainement devenu plus dense
qui nous pèse — nous soupèse —

Par la force du filtre nous paraissons teintés
par l’atmosphère, nous devenons pareils
à des personnages d’argile, jaunes.
Atmosphère ! Atmosphère !
Serions-nous des corps d’atmosphère ?

Nous sommes d’ici et de maintenant
et le jour est jaune, désespérément jaune…
Faut-il avancer en caressant les murs
qui ne reflètent aucune lumière
ou plonger dans ce bain saumâtre
comme si de rien n’était ?

Une couleur ne peut nous dissoudre
En attendant que l’opacité se dissipe
nous pouvons être une bulle de lumière
dans l’œil d’un jour au ciel champagne !

.
C.P. lundi 16 octobre 2017

Regard

Il portait son regard à distance
bien au-delà des mémoires obscures
Sur ces rives peu parvenaient à le suivre.
L’imaginaire qui infléchissait ses pensées
ravaudait la cécité coutumière et les rêves
devenus cellules réfléchissantes ajustaient la vue
au chant pacifié de l’Univers. Les volets
de l’inconscience ouvrirent leurs battants
juste avant que n’expire la nuit
sur les flancs de lumière
du jour inespéré

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Carmen P.
tableau : Caspar David Friedrich

Vacances

 

Temps de vacances

la nature se savoure vive

dans la lumière de l’été

loin des artifices de l’écran

 

Un thé en terrasse

une marche tranquille

sur les chemins des douaniers

— Vacuité de l’instant ! –

 

Septembre récoltera les fruits

et viendra bien assez tôt

je n’oublie pas les mots

mais je m’accorde une pause.

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C.P.

tableau : Irving Ramsey Wiles

L’été en robe légère

L’été est une saison trompeuse
où fleurissent les robes légères
les regards changent de trajectoire
les véhicules oublient leur destination
ils s’offrent un p’tit tour supplémentaire
La vue troublée escorte la pensée,
poursuit chimère, ne tourne pas rond.
 
Il y a erreur sur la personne
la beauté depuis longtemps
s’est envolée, elle demeure
dans le sillage de cotonnade
derrière lui, alors que vie fuse
vers l’avant et que tangue le témoin
dans la lumière à contre-jour.
 
Cette femme n’engrange les soleils
qu’au fond d’elle-même , elle déploie
ses pages en dedans et garde son livre
fermé comme un jardin des floraisons
que seule l’ invisibilité consacre.
 
Ces regards, elle ne les voit pas
Ses fils et leur père les saisissent pour elle
qui ne vit qu’une robe à la fois
dans l’éphémère de la saison
d’ailleurs
ce n’est pas une robe d’été qu’elle porte
c’est le poids léger de l’amour
dont elle éprouve toute l’amplitude.
 
Si la robe crée la féminité elle peut l’abandonner
aux vents, aux oiseaux, au parterre champêtre, aux rêves
tandis qu’elle traversera nue l’espace amoureusement
bleu de ses lands de celtitude à l’ombre des monolithes
que sont les pierres d’ancrage de sa famille
 
.
Carmen P.

Un confetti bleu

Arthur Beecher Carles - Silence, 1908

Un peu de ciel devrait suffire
pour revêtir de compassion
la tragédie dans sa nudité.

Un fragment aussi petit
qu’un confetti
qu’un grain de riz
qu’une pupille
aussi fragile qu’une porcelaine
bleue

Oh, bleu ! crie la joie
qui a perdu saveur
qui a perdu odeur
qui a perdu demeure
car l’innocence est désincarnée.

Oh, bleu ! Existe-t-il
un coin dans tout coeur
où tu puisses germer
un point en tout coeur
un point…
de proximité, non pas à l’infini
quand l’horizon du futur
n’est qu’ un rêve qui ne tient jamais
ses promesses d’apaisement
dans un monde en perpétuelle recherche
de Paradis
alors que l’amour est là ?

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Carmen P.

illustration : Arthur Beecher Carles – Silence, 1908

Sculpture sur bois

sculpture Debra Bernier

(Oeuvre : sculpture de Debra Bernier)

.
Le bois grave ses propres sillons
qu’il suffit à l’artiste d’appuyer
laissant aux figures encore sauvages
leur espace de discrétion

L’offrande d’une plume niche
le respect au sein du non-révélé

.
Carmen P.

Sensations

fleurs blanches

 

Si vous tenez l’oiseau, prêt à chanter, dans le creux de vos mains,   vous ressentirez un ondoiement  progresser le long de son corps familier de la joie du vol. Cette vibration  – même si une ombre bleue nous ligote – est un tremplin à notre propre envol.

Une note se réveille en nous et décolle.

*

Le silence parachève la création,

il ouvre l’espace du renoncement, c’est dans l’antichambre de l’imaginaire

que les mots du poète — pareils aux enfants des hommes —

se recueillent avant de partir arpenter le monde.

*

Le lever du soleil intime n’est pas un rendez-vous quotidien.

Pourtant, si notre corps est un monde  à lui seul – pareil à la Terre qui l’héberge – il est  évident que le soleil se lève en nous chaque jour et  les nuages de l’existence ne devraient pas nous inciter à renier ce mouvement, si naturel, qui rythme toute vie.

*

On s’invente des chemins, qu’on abandonne à un moment ou à un autre.

De toute éternité il n’y a jamais eu de chemin… On déboise et de nouvelles pousses viennent aussitôt fermer l’espace à peine ouvert. Un effacement de l’œuvre humaine semblable à la fluidité du sable…

Notre chemin nous le traçons au jour le jour, mais nous n’avançons pas dans la nuit, car – et je pense à Rilke qui dit dans les Eligies de Duino  » Etre ici est une splendeur » – nous n’avons à prendre conscience que de l’instant présent. Ce qui importe est ce que nous traversons ou ce qui nous traverse au moment où nous le vivons, sans tentative d’arrêt sur image… et je me demande  si, par l’écriture,  je n’arrête pas les sensations et les mots au lieu de les laisser filer !

Je me rassure en pensant qu’il est fort possible qu’en écrivant je déboise un chemin qui m’est nécessaire et que la végétation d’autres pensées rendra au foisonnement de la nature – à moins que le temps et le silence s’en chargent.

*

(en regardant passer un nuage)

– Quel étrange nuage !

– … comme un long vaisseau bleu

– Il n’est pas bleu il est blanc !

– Regarde mieux !

(et ces fleurs qui dansent dans le vent)

Quelle étrange floraison

la chlorophylle épanouit ses élytres

sur la délicatesse en pétales

au terminal de ces hampes

impatientes de lumière

qu’un désir de légèreté

soulève

 

L’évanescence des êtres

qu’ils soient d’air ou de terre

renvoie si peu la couleur

.

Carmen

Ecoute-toi (musique)

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Un texte mis en musique par Michel Bonnassies,  à écouter

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Apparemment le lien ne passe pas ici, mais il passe dans mon commentaire qui suit. Cliquez sur le lien du commentaire. Merci.

 

 

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