J’ai dans mon coeur…

 

…des crop circles

 

je demande plus que la vie

une attention de tous les instants

je conjure raison (je la plie au creux d’un rêve)

en amont de ce rêve se trouve ma raison d’être

car je ne suis pas encore…

j’ai dans mon cœur des crop circles

pas de mystère en âme conquise

– juste des segments d’art intime –

une performance crée dans le  silence

une matière qui n’est que poussière

une semence plus fine que grain fin

elle monte comme un chant – un appel

parle-moi

trouve-moi

touche-moi

je n’ignore pas l’ancrage

malgré la dérive du monde

je perdrai peut-être les mots

mais je n’oublierai pas le chant

 

Suis-je celle qui ne paraît pas être ?

 

à la place exacte où nous nous situons 

se dessine la forme d’un nuage

nous empruntons des chemins de brume

comme tremplins vers la lumière

 

et nous sautons à  pieds joints dedans

 

……………………………………………………pour nous trouver

 

 

Carmen P. le 22 août 2013 -copyright- 

15 août

 

15 août

 

à Paimpont

 

 

dans le ciel azuré

la ligne fuselée de l’amour

transperce le blanc flotté

des nuages

les courbes et les droites

s’interpellent

le vide se comble

du lait d’abondance

seul l’homme tire au cordeau

les limites

 

 

j’aime tes yeux non bleus

dans lesquels je sombre

tu es ma folie Éole

et je m’attache hyène

pas un soupir ne vent

se terre / que je m’abstienne

 

 

la bénédiction des enfants

au pardon de Marie

Allez en Paix !

 

.

Du bonheur pour Esther

 

 Du bonheur pour Esther

 

Ce n’était pas la félicité

c’était une vie ordinaire

temps de labeur pour Esther

cœur accordé à son foyer.

 

Le bonheur n’est que façade

surgi des mains illusionnistes

d’une femme soumise

qui accomplit sa tâche.

 

Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.

Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !

 

La maintenance du quotidien

exige de ranger au placard

tous les rêves avouables.

Fée dans son logis n’est rien.

 

Un tour de plus, elle disparaît

dans son refuge la démence 

plus rien n’a d’importance ;

la fée a rendu sa baguette.

 

Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.

Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !

 

Elle poursuit dans d’autres sphères

son voyage en solitaire

loin des exigences perverses

celles qui jaugent et ségrégent.

 

La société tranche, enferme

par son jugement elle propage

le venin de ses crochets

dans la pulpe de la vie.

 

Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.

Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !

 

L’amour donné n’a de sens

que s’il pense par lui-même

la conscience croît dans le silence

sur le picot des émotions

 

il est canevas de lumière

et éblouit par sa finesse

un sentiment de joie l’enfante

les façades deviennent visions

 

Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.

Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !

 

L’amour est plante fragile

combien d’Esther ont espéré

le voir pousser dans leur jardin

mais la terre assoiffée

s’est abreuvée de leurs larmes

laissant dans le sommeil les rêves.

Les germes attendent le réveil des filles

et l’éclosion du bonheur sur terre.

 

La joie qui ensemence la vie naît à l’intérieur des cœurs

Avec ou sans plumeau c’est elle qui te cherche, Esther.

 

Erin (12 août 2013)

Le blues…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le blues…
 
Quand le rêve pénètre la réalité, monocorde.
 
Quand l’ennui éveille des désirs de fuite.
 
La route, alors nous invite à partir vers de nouveaux horizonS et nos chemins intimes s’embroussaillent dans nos esprits.
 
Tandis que le train… nous emporte vers un ailleurs qu’on espère meilleur, un enfant, à la barrière, nous regarde étonné.
 
Il sait qu’il devra attendre notre retour et espère, pour nous, que l’échappée sera belle.
 
Erin
 
 [vimeo]http://vimeo.com/33854665[/vimeo]

Installation éphémère

 

Installation éphémère

 

 

Ils avaient construit un bateau de sable…

Ils avaient essayé d’occuper le temps en attendant la marée. La mer n’allait pas tarder à envahir leur plage et quand les flots arriveraient ils n’auraient pas les pieds dans l’eau, ils ne seraient pas obligés de nager…ils rameraient… à deux, ce serait facile.

Les vagues, ils les attendaient avec impatience, de sable ferme, bien tassé autour d’eux ; ils étaient prêts.

Au loin la mer semblait plus impétueuse que jamais, la nécessité de voguer plus impérieuse aussi… Les deux navigateurs s’emparèrent alors de leur bateau ; ils partirent à l’assaut de l’océan.

Deux baigneurs dans une même bouée !

C’est alors que la construction leur glissa des mains ; une multitude de grains en un lent écoulement le long de leurs doigts resserrés rejoignit l’étendue sablonneuse…inexorablement.

Voilà les marins debout, consternés au milieu d’un tas de sable, regardant à leurs pieds leur rêve anéanti qu’ils n’osaient piétiner.

Ils tournèrent le dos à la mer et, vers la terre et ses gratte-ciels, emportèrent leurs illusions. À deux ça pourrait être facile !

Erin

Terre de femme

Terre de femme 

 

 

elle ravit aux fruits l’éclat

qu’ils envoient et gorge

d’une caresse de zibeline

son regard — un faisceau mor-

-doré le peint sur la toile

infinie de ses rêves

 

à fleur de peau ces  spirales

des origines       débobinent

au creux de l’intime   l’arbre

où veille l’enfant     sublime

 

mâle est l’oubli aux étreintes

dérobé               un équilibre

transfuse entre deux natures

 

défaites

 

 

Douces heures de vivre sur le granit des jours

 

Je ne vois aucune douceur

à l’heure de l’embrasement

quand l’or du soleil couchant

disperse son auréole

dans le tulle bleu

des  nuages — l’été

 

un pétale de lumière —

l’éphémère d’un papillon —

se détache du sol

profile un envol

et zigzague sans suite

 

les pierres levées méditent

sur la faiblesse des hommes

les gifles du temps

la fièvre en rafales

grêlent sur nos ardeurs

(la défiance s’installe)

notre nature ébranlée

s’écroule   de l’intérieur

 

hautes sont les saisons

elles ignorent l’humain

et hissent les pierres

dans le mystère sans fin

 

le voyageur égaré

cherche des réponses

quelques lignes sympathiques

calquées sur le cercle  chromatique

des destins qui n’ont plus cours

 

Le vol du papillon laisse la rémanence de son image  sur la rétine de toute vie

 

Carmen P.

Eden Blue

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Eden blue

 

 

minuscules sons….. les vers suspendus aux feuillées que l’été ensoleille

 

des fils invisibles laissent le non-végétal tendre vers le sol où il s’anime

 

rampe le serpent sur l’écorce terrestre et la clarté – électrique – danse sur ta peau

 

couleur denim pour ma jupe et corsage lavande

pieds nus sur tapis de pâquerettes

 

l’ombre naturelle efface le péché originel

et nos mois s’oublient sur l’herbe folle de nous

 

la ligne bleue sur mes paupières est artifice — tente-t-elle d’imiter la lumière des fées-

-fleurs des champs : la verge d’or, la campanule et la dentelle de la carotte sauvage ?

 

la bruyère un peu plus loin sur la roche se dore auprès du sorbier des oiseleurs

 

les ailes d’érable et le pollen jaune du tilleul dans l’air

 

tu m’offres une rose largement ouverte  et deux pétales rouge-corail se déposent sur ton
sexe

 

papillon jaune, papillon blanc et ces deux pétales que mon souffle disperse

 

le serpent joue sa partition sur nos chemins, à la fantaisie  de l’amour il est
soumis

 

nous
resterions bien, là, depuis le matin bleu azur de brume jusqu’au bleu de minuit

 

 

Carmen
P.

L’oeil de l’ange (suite 2)

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L’œil de l’ange (suite)

 

 

 

 

 

[Estelle après une journée de peinture dans le jardin de Prévert à Omonville la Petite — où l’ange qu’elle a représenté sur la toile semble
intriguer les visiteurs — quitte les lieux avec son mari. Ils ont l’intention de se rendre à St Germain des Vaux.]

 

 

 

 

 

………Les choses ne se passèrent pas exactement comme prévu. Ils prirent bien la direction de St Germain des Vaux, mais au lieu de tourner à
gauche et de prendre la petite route qui montait vers le paisible jardin de Gérard Fusberti, l’ami de Prévert, ils furent attirés par une musique dont le tempo les ravit de leur propre chemin
pour les conduire au-delà du réel. C’était une musique où la joie, démesurée, explosait dans un débordement de lamentations. La détresse et l’exaltation parlaient  par les notes venues des violons, de l’accordéon, de la clarinette, du cymbalum. Tous les instruments s’accordaient à faire vibrer les émotions humaines en les
menant  à leurs paroxysmes. Cet enchantement  émanait de la place où un cirque avait dressé son
chapiteau.

 

Estelle et Michel se regardèrent amusés. Comme ce cadre, habituellement si calme, se trouvait transformé par cette ambiance ! Le plus
petit port de France, où quelques bateaux ancrés paraissaient de loin n’être que miniatures  destinées à renforcer une ambiance  marine, devenait le théâtre d’un foisonnement de sons, de mouvements !

 

Leur journée, depuis le matin, vécue sur le mode détente consacrée à l’ ouverture aux joies simples de la nature et de l’art, semblait
visiblement être prise en otage par un tourbillon… Quel contraste !

 

Flonflons, boniments, cris et courses d’enfants joyeux… une belle agitation les entourait et les conduisit jusqu’aux camions peints de vives
couleurs. Ils purent lire le nom du cirque et n’en furent pas surpris ; c’était le cirque « Reinhardt ». Un détail, cependant, les frappa de stupeur ; une ribambelle de
petites fleurs et d’étoiles mêlées entourait ce nom et cette ribambelle provenait d’une guirlande qu’un angelot tenait entre ses mains. C’était le portrait craché de l’ange sis dans l’ atelier de
Prévert !

 

—Puisque nous sommes là, allons donc voir le spectacle ! proposa Estelle, quelque chose
m’intrigue et me retient… comme s’il était vital pour moi de m’immerger dans ce capharnaüm.

 

Ce cirque tzigane se caractérisait par l’absence de faune venue d’Afrique ou d’Asie. Tous les numéros ne
devaient leur beauté, et leur poésie, qu’à la dextérité des gens et de quelques animaux savants, qui n’étaient autres que des chiens, des chats ou des chèvres domestiques. Un jeu de miroirs
grossissants permettait aux spectateurs, assis sur  les gradins, de voir les scènes avec un volume et un effet multiplié, ils en appréciaient les
moindres détails

Vint le tour de Luana, la trapéziste, elle était aussi
équilibriste et voltigeuse. À la voir si souriante, ravie, épanouie, volant ainsi au-dessus de la piste, on s’attendait à tout moment à admirer  un
saut de l’ange — la foule espérait  la cueillir dans ses bras. À trop lever les yeux vers le ciel du chapiteau, on s’égare toujours un peu  en
 rêvant récolter quelques paillettes !

Il y eut des jongleurs, il y eut des clowns, mais jamais le
spectacle ne donna dans la farce, Estelle et Michel ne regrettèrent pas cet intermède dans leur journée, tout ici était poésie !

Après le spectacle des clowns, une musique d’errance et de
rédemption, les plongea dans  l’illusion d’une angoisse… Ils reconnurent Luana, mais cette fois-ci elle avait perdu ses ailes. Elle avait revêtu une
longue robe-fourreau noire, très ajustée et fendue jusqu’en haut de ses-cuisses. Elle était ligotée à une cible géante. En face d’elle Enzo se tenait, immense et impressionnant. Quelques cris
éclatèrent quand sortit le premier couteau de l’ombre de sa manche. L’effet de surprise passé, on demanda à plusieurs personnes dans l’assistance de donner, à tour de rôle, chacun trois chiffres
inscrits sur la cible. À peine les chiffres nommés les dagues fusaient, tantôt de la manche gauche, tantôt de la droite.

Un trouble palpable s’installait parmi le public qui devenait
acteur du jeu, flirtant avec la belle  et l’instant possible de  sa mort –  mais du côté bourreau ! Il n’y avait aucune trace d’ empathie pour la victime. Heureusement, il n’y eut pas de mort non plus — seule l’angoisse de l’une et
le voyeurisme sadique des autres firent des estafilades dans les bonnes consciences  et se trouvèrent, au final, poignardés sur la cible
assassine.

À la fin du numéro, la musique cessa, faisant place à un lourd
silence. Le noir de la pression meurtrière qui avait été partagée par tous, resta perceptible durant quelques minutes avant de se dissiper. Sur la piste, le rouge n’était pas entré en scène et on
délivra Luana de ses liens,  seul un léger tremblement sur ses lèvres persistait. Une révérence et la musique, joyeuse, vint effacer l’intensité
dramatique des instants précédents.

Une  phrase de
John Lennon s’imposa alors à Michel : « Un rêve que l’on vit seul reste un rêve. Un rêve que l’on partage est une réalité.» Un frisson le parcourut, il ne se savait pas aussi
cruel !

Lui parvint, comme un flash, l’image d’un homme qu’il avait vu
passer durant le spectacle. Il avait tenté, alors,  d’attirer l’attention de sa femme, mais elle était trop absorbée et lui-même s’était bien vite
laissé envoûter par la fascination du spectacle.

 

Sorti du chapiteau, délivré des effluves musicales et voyageuses de cet
univers tzigane, la mémoire lui revenait.

—As-tu remarqué cet homme étrange, long et maigre qui a
traversé la piste, il est passé derrière la cible ? demanda-t-il à Estelle

— Je n’ai vu que la cible et la pluie de couteaux
!

—Je me suis demandé si, sous sa gabardine grise, ne se cachaient pas des échasses. Il portait
un paquet emballé dans du papier journal et il semblait vouloir le dissimuler  sous un pan de son vêtement.

— Un exhibitionniste ? voulut plaisanter Estelle.

— Non, ce n’est pas une blague, il avait un air fautif, mais peut-être est-ce l’angoisse du
spectacle qui me fait lui prêter de tels sentiments.

— Allons, oublions tout cela mon chéri, répondit Estelle d’un ton rassurant, une bonne nuit de
sommeil dans notre charmante auberge et tu auras oublié ce personnage !

 

 

Arrivés à leur voiture, ils virent, sur leur pare-brise,  un flyer où était représenté le visage
de la belle Luana, tout auréolé  d’étoiles.

—Tu le gardes en souvenir ! ne put s’empêcher de suggérer Estelle. Mais son regard malicieux s’éclipsa bien vite quand elle eut retourné
le flyer. Quelqu’un y avait laissé un message !

 

« Je fais parti de la troupe d’artistes itinérants. Je possède un objet que je souhaiterais vous confier. Je viendrai vous rejoindre à
votre hôtel demain matin. Ne partez pas sans que nous nous soyons rencontrés. » Signé : Lucenzo

 

 

(à suivre)

 

 

 

Une musique :

 

http://www.youtube.com/watch?v=kq8HQQ0qUeI

 

L’oeil de l’ange (suite)

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L’oeil de l’ange (suite)

 

 

 

Pour peu qu’un visiteur se montrait intéressé par son travail, Estelle expliquait, avec les mots qui semblaient adaptés à la sensibilité de son
interlocuteur, sa technique et sa vision poétique des choses… Ce jour là, elle parla davantage qu’elle n’avança son tableau.

 

En fin d’après-midi, Michel, son mari, vint la rejoindre. Il lui montra les photos qu’il avait prises de la mer depuis les prés et les champs
du littoral. Les portails, sur ses prises de vues, devenaient balcons ouverts sur l’océan. Il sortit aussi son carnet où il avait noté les plantes croisées sur son chemin. Il avait scotché un
brin de thym et, à côté, on pouvait lire cet haïku :

 

le thym sauvage

un dimanche de septembre

seul un brin d’amour

 

Estelle sourit, elle savait combien son mari aimait partager ses randonnées en sa compagnie et ce haïku elle percevait toute la tendresse qu’il
contenait…

Michel jeta un regard sur sa peinture. Elle avait osé représenter l’ange qui les
avait tant intrigués lors de leur visite.

— Ah, je vois que tu n’as pas oublié les attributs de l’ange. Ils sont, à mon avis,  la seule
et  unique raison de la présence  de cette statuette dans le salon du poète. Cela devait l’amuser de
penser que le sculpteur ne pouvait se détacher d’une vision charnelle. Il ne le voyait  pas comme un ange céleste mais bien comme le fruit de la
créativité humaine.

— Et s’il avait été pour lui un avatar, un simple avatar d’Eros, le protecteur du couple Prévert en quelque sorte ? suggéra
Estelle.

— C’est beaucoup trop superstitieux comme vision des choses. Je ne vois pas Prévert attendant une quelconque protection divine. Le miracle, il
le vivait au quotidien aux côtés de celle qu’il aimait.

— Tout en peignant j’ai imaginé plusieurs scénarios, continua Estelle  Cet ange a pu été volé dans
une chapelle ?  Mais j’avoue que je n’aime pas cette hypothèse. Que dirais-tu de ce film : « Le couple Prévert flâne un jour de marché.
Il s’arrête devant un étal où, parmi toutes sortes d’ objets hétéroclites, un ange semble leur faire un clin d’œil…»

— Attends, laisse moi poursuivre, l’interrompit Michel. « Le  prix du Putti est  excessif, et madame Prévert — Janine — tente de dissuader son mari, mais Jacques est  résolu et quand une idée
surgit dans son esprit, il ne la renie jamais. Alors, il paie la somme demandée et glisse même dans la main de la petite fille du ferrailleur un billet supplémentaire. Cette acquisition le
réjouit ! »

 

Estelle regarda son mari avec affection  il lui plaisait de le suivre lorsque son imagination lui donnait à voir les choses et les êtres
sous un angle inhabituel, il lui plaisait de l’attendre lorsque subitement il  s’arrêtait  pour noter une
idée — sous forme d’un court poème ou d’un haïku — avant qu’elle ne s’enfuie. L’inspiration n’est-elle pas comme l’ange ?  Avec les années et la
passion croissante de son mari pour l’écriture, elle vivait elle aussi avec un ange dans sa maison, elle le réalisait aujourd’hui. Tout comme Janine auprès de Jacques, sa vie  auprès de Michel était avec la poésie une succession de pirouettes, de voltiges qui pulvérisaient le sérieux de 
l’existence. Les poètes comme les anges planent, ils volent au-dessus des êtres et des choses.

L’homme a des ailes que la vie atrophie, la poésie allège le poids de la condition humaine. L’objet le plus banal devient trésor et l’esprit
s’aventure sur d’autres pistes. La poésie est le soupçon de légèreté qui transforme le regard, modifie les relations, fait naître la confiance chez l’autre. Combien précieux est ce lyrisme qu’il
insuffle dans le quotidien !

Janine avait  dû constater, une fois de plus, le grand cœur de son époux et devant son sourire —
au moment où  il  avait troqué un billet contre un ange — ses réticences s’étaient
volatilisées  …… Le couple aurait pu passer son chemin, mais l’ange avait attiré leurs regards, il avait provoqué  la relation  entre Prévert et la jeune sauvageonne. Liberté d’un
instant, riche de regards échangés et l’objet joufflu à la mine joyeuse demeura durant des années dans le salon des Prévert comme un symbole de légèreté, le signe d’une joie simple
retrouvée.

                                                      

                                                        
La vie est une cerise

                                         
               La mort est un noyau

                                                        
L’amour est un cerisier*

 

… et l’ange est ce rien, comme l’idée d’un sourire sur un viage « soleil de chiffon noir ». *

 

Estelle haussa les épaules pour sortir de sa rêverie.

 

— Allons, dit-elle, je pourrais encore peindre, mais ça suffit pour aujourd’hui, que dirais-tu d’une promenade dans le  jardin de St Germain des Vaux ?

Ils partirent, espérant, malgré la pluie et l’heure tardive, flâner en amoureux dans le jardin que Janine avait paysagé avec ses amis artistes.
Un hommage à Jacques, son poète.

 

à suivre…