Down
et rouge est le couchant
Up
par-delà l’horizon
l’aube sourit à ceux qu’on aime
Down
et rouge est le couchant
Up
par-delà l’horizon
l’aube sourit à ceux qu’on aime
Comme un poing dans le ciel
Des enfants sont dans la rue, ils ne lancent pas de pavé.
Des enfants sont dans la rue, comme des chiens, abandonnés.
Le serpent de la révolte ne danse plus au rythme des mots ; Amour et Paix.
Les interdits, balayés depuis longtemps, gisent comme des balises mortes
dans les vergers qui fouettent le vent de l’impuissance humanisée.
Un coin de moquette pour poser son duvet, c’est sympa.,
durant quelques soirs, quand on a dix-huit ans,
mais quand les « potes » ne peuvent plus héberger
car ils n’ont plus de « tune » eux-mêmes,
où vont les enfants perdus dont les parents s’emmurent ?
– dont les parents s’emmurent –
Peter Pan s’appuie sur le temps impassible, ses ailes n’attendent qu’un signe.
L’horloge de la place compte les étincelles qui dans son cœur décrépitent,
et dans mon âme-zeppelin une déchirure témoigne
d’une impossible naissance.
Balbutiements
Une présence juste réveille l’espace
à l’instant même elle trouve sa place.
Les paroles brouillées sculptent les pensées folles
et les cris étouffés, sur la croix des mots,
clouent le mohair des ombres.
Les vents contraires sacrifient l’en Vie
mais à la fourche du jour et de la nuit
une spirale s’anime dans un poudroiement de voyelles.
.
Un dimanche à Trémelin
Un dimanche de septembre, en pays de Brocéliande sur le domaine de Trémelin, quelques artistes désireux de s’exposer se sont donné
rendez-vous. Je les ai rejoints, et dès l’aube nous avons sorti toiles et chevalets pour aller à la
rencontre du public.
Du matin au soir le monde des humains s’est activé, chacun à sa façon, sur ce site où la roche
et la lande se partagent le terrain. Les jours ordinaires, l’appel de la nature invite
le flâneur à pousser la balade dans les bois environnants ou autour de l’étang, mais ce dimanche était mis sous le signe du sport. Je me suis
demandée si le petit monde parallèle des créatures de la lande allait parvenir à ignorer cette agitation diurne. Telles des pierres tapies derrière
les ajoncs épineux, elles ont attendu la fin du jour pour s’emparer de ce coin de Bretagne, et jouer leurs tours de lutins aux derniers promeneurs.
En matinée la place était aux sportifs qui participaient au Trail des Légendes de Brocéliande. Le midi et l’après midi l’ambiance fut
joyeuse dans les restaurants du site ; un esprit de guinguette et de bal musette imprégnait les lieux.
Il y a eu du passage, le temps s’est montré clément… quelques gouttes n’ont pas réussi à perturber l’ambiance festive.
Le vent a dispersé les nuages et le soir, après l’envol des danseurs et des dernières notes de musique, les lieux se sont enveloppés
d’un calme magique, teinté de douceur.
C’est à cette heure, entre chien et loups, qu’une jeune femme est venue promener son berger belge et son dogue. Ces animaux, vraiment
impressionnants, étaient fort contrariés d’être tenus en laisse. Ils étaient visiblement habitués à courir sans entrave dans ce lieu habituellement
désert en cette heure tardive.
La jeune femme est passée plusieurs fois devant moi, elle a tourné autour du barnum, s’est éloignée puis est revenue, elle a tourné encore tout en me regardant avec insistance. Nous avons finalement engagé la
conversation et avons parlé couleurs, j’étais là pour ça…je la sentais en attente d’une question, une question qu’elle n’osait pas me poser ; étrange impression…
Tout à coup, au milieu d’une phrase, elle s’est interrompue. Elle est restée debout, pensive alors que ses chiens tiraient sauvagement
sur leur laisse. Elle a tourné les talons sans ajouter un mot et s’est dirigée vers son véhicule, où elle a enfermé ses chiens.
L’heure était venue d’emporter mes tableaux ; le public s’était volatilisé, le site pouvait retrouver son calme et
à s’ouvrir aux malicieux Korrigans. Je suis passée devant une voiture où les deux chiens aboyaient
furieusement à chacune de mes allées et venues. Leur maîtresse se promenait non loin. Elle semblait surveiller la manutention de mon équipement d’artiste.
« Etonnant, ai-je pensé, d’habitudes les animaux ne montrent aucune agressivité à mon
égard ! »
Ceux-là n’aboyaient que sur moi et avec une bonne dose de fureur. Etaient-ils les cerbères des lieux ? En quoi ma présence
réveillait-elle leur agressivité et l’inquiétude de leur maîtresse ?
Au dernier de mes trajets la maîtresse des chiens s’est dirigée vers moi et a osé me poser la question qui la torturait :
– Avez vous retrouvé votre enfant ?
– Quel enfant ?
– Celui que vous cherchiez hier soir.
– Où ?
– Ici ! votre enfant avait disparu. Vous l’avez cherché et appelé toute la soirée.
– Mais je n’étais pas là hier soir. Mes enfants sont maintenant bien grands, ils ne m’accompagnent plus depuis longtemps !
– Pourtant c’est bien vous que j’ai vue hier soir. Je ne vous ai pas
oubliée ; vous étiez bouleversée. J’ai pensé à vous toute la nuit.
– Je vous assure que je n’étais pas là… j’ai eu l’intention de venir repérer les lieux, mais je ne l’ai pas fait !
– Bizarre… j’aurais juré que c’était vous. La même silhouette, le même visage, la même coupe de cheveux, les mêmes lunettes.
– Alors vous avez rencontré mon sosie.
Elle ne m’a pas crue, visiblement elle ne m’a pas crue…elle est montée dans sa voiture
en emportant une fausse image de moi ; l’image d’une mère affreusement insensible, qui un jour perd son enfant, ne le retrouve pas, et le lendemain poursuit ses activités comme si de rien n’était.
Sur le coup cette conversation m’a amusée, mais lorsque j’y pense et que j’imagine tous les
êtres qui hier, aujourd’hui, demain se sont croisés, se croisent ou se croiseront sur ce
site, cet
enchevêtrement de destins dissemblables ou de superposition de périodes différentes de la vie d’une même personne, je me dis que par
l’esprit des vies qui s’ignorent peuvent se côtoyer, cohabiter …mystère du temps aboli.
Jeune maman, je venais à Trémelin avec mes enfants. Le domaine leur offrait un espace pour jouer sans une surveillance trop
rapprochée. Images du bonheur familial, images du passé, images de l’oubli…l’enfant que nous n’avons pas pu voir jouer et grandir, ni ici,
ni ailleurs ; cette enfant à laquelle je pense quand l’heure est au chagrin, quand la
pensée file vers l’absence et que seule l’imagination peut recréer la trame déchirée de la vie.
Je suis venue ici pour partager avec mes semblables ma passion des couleurs et ma sensibilité.
C’est ce que je croyais….j’avais en fait rendez-vous avec l’absence de mon enfant.
Alors, était-ce moi qui appelais mon enfant perdue ?
La réponse me brûlait les lèvres :
» Non Madame, mon enfant ne reviendra plus jamais. »
Carmen Pennarun
J’ai parlé l’anglais telle une langue maternelle
toi
ta patrie est devenue l’Amérique
J’ai cuisiné les mots et éduqué des enfants
toi
tu es l’artiste des mets et tu dresses les plats
Migrations
toute entière à la tristesse
épuisée
par la coupe des saisons
elle s’arrime mon âme
au vol des oies sauvages
noire
la crinière flotte dans le pré
où les sabots martèlent
enfer
la fille de l’air
ne peut protéger ses enfants
des tourments de la terre
elle ne sait que voler
et invite à la voie haute
par l’amour elle vit
pour l’amour elle meurt
son cœur scande le vide
quand parole et confiance
se heurtent aux épreuves
et disloquent son ouvrage
*
les instants passent
sans laisser de trace
quand la pensée fuit
les courants d’âme
déjà
dans l’aquatinte du regard
défilent
les ombres
oh…comme ces rêves
nés des espérances mortes
ouvrent à la mélancolie
lorsqu’ils nous ramènent
sur nos chemins d’amour
amants…amis…enfants
autant de blessures
que de tendresses – de vies – données
mères du passé
– cœur de familles nombreuses –
où cachiez-vous vos larmes ?
*
les enfants naissent des larmes
versées par toutes les mères
elles
irriguent la terre
ouvrent des chemins d’espérance
que d’autres mères pleureront
quand ils se refermeront
*
c’est l’automne
pour la première fois
j’ai vu un vol d’amour
migrer vers une terre d’enfance
il reviendra au printemps
d’instinct
je perçois son retour
.
L’homme au chapeau melon
René Magritte
Mon chapeau
…a quatre bosses
quatre bosses
.
…à mon chapeau
Cela ne se voit pas, mais moi je sais que mon chapeau a quatre bosses.
La première date de quand j’étais bébé ; un bébé intrépide qui a marché très tôt d’après ce que disent mes parents.
D’ailleurs, je ne marchais pas, je courais !
Hop, Hop, Hop !
Trois petits pas accélérés par-dessus mes voitures en circulation sur le tapis, et…
Pan !
Je me suis cogné dans l’angle de mon coffre à jouets et mon chapeau a atterri sur le nez de mon éléphant bleu. Quand du bout de sa
trompe mon ami m’a remis mon chapeau sur la tête, il a barri très fort, peut-être riait –il, en voyant que mon chapeau avait une bosse.
Mais chut…seul mon éléphant et moi savons que cette bosse existe !
La deuxième bosse ; mon chapeau l’a attrapée dans une descente, une descente de toboggan, ratée.
J’étais parvenu à grimper tout en haut du plus grand toboggan du parc.
« Accroche-toi bien, mon chéri ! » me disait maman que je voyais toute petite en bas du toboggan.
Je me suis accroché, plus d’un côté que de l’autre, et j’ai basculé…
J’avais une si grosse bosse que maman me l’a aussitôt cachée sous le chapeau.
Il faisait soleil ce jour là, et moi je pleurais parce que le soleil me chauffait la bosse.
La bosse sur ma tête est partie, mais celle sur mon chapeau est restée.
La troisième bosse mon chapeau l’a attrapée quand j’ai commencé à vouloir calculer.
Lors de mes promenades dans le parc, je ramassais des petits morceaux de bois que je mettais dans mon chapeau. Au retour j’en faisais
des petits tas de 10 que je comptais avec papa.
Un jour j’avais trouvé tant de brindilles, plus que mon chapeau pouvait en contenir, alors je les ai tassées si fort que mon chapeau
s’est déformé. C’est depuis ce jour que mon chapeau a une troisième bosse et que tout le monde dans la famille dit que j’ai la bosse des maths.
La quatrième bosse est un nid qui s’est installé à la va-vite au bord de mon chapeau. Je n’ai pas réussi à le cacher, il est doux et
agréable ce creux où je mets tous mes rêves qui suivent légers la vive linotte dès qu’elle part en voyage hors de son nid.
……………………..mon chapeau a quatre bosses
………..mais s’il n’avait pas
quatre
bosses
…ce ne serait pas
mon
chapeau.
Tous les chapeaux ont une histoire. Je vous ai raconté celle de mon chapeau, mais le vôtre a lui- aussi bien des secrets à dévoiler. Pour lire ses aventures il suffit de le poser sur sa tête.
Tu me prêtes ton chapeau, que je puisse te lire son histoire ?
Fin
(texte imaginé à partir d’une comptine mimée que je chantais à mes élèves)
L’abri carapace
Les musaraignes sont à la recherche d’une nouvelle maison.
Elles ont dû fuir la vie de château et le fromage en abondance.
Elles ont été expulsées de leur refuge. La menace vient des humains qui ont déjà capturé
leurs grands-parents.
Elles sont parties de nuit, le sac sur le dos.
Il y a papa Musaraigne, maman Musaraigne et leurs deux enfants :
Mamusette, la fille est une coquine qui s’habille en violine,
Micmollet, le garçon est un coquet, un brin taquin.
Elles sont parties de nuit, le sac sur le dos.
Elles ont marché toute la nuit.
Quand le soleil au matin se lève, les enfants très fatigués ne veulent plus avancer.
– Allons-nous reposer dans ce jardin abandonné ! dit Papa Musaraigne
Ils passent le portail de bois entr’ouvert et trottinent parmi les herbes hautes sans savoir où ils vont. Micmollet repère bientôt un
caillou qu’il escalade immédiatement. Arrivé au sommet il s’écrie :
– Je suis le gardien en haut de sa tour, je vois par-dessus l’océan vert !
– Descends donc avant de nous faire remarquer, tu es sur le dos d’une tortue ! lui signale son père.
Micmollet se laisse glisser à terre, fait le tour de la carapace, regarde par les ouvertures, se tortille les moustaches et
dit :
-Y’a personne là-dedans papa, la carapace est vide !
Alors Monsieur Musaraigne rentre avec prudence dans la coque abandonnée….
Il en ressort avec le sourire et annonce :
– Vous pouvez entrer, l’intérieur est propre, ce n’est même pas humide. Fiston, tu as
trouvé l’abri parfait pour la sieste de la journée !
Quelques instants plus tard les quatre musaraignes se blottissent les unes contre les autres sur une couchette douillette que Madame
Musaraigne a installée.
Comme il fait bon se reposer après une si longue marche !
Le soir venu un museau vient fureter aux ouvertures de l’abri ; ce n’est qu’un hérisson curieux.
Monsieur Musaraigne s’assure que l’animal ne cherche pas de nourriture. Mais non, il a déjà fait bombance, et ne souhaite qu’un peu de
compagnie.
Papa Musaraigne qui ne veut plus partir sur les routes sans toit, a une idée géniale : il demande au hérisson s’il serait
d’accord pour tracter la carapace jusqu’à ce qu’il découvre un village de rongeurs où lui et sa famille pourront vivre en paix.
Le hérisson accepte, il promet même d’être prudent ; il ne marchera que sur le bas côté de la route, et ne la traversera jamais.
Alors Monsieur Musaraigne sort ses outils et installe un système de roues en bois sous la carapace, ensuite il bricole un harnais et
il attèle le hérisson.
Les voilà partis, et c’est un bien curieux attelage qui prend la route ce deuxième soir
!
Les souris sédentaires accourent, les rires et les quolibets fusent…en entendant les cris, toutes les rongeurs du coin sortent de
leurs maisons et s’attroupent autour du hérisson et de la famille Musaraigne.
– Venez-voir les gitans !
– Ce sont des gitans qui passent !
– Regardez la petite fille en jupe violine !
– Eh ! Esméralda t’as une belle roulotte ! Tu nous la fais visiter ?
Mamusette devient toute rose et répond :
– Ce n’est pas une roulotte, mais une carapavane ! et elle fait mine de danser le flamenco.
Les badauds lancent alors des noisettes sur les musaraignes. Micmolet en colère renvoie les projectiles par de belles reprises de
volées – Faut pas croire, il s’entraîne au foot avec son papa ! Du coup, afin d’éviter les tirs en retour en pleine figure, les souris reculent laissant plus de place pour le passage du
hérisson.
L’ami de la famille a marché toute la nuit jusqu’à ce qu’il arrive, au petit matin, aux
abords d’une décharge municipale.
Nous allons passer le jour ici, et j’irai m’approvisionner en nourriture, je trouverai bien quelques insectes, dit papa
Musaraigne.
Une journée longue et pleine d’angoisses commence alors : des chats errants
viennent tourner autour de la carapavane, les camions bennes vont et viennent faisant vibrer l’abri.
Maman se demande toute la journée si le hérisson sera au rendez-vous le soir venu.
Papa est bien revenu, il a échappé aux chats et la famille peut enfin se régaler. Ils mangent assis en cercle, comme des indiens, dans
la petite carapace maison. Après le repas, Micmollet caresse son petit ventre rond et dit :
– Je fumerais bien un calumet de la paix avec les chats qui rôdent moi maintenant !
– Eh bien moi, répond Mamusette, puisque tout le monde dit que je suis une gitane, je
vais voir dans ma boule de cristal si ces affreux matous auront disparu ce soir ! et elle retourne son verre ; le tenant dans ses mains
tendues, elle regarde avec attention au travers …
– Ouiiii ! ils seront tous partis, occupés à courser les souris qui se sont moquées de nous la nuit dernière !
Les musaraignes restent enfermées dans la carapavane jusqu’au début de la nuit…les enfants, le nez aux ouvertures guettent le retour
du hérisson.
– Il arrive ! crie tout à coup Micmollet.
Le hérisson n’a pas oublié ses amis. Une promesse est une promesse.
Durant le trajet les enfants refusent de quitter la carapavane, ils préfèrent lire et inventer des histoires plutôt que de se
quereller tout le long de la route avec des curieux qui disent n’importe quoi.
Au petit matin, le hérisson est très fatigué.
– Je grimpe jusqu’en haut de cette côte, dit-il, mais je ne pourrai pas aller plus loin !
Au sommet de la colline, papa découvre en contrebas un paysage charmant : une vallée où coule une rivière. Dans les jardins donnant sur le rivage se dressent des maisonnettes toutes plus originales les unes que les
autres.
– C’est merveilleux, dit maman, comme la vie doit-être agréable ici ! Allons nous
renseigner, il reste peut-être de la place pour nous !
Ils descendent la colline et vont frapper à toutes les portes.
Ils font la connaissance de Madame Taupe, elle habite une maison de terre et leur
souhaite la bienvenue en leur offrant un pâté de fourmis.
Dans une maison-talus vit une famille de lapins. Les lapinots proposent immédiatement à Mamusette et Micmollet de jouer à
saute-lapin.
Tout au bord de l’eau vit une famille de Ragondins.
– Vous avez eu raison de venir jusqu’ici, dit Monsieur Ragondin, il y a du terrain libre. Demain nous vous aiderons à vous installer.
En attendant, nous avons un lit d’amis et c’est avec plaisir que nous vous offrons l’hospitalité.
Le lendemain, maman dessine le plan de la maison en tenant compte des avis de chacun.
Mamusette veut garder la carapace, c’est à partir de cette pièce centrale, qui deviendra un salon où la famille pourra se rassembler et parler tous les soirs, que la maison sera construite. « Ce sera comme
le cœur de la maison ». Papa propose que pour accéder aux autres pièces il faudra des marches qui montent ou descendent. Il ne veut pas de
portes.
– Où que l’on soit dans la maison on verra l’enfilade des pièces et la lumière passera
et jouera avec les murs que nous allons peindre de couleurs éclatantes.
– Oh, ce sera beau ! dit Mamusette rêveuse.
Micmollet veut pouvoir courir tout autour de la maison et souhaite un ponton pour la pêche à la ligne.
– Et un plongeoir aussi ! rajoute Mimolette.
Maman souhaite un toit végétal où pousseront des fleurs, elle aimerait une clôture d’osier tressé autour du jardin, mais papa
n’aime pas l’idée de la clôture car il veut une maison ouverte en grand aux amis.
– Ouverte aussi aux méchants ; au renard, à la belette ? s’inquiète Mamusette.
– T’en fais pas sœurette, je suis un pro du tir aux noisettes, s’ils s’approchent ; « Pan ! », je les bombarde et
ils décampent.
Dès que le plan est au point, papa Musaraigne se met au travail et avec l’aide des voisins, la plus jolie des petites maisons voit le
jour sous l’arbre gardien de la vallée.
La construction terminée, les parents Musaraigne font venir leurs enfants.
– Comment voulez-vous appeler notre maison ? leur demandent-ils.
Les enfants savent épeler des mots plus tendres que des fleurs. Sans hésitation et d’une même voix, ils répondent :
ABRICARAPACE
Ils éclatent de rire et partent pour une ronde ensoleillée tout autour de la maison.
Fin
(Conte imaginé et écrit par Carmen P.)
De terre et d’oubli
le manège des siècles
tourné par dizaines
a effrité l’argile
de l’armée enterrée
sous le tumulus amendé
du fond de l’opacité sans âge
des milliers de soldats
veillaient sur le sommeil
éternel de leur empereur
tandis que pleuraient
les âmes des concubines
sacrifiées à l’inépuisable
folie
des grandeurs destructrices
les sculptures doucement
à la terre retombaient
quand… puissant…ce magma d’art brut
a éventré la montagne
– temple de l’armée dormante –
l’homme s’agenouille
et œuvre à la reconstruction du passé
il se glisse dans l’élan créateur
le ravive – l’offre aux regards –
et passe le souffle de l’Histoire
dans le grand corps de l’humanité
inaudibles
se libèrent les plaintes
des épouses oubliées