La dame de la falaise

 

La dame de la falaise

 

 

Droite sur son rocher elle sonde l’obscurité

 

En langues voilières flotte sa chevelure.

 

Présence vigilante elle a vu l’équipage

 

sombrer dans la folie,

 

abandonnant navire, les âmes tournoyer

 

par-dessus la fureur des vagues – du sang noir –

 

 

Les masses sombres des nuages d’onyx

 

habillent son corps de vaporeuse noirceur

 

Sa présence fumivore dans ce décor

 

ouvre une brèche de lumière

 

Sur la mer apaisée danse le navire

 

où reposent les corps

 

 

Son regard clos crève les flots

 

Vague sur vague elle remonte le courant

 

À rebours de la nuit, de ses souffrances,

 

de la panique, elle  redessine les rides

 

sur les visages livides – à l’encre du varech –

 

et, du pinceau de ses cils elle laboure les fronts

 

Sous sa caresse salée frémit l’ombre d’un frisson

 

 

Elle souffle une bulle où s’engouffre la rage

 

des éléments

 

Son corps est passage,  là meurent les soupirs

 

et l’avenir se crée à l’aube de son sourire

 

 

Carmen P.

 

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La tombe de la fille

 

La tombe de la fille

 

Les forêts, parfois, ouvrent des sentiers qui conduisent à des tombes,

et les jardins des suppliciés deviennent lieux de pèlerinages.

 

Lénard, bandit des grands chemins pourtant converti,

périt violemment tué par le charretier qu’il voulut aider.

Marie, torturée par les chouans, reçoit fleurs et messages,

autour de sa tombe flottent des tissus de prières.

 

Mystère de la souffrance ; déchirure sublime entre deux mondes…

 

Là où la douleur terrestre rejoint les vibrations célestes,

l’infortuné dépose ses offrandes, et l’impensable explose dans le réel.

Homme aux abois, si vulnérable, tu t’abandonnes  à cœur perdu….

La  nécessité d’avancer sur les chemins durcis sous les pas des anciens,

en écoutant le rire du vent vert  qui brouille les nuageuses futaies,

te guide jusqu’à la fontaine des yeux du silence, où tu t’abreuves,

immergeant ton âme dans les noirs desseins d’un avenir incertain.

Vide, tu accroches tes doutes aux bras stratifiés de l’oubli,

tu graves tes dolentes suppliques dans le creuset des douleurs,

et tu déposes tes larmes sur  « la tombe de la fille ».

 

Dans ce temple de verdure à ciel ouvert, une prière païenne…

 

La lune, visage d’opale dans la nuit obsidienne, bouleverse les destins ;

elle signe  alors avec les croix des chemins un acte d’allégeance.

 

 

Carmen P.

(la photo est de Steven L.) 

Tombe de la fille

Encorbellements

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Encorbellements 

 

 

Encorbellement 1

 

Une pluie d’ombre légère

effleure de gris mes pas

La pendule en secondes

familières

m’aiguille et je passe

muraille

 

Les chemins à l’envers

convergent

ils plongent mes rêves

dans un puits fauve

où se noie l’un fini

 

Je puise goutte à goutte

l’eau claire d’autres fois

bleue sous la tonnelle

de la coquille solaire

 

Chaque temps vide

son sens

sur l’enclume des jours

Le marteau se lève

métronome impeccable

– il brise les habitudes –

 

Dans le sillage du cri

le verbe plie ses cailloux

– pépites ouvertes

sur les lambeaux du vent –

 

Derrière les crêtes roses

le souffle aspire la brume

et sculpte des sourires

sur les buissons ardents

de la vie en corpsbelle

 

 

 

*

 

Encorbellement 2 

 

les regards d’azur aux balcons suspendus

piègent l’ombre que l’horizon accroche

aux lignes de fuite du triangle de la rue

Les écailles en relief sur les façades nues

tendent les bras d’une étoile virtuelle

où filent les souvenirs des âmes vagabondes

qui scrutent les signes d’une vie encore belle 

 

 

Encorbellement 3

 

les balcons sur le ciel ouverts

ne sont que coquilles vides

……………….…………….d’espérance

ces bénitiers qu’emplit l’azur

échafaudent la vie

…………………..en lieu sûr

et contemplent le théâtre

du malheur consacré

aux mains……………..des plus avides

 

vide

 

sous les corbeaux

où filipendulent mes avances

…………………………………….lentes

 

sauter

………………….ou

………………………………………..attendre ?

 

 

couchée sous le plancher d’éden

……….une conque pour tipi

…………….s’encorbelle

……………….l’en vie

 

*

 

La voix des roseaux

 

Les roseaux musiciens rêvent près du rivage

de fines feuilles – papier froissé – glissent sur l’eau

L’onde lave les mots – s’imprègne de leur chant –

Tout est sans voix – réunifié dans le silence –

 

Les rameaux en miroir pêchent les secrets

Au son des  flûtiaux ils atteignent l’ombre

des chênes célestes où pierre sur pierre

les nuages posent  corbeilles de berceaux

 

 

Carmen Pennarun

 

 

Les faiseurs de rêves

 

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Les faiseurs de pluie

 

Elle voudrait dire des mots d’amour

dont elle s’éloigne

 

Il aimerait rire au petit jour

mais il s’attriste….. ses rêves

déraillent….car il s’en nuit

 

Ils voudraient sentir les gouttes de pluie

sur la cambrure de leurs reins nus

en lentes coulures.froides….les saisir

 

Ils aimeraient….. hors des murs

sur les jupes du vent

peindre leur fantaisie et se nourrir

des riens effilochés du souffle réinventé

 

Leur maison est un voyage qu’ils construisent pas à page au cœur d’une vie

trop sage

 

Le corps ne suit pas – lourd il reste à la
traîne de l’esprit

On le devine comme une ombre alourdir la marche – silencieuse

 

 

La nature s’emmêle dans une course vertigineuse

elle  précipite  l’être vers le repaire de l’âme

face à face….. elle et lui

le désir découvre son portrait

 

Sain et sauf

tout près du cratère de l’oubli

ils célèbrent  l’éphémère allégresse

 

Avril s’étend devant l’âtre qu’automne allume

l’aurore s’abreuve du nectar de la nuit

au ruissellement pur de l’air de la lune 

 

Carmen Pennarun le 13 juillet 2011

Le sourire de l’homme biscuit

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Le sourire de l’homme biscuit

 

Tout son corps d’argile

appuyé sur une statique

en triangle

se projette dans un mouvement

qui le pousse vers l’avant

 

A l’opposé

sa nuque puissante

se vrille vers l’arrière

 

Les pieds enracinés

et l’horizon perché

sur le fléau de son regard aveugle

il sonde le ciel

…………..en  diagonale 

……………………étire l’espace

 

 

Ses mains posées sous la poitrine

rassemblent l’équilibre

au centre de son être

Les fibres de hasard

des pans de sa tunique

retombent sur le sol

et le gardent de toute chute

– tant qu’il restera debout –

 

 

Son improbable présence

que chaque foulée remet en jeu

divise les perceptions.

Je le pense ouvert/il interroge

et réveille  le trouble

 

De terre et d’eau façonné

il a pris corps dans le réel

et m’abandonne sa transparence

joyeuse

 

Carmen Pennarun le 16 juillet 2011

Eve des Alpes

 

 

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La vanité, 1897, huile sur toile de Giovanni Segantini 

 

Eve des Alpes

 

L’éclat de la couleur

en touches cristallines

dans le miroir de l’œil

recrée le paysage

d’Engadine

 

Illusion d’une technique

que le maître domine

du haut de sa solitude

fière qui lui prendra la vie

 

Tout vibre dans ces montagnes

où la nature s’incline

devant la jeune fille

qu’elle a créée – Eve

participe de cette beauté –

 

Elle dépose sa tunique blanche

et du murmure de la source s’approche

Pieds libres sur la roche elle contemple

une masse fauve qui serpente

 

Est-ce sa chevelure qu’un souffle agite

ou une ligne mouvante et mystérieuse

venue troubler le miroir de l’onde ?

 

Elle soulève ses mèches et ne voit que son visage dans l’eau vive.

 

Serait-ce elle si blanche et svelte ?

Seuleune plante croît qui s’ignorait

L’énergie-sève monte de ses racines

Jusqu’à la coupole de ses blondes lianes

Par quelle bouche d’ombre surgit cet hydre

persifleur d’illusoires angoisses ?

 

La vérité ne peut trahir l’étoile d’un visage

Que l’eau en sa surface a révélée

Dans cet Eden des hauteurs

où fleurissent entre les pierres

des rhododendrons sauvages

Rêve découvre son corps

 

Fleur-miroir de la nature vierge

Audace de pureté nue sur la toile

Dans la rudesse d’une vallée sauvage

l’artiste s’abandonne au rythme lumineux

de sa passion créatrice – La Vanité naît –

 

 

Carmen
P. le 7 juillet 2011

Été au jardin

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                      Douleur des mères

 

 

 

Au jardin du Thabor nous allions voir les roses et ma grand-mère, chaque été,

me disait que, de toutes, j’étais la plus suave.

 

L’amour fuit la maturité

elle voilerait sa course

D’un mouvement chevrotant

de plus en plus lent

la vie s’éclipserait

L’aube est son éternel recommencement

qui le voit

gai dans le jardin fleuri

jeune sur les corps épanouis

soyeux dans le regard malicieux

de celui-là ou dans celui

plus profond de cet autre

moi-même. J’avance

l’avenir ouvert entre les mains

 

danse……..son……..équilibre       

 

Ignoré

le souvenir de l’amour offert

Comme les pas dans un désert

s’éloigne la douleur des mères

Pour les enfants de la Terre

elles ne croient plus en Dieu

elles attendent chez l’Homme

l’éclosion de l’ Ange

 

respirant simplement la douceur d’une rose dont elles ne craignent pas les épines

 

 

Carmen P.  le 5 juillet 2011

 

 

Arc-en-ciel (ses couleurs sont essence de l’âme des fleurs)

 

 

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Kanevedenn

 

 

 

Les jardins dorment sans fleurs

quand au ciel elles se recueillent

Envolée de sept couleurs

– éclats diaphanes et pulpe corail –

la voix frêle de mes sœurs

fixe le songe digital

sur l’arc en voûte d’Ô

 

L’âme rouge

en corolles de sang

– clématites et coquelicots –

s’abreuve des passions

puisées au calice des Hommes

 

Orange bi-sphère

fécond des soucis… des pavots

où se fond

la pépite convoitée

Pourtant les flammes fugaces fuient…

Eux

deviennent équilibristes

bien au delà des racines

du métissage universel

 

Joie…des jonquilles…des crocus

vibrant aux premiers rayons

Du parterre un chant profond

réveille les primevères

appelle les effluves capiteux des ajoncs

 

Sérénité du vert

au parfum de muguet

nourri de toutes les herbes

secrètes et guérisseuses

Une pierre de béryl se pose

sur la région des pleurs

 

Bleues

non pas celles de Queneau

encore moins les artifices de l’eau cyan

où de l’azur ébloui

Alors Bleues

les campanules berçant leurs cloches

Alliées à la délicatesse du bleuet

elles vivent à l’interlude des horizons

Leur encre florale ombre

au passage la neige du ciel

 

Rêve indigo

Échappées de charmes iris

les cornettes du liseron en quadrille

tressent une osmose volubile

où l’azur insensé s’abandonne

 

En violet se drape l’Eden

avec la fragile violette

et la pensée éclatante

Mais jamais

Ô jamais

n’offriront leurs larmes

au repli des éclosions

même si meurt le soleil

 

Les jardins jettent leurs graines…

D’un ricochet habile elles atteignent

le solaire oui

les étoiles peut-être

Surtout… la courbe d’un infini

qui s’effeuille

en nuances célestes

 

 

Carmen P. Juillet 2011 – écriture en duo avec Sophie V. –

– le tableau qui illustre le poème est de Dam – 

 

Un élément ; l’eau.

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Les mots de la poésie se laissent couler dans  la fluidité de cet élément, pour tenter une approche sensible du mystère de la vie.

 

Observation.

Rêve.

Poésie.

 

Une citation de Saint-Exupéry 

« Terre des Hommes »

 » Eau, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte, sans te connaître.

Tu n’es pas nécessaire à la vie, tu es la vie. »

 

Suivent quelques poèmes…

 

Sensation d’écume

 

L’été

au bord des rémiges grises des goélands

affûte ses ailes sur l’azur du ciel.

Blanc liséré impatient sur la falaise chahutée

l’écume devenue ombre vive balaie l’espace aérien

sous le pétillement joyeux du regard

plongé.

Dans ce paysage où le noir cormoran

se régale en galipettes

aquatiques

où l’oiseau des mers turquoises

poursuit inlassablement son vol

hypnotique

les couleurs sondent

les profondeurs marines et célestes

elles brassent

la minérale et humaine indolence

réveillent et sculptent les âmes statufiées.

 

Carmen P.

 

*

 

Zoom sur la mer

 

Un chant monte du rivage 

 

vapeurs océanes sous la brume des jours

le temps d’une marée

s’enlacent le sable et la mer infinie

 

Balancement des bourgeons de vie

sous l’envoûtante lascivité

d’un corps unifié – comblé d’harmonie –

 

Le berceau originel surgi des abysses

navigue parmi les franges incertaines

– des lames fusionnelles le transportent –

 

Les bulles sur la grève éclatent éphémères

 

Les pas nonchalants déboutonnent les galets

 

La peau nue du vent flatte la mer

pour lui

elle retrousse ses  jupons d’écume

 

 

Océan de la joie

Océan de la solitude divine

dans tes nautiques jardins

gouttent les perles de silence

 

Près des buissons d’éponges

les coraux pourpres tendent leurs bras

vers leurs sœurs les méduses

elles dérivent libres

diaphanes

elles effilochent dans l’onde

leurs dentelles de pampilles

 

Chevauchée de krills à dos d’hippocampes

 

Les tritons fous et les ondins mutins

percent la vague des illusions du monde

tandis que je contemple sur l’océan

les gemmes opalins flirter-couleur

avec le corindon d’émeraude

 

La houle s’enfle jusqu’au jaillissement

de la certitude de la vie

 

Carmen P.

 

 

Pêcheur de Lune

 

Pierre précieuse de la nuit

 

Ta lumière si douce n’est que  reflet dans les eaux bleues du lac

Se peut-il qu’en retour, sur une terre inconnue, ce mirage plonge dans d’autres  miroirs ?

Je navigue dans la galerie des glaces de la nuit

 

Reine des Astres

 

Sous ton emprise, mon corps d’ambre semble se vêtir, alors que de mon âme s’élèvent

des larmes primaires essence-ciel elles
fondent dans ta lumière

 

 

Pupille du soleil

 

Sur ma barque je dérive

Des chiens sur la rive veillent, tels des cerbères ils me gardent des chimères

Je ne sombrerai pas dans les cratères terrestres

Je m’éloigne des gouffres où la pensée stérile désespère

 

Beauté du ciel

 

Je dépose mes filets sur la grève, ici je ne suis que pêcheur de rêves

Sur ton écorce lunaire, auréolé de poussière d’étoiles, marche mon hologramme

 

Carmen P.

 

*

 

Coule

…………

………….Esprit 

 

 

Suivre dans l’ombre

le cercle circonscrit au vide

là, où le néant tend son miroir

 

En ce lieu l’enfance de l’homme

……………………………………………………………………………..s’abandonne

 

Immature

elle plonge jour après jour

dans un nid d’habitudes

 

Un nid circulaire

parfait

dont le diamètre décroît

jusqu’à devenir point

……………..……………………. ……..parfait

 


  
le noyau où la bonté
infuse 

 

Non pas sombrer au centre

du tourbillon de la vie

mais s’élever au cœur du vortex

 

Entre degrés de l’être

et mesure de l’espace

 

– concentration et dilatation –

 

la conscience se vrille

à la recherche de son soleil

 

Fluide comme l’eau du torrent

une torsade de sons remonte

des gorges intérieures

 

Haut et clair son clapotis murmure :

 » Trouve dans ton ciel

La couleur et la mémoire des étoiles »

 

 


Carmen P. le 7 mars 2011

 

Une jeunesse d’outre-temps

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Une jeunesse d’outre-temps

 

 

Elle avait un coeur d’enfant et courait légère comme une gazelle.
Elle riait de tout en ciel alors qu’elle pleurait tant sur terre.
– Pourquoi es-tu pieds nus ? lui ai-je dit,
la première fois que je l’ai vue – en rêve.
Elle m’a assurée ne pas souffrir des pierres du chemin.

 

Elle est venue encore hier-nuit
montant l’escalier quatre à quatre
Il était temps qu’elle vienne
à saisons humaines
Espiègle, elle a mis son index devant sa bouche :
– Chut, il ne faut pas que les enfants me voient
je viens juste te confier leurs étrennes !
et elle m’a remis trois enveloppes.

 

Elle ressemblait à une jeune fille habillée en mère-Noël,
ma grand-mère !

 

Elle enfile les souliers de l’air
et glisse sur des chemins de lumière
son coeur d’enfant s’ouvre aux vivants
son corps de mère enlace les absents.

 

Les obscures transparences du monde de l’éphémère
se jouent des concepts et  des perspectives :
toute absence devient présence et le vide s’emplit de joie.

 

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