L’oeil de l’ange (suite 3)

L’oeil de l’ange (3)
 
[Estelle et son mari sont partis pour Saint Germain des Vaux avec l’intention de voir le jardin de Gérard Fusberti, mais ils changent d’avis en voyant qu’un cirque s’est installé sur la place. À la fin de la représentation un personnage les intrigue mais ils sont encore plus surpris de découvrir le message d’un mystérieux Lucenzo sur le pare-brise de leur voiture.]

 

Ils suivirent sans mot dire la route côtière jusqu’à Omonville la Petite. La grande bâtisse normande où ils séjournaient était austère, ils le savaient,  mais ce soir là, elle leur parut particulièrement inhospitalière. À peine la voiture fut-elle garée derrière l’hôtel qu’ils se tournèrent l’un vers l’autre. Ils reconnurent dans leurs regards la même inquiétude, ils y lurent le même questionnement : «  Comment cet homme avait-il pu découvrir où ils logeaient ? »

Toute tentative de réponse ne pouvait être que supposition. Inutile ! Mieux valait ne pas se prêter au jeu des hypothèses. Le risque était grand, par ce procédé, d’amplifier leur angoisse.

Ils avaient trouvé refuge au hameau du Mesnil dans un hôtel perdu au bout du petit village, tout autant perdu, d’Omonville-la-Petite et « on » les avait suivis, alors qu’ils ne se savaient même pas surveillés !

Un sentiment d’insécurité accompagnait leurs pas alors qu’ils traversaient le hall, glacial, mais ils ne le laissèrent pas entrer avec eux dans la chambre du  rez-de-chaussée,  avec vue sur  jardin, où ils se sentaient si bien. Le soir, ils se rendirent même à pied sur la plage de L’Anse de Saint-Martin, toute proche. Ils n’allaient pas gâcher leur week-end !

Le lendemain matin quelle ne fut pas la surprise d’Estelle en tirant les rideaux : l’homme à la gabardine grise était installé sur un des transats du jardin !

Elle appela son mari : « Viens voir, c’est incroyable ! »

Michel regarda, pâlit d’abord, s’empourpra ensuite, puis lâcha : «  Mais il se prend pour qui cet homme avec ses ch’veux d’ange** et sa barbe de fleuve***, il se prend pour qui pour se permettre de venir nous narguer jusque sous notre fenêtre dès les premières heures du jour ? »

Michel et Estelle se rendirent sur la terrasse où les petits-déjeuners étaient servis.

Des tables et des chaises aux couleurs vives contrastaient avec la façade sombre.

La journée aurait pu s’annoncer belle si seulement il n’y avait pas eu cet homme, là sur le transat, cet homme qui ne tarda pas à venir s’installer sur la table voisine de la leur.

Hélène semblait absorbée par le fumet de son thé, tandis que Michel disparaissait derrière le journal qui lisait. L’homme commanda un café noir. Michel s’agita subitement sur sa chaise, il  lança plus qu’il ne posa le journal près de la tasse de sa femme et pointa du doigt le titre d’une petite affaire locale : «  Vol d’un ange dans la maison de Jacques Prévert ».

« C’est donc cela ! » chuchota Estelle .

L’homme se leva et sans façon vint jeter un coup d’œil sur le journal par-dessus l’épaule d’Estelle.

« Vous avez lu ? » dit-il  et, sans attendre la réponse,  il poursuivit :

« Je sais ce que vous imaginez, mais vous vous trompez. Permettez-moi de vous expliquer ! »  Il prit sa chaise et vint se placer à côté d’Estelle.

«  Je suis bien l’auteur de ce vol mais je ne suis pas un cambrioleur. Libre à vous d’appeler la police mais avant, accordez-moi le temps d’une histoire, Madame. »

Madame regarda Monsieur tandis que  l’homme poursuivait :

« Ce n’est pas un vol car cet ange n’a qu’une valeur sentimentale.

Ce n’est pas un vol même si  cet ange a été vendu, à bas prix, par l’un des nôtres. C’était une  erreur. La famille avait besoin d’argent et nous n’avions pas mesuré l’attachement d’Anastasia à cette sculpture… Ce jour là, l’ange  est parti avec bien d’autres objets artisanaux.  Anastasia ne s’en est jamais remise. Nous avons cherché longtemps le Putti chez les brocanteurs, dans les braderies. Sans succès… jusqu’à l’autre jour  où quelqu’un  vous  a entendue parler d’un ange, et l’a reconnu sur votre tableau. C’est la main de Dieu qui nous a conduit  jusqu’à vous, alors je vous confie l’ange. Je vous ai laissé un papier avec toutes les indications pour entrer en contact avec Lisa, la sœur jumelle de Luana. Elle veille sa mère, Anastasia, qui vient de mourir. On vous guidera jusqu’à elle, aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

« Mais pourquoi Luana ne ramènerait-elle pas cet ange elle-même ? »

L’homme, après avoir déposé l’objet emballé dans du papier journal sur les genoux d’Estelle ; s’était déjà éloigné.

«  Nous sommes en tournée ! » clama-t-il. 

«  Impossible ! » rajouta-t-il en faisant un geste d’impuissance.

« Mais enfin ! Mais enfin ! » répétait sans cesse Michel interloqué.

« Ne t’inquiète pas, le rassura Estelle, je partirai seule. Je sais que tu dois être à ton poste lundi, on trouvera bien une solution pour ton retour ; un  covoiturage si ça te dit ! »

Michel toujours sous l’emprise de la stupeur, acquiesça.

Ce qu’aucun d’eux n’osa dire, c’est que l’idée d’aller à la gendarmerie ne les effleura même pas ; ils redoutaient qu’une malédiction ne leur tombe dessus au cas où ils trahiraient la confiance du « gitan ».

 

(à suivre)

 

*   Un matin rue de la colombe dans Histoires de Prévert

**  de même

*** Les derniers sacrements dans Histoires de Prévert

J’ai dans mon coeur…

 

…des crop circles

 

je demande plus que la vie

une attention de tous les instants

je conjure raison (je la plie au creux d’un rêve)

en amont de ce rêve se trouve ma raison d’être

car je ne suis pas encore…

j’ai dans mon cœur des crop circles

pas de mystère en âme conquise

– juste des segments d’art intime –

une performance crée dans le  silence

une matière qui n’est que poussière

une semence plus fine que grain fin

elle monte comme un chant – un appel

parle-moi

trouve-moi

touche-moi

je n’ignore pas l’ancrage

malgré la dérive du monde

je perdrai peut-être les mots

mais je n’oublierai pas le chant

 

Suis-je celle qui ne paraît pas être ?

 

à la place exacte où nous nous situons 

se dessine la forme d’un nuage

nous empruntons des chemins de brume

comme tremplins vers la lumière

 

et nous sautons à  pieds joints dedans

 

……………………………………………………pour nous trouver

 

 

Carmen P. le 22 août 2013 -copyright- 

15 août

 

15 août

 

à Paimpont

 

 

dans le ciel azuré

la ligne fuselée de l’amour

transperce le blanc flotté

des nuages

les courbes et les droites

s’interpellent

le vide se comble

du lait d’abondance

seul l’homme tire au cordeau

les limites

 

 

j’aime tes yeux non bleus

dans lesquels je sombre

tu es ma folie Éole

et je m’attache hyène

pas un soupir ne vent

se terre / que je m’abstienne

 

 

la bénédiction des enfants

au pardon de Marie

Allez en Paix !

 

.

Du bonheur pour Esther

 

 Du bonheur pour Esther

 

Ce n’était pas la félicité

c’était une vie ordinaire

temps de labeur pour Esther

cœur accordé à son foyer.

 

Le bonheur n’est que façade

surgi des mains illusionnistes

d’une femme soumise

qui accomplit sa tâche.

 

Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.

Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !

 

La maintenance du quotidien

exige de ranger au placard

tous les rêves avouables.

Fée dans son logis n’est rien.

 

Un tour de plus, elle disparaît

dans son refuge la démence 

plus rien n’a d’importance ;

la fée a rendu sa baguette.

 

Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.

Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !

 

Elle poursuit dans d’autres sphères

son voyage en solitaire

loin des exigences perverses

celles qui jaugent et ségrégent.

 

La société tranche, enferme

par son jugement elle propage

le venin de ses crochets

dans la pulpe de la vie.

 

Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.

Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !

 

L’amour donné n’a de sens

que s’il pense par lui-même

la conscience croît dans le silence

sur le picot des émotions

 

il est canevas de lumière

et éblouit par sa finesse

un sentiment de joie l’enfante

les façades deviennent visions

 

Le ravissement vient de l’intérieur, Esther.

Laisse ton plumeau, écoute ton cœur !

 

L’amour est plante fragile

combien d’Esther ont espéré

le voir pousser dans leur jardin

mais la terre assoiffée

s’est abreuvée de leurs larmes

laissant dans le sommeil les rêves.

Les germes attendent le réveil des filles

et l’éclosion du bonheur sur terre.

 

La joie qui ensemence la vie naît à l’intérieur des cœurs

Avec ou sans plumeau c’est elle qui te cherche, Esther.

 

Erin (12 août 2013)

Le blues…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le blues…
 
Quand le rêve pénètre la réalité, monocorde.
 
Quand l’ennui éveille des désirs de fuite.
 
La route, alors nous invite à partir vers de nouveaux horizonS et nos chemins intimes s’embroussaillent dans nos esprits.
 
Tandis que le train… nous emporte vers un ailleurs qu’on espère meilleur, un enfant, à la barrière, nous regarde étonné.
 
Il sait qu’il devra attendre notre retour et espère, pour nous, que l’échappée sera belle.
 
Erin
 
 [vimeo]http://vimeo.com/33854665[/vimeo]

Installation éphémère

 

Installation éphémère

 

 

Ils avaient construit un bateau de sable…

Ils avaient essayé d’occuper le temps en attendant la marée. La mer n’allait pas tarder à envahir leur plage et quand les flots arriveraient ils n’auraient pas les pieds dans l’eau, ils ne seraient pas obligés de nager…ils rameraient… à deux, ce serait facile.

Les vagues, ils les attendaient avec impatience, de sable ferme, bien tassé autour d’eux ; ils étaient prêts.

Au loin la mer semblait plus impétueuse que jamais, la nécessité de voguer plus impérieuse aussi… Les deux navigateurs s’emparèrent alors de leur bateau ; ils partirent à l’assaut de l’océan.

Deux baigneurs dans une même bouée !

C’est alors que la construction leur glissa des mains ; une multitude de grains en un lent écoulement le long de leurs doigts resserrés rejoignit l’étendue sablonneuse…inexorablement.

Voilà les marins debout, consternés au milieu d’un tas de sable, regardant à leurs pieds leur rêve anéanti qu’ils n’osaient piétiner.

Ils tournèrent le dos à la mer et, vers la terre et ses gratte-ciels, emportèrent leurs illusions. À deux ça pourrait être facile !

Erin

Terre de femme

Terre de femme 

 

 

elle ravit aux fruits l’éclat

qu’ils envoient et gorge

d’une caresse de zibeline

son regard — un faisceau mor-

-doré le peint sur la toile

infinie de ses rêves

 

à fleur de peau ces  spirales

des origines       débobinent

au creux de l’intime   l’arbre

où veille l’enfant     sublime

 

mâle est l’oubli aux étreintes

dérobé               un équilibre

transfuse entre deux natures

 

défaites

 

 

Douces heures de vivre sur le granit des jours

 

Je ne vois aucune douceur

à l’heure de l’embrasement

quand l’or du soleil couchant

disperse son auréole

dans le tulle bleu

des  nuages — l’été

 

un pétale de lumière —

l’éphémère d’un papillon —

se détache du sol

profile un envol

et zigzague sans suite

 

les pierres levées méditent

sur la faiblesse des hommes

les gifles du temps

la fièvre en rafales

grêlent sur nos ardeurs

(la défiance s’installe)

notre nature ébranlée

s’écroule   de l’intérieur

 

hautes sont les saisons

elles ignorent l’humain

et hissent les pierres

dans le mystère sans fin

 

le voyageur égaré

cherche des réponses

quelques lignes sympathiques

calquées sur le cercle  chromatique

des destins qui n’ont plus cours

 

Le vol du papillon laisse la rémanence de son image  sur la rétine de toute vie

 

Carmen P.

Eden Blue

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Eden blue

 

 

minuscules sons….. les vers suspendus aux feuillées que l’été ensoleille

 

des fils invisibles laissent le non-végétal tendre vers le sol où il s’anime

 

rampe le serpent sur l’écorce terrestre et la clarté – électrique – danse sur ta peau

 

couleur denim pour ma jupe et corsage lavande

pieds nus sur tapis de pâquerettes

 

l’ombre naturelle efface le péché originel

et nos mois s’oublient sur l’herbe folle de nous

 

la ligne bleue sur mes paupières est artifice — tente-t-elle d’imiter la lumière des fées-

-fleurs des champs : la verge d’or, la campanule et la dentelle de la carotte sauvage ?

 

la bruyère un peu plus loin sur la roche se dore auprès du sorbier des oiseleurs

 

les ailes d’érable et le pollen jaune du tilleul dans l’air

 

tu m’offres une rose largement ouverte  et deux pétales rouge-corail se déposent sur ton
sexe

 

papillon jaune, papillon blanc et ces deux pétales que mon souffle disperse

 

le serpent joue sa partition sur nos chemins, à la fantaisie  de l’amour il est
soumis

 

nous
resterions bien, là, depuis le matin bleu azur de brume jusqu’au bleu de minuit

 

 

Carmen
P.

L’oeil de l’ange (suite 2)

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L’œil de l’ange (suite)

 

 

 

 

 

[Estelle après une journée de peinture dans le jardin de Prévert à Omonville la Petite — où l’ange qu’elle a représenté sur la toile semble
intriguer les visiteurs — quitte les lieux avec son mari. Ils ont l’intention de se rendre à St Germain des Vaux.]

 

 

 

 

 

………Les choses ne se passèrent pas exactement comme prévu. Ils prirent bien la direction de St Germain des Vaux, mais au lieu de tourner à
gauche et de prendre la petite route qui montait vers le paisible jardin de Gérard Fusberti, l’ami de Prévert, ils furent attirés par une musique dont le tempo les ravit de leur propre chemin
pour les conduire au-delà du réel. C’était une musique où la joie, démesurée, explosait dans un débordement de lamentations. La détresse et l’exaltation parlaient  par les notes venues des violons, de l’accordéon, de la clarinette, du cymbalum. Tous les instruments s’accordaient à faire vibrer les émotions humaines en les
menant  à leurs paroxysmes. Cet enchantement  émanait de la place où un cirque avait dressé son
chapiteau.

 

Estelle et Michel se regardèrent amusés. Comme ce cadre, habituellement si calme, se trouvait transformé par cette ambiance ! Le plus
petit port de France, où quelques bateaux ancrés paraissaient de loin n’être que miniatures  destinées à renforcer une ambiance  marine, devenait le théâtre d’un foisonnement de sons, de mouvements !

 

Leur journée, depuis le matin, vécue sur le mode détente consacrée à l’ ouverture aux joies simples de la nature et de l’art, semblait
visiblement être prise en otage par un tourbillon… Quel contraste !

 

Flonflons, boniments, cris et courses d’enfants joyeux… une belle agitation les entourait et les conduisit jusqu’aux camions peints de vives
couleurs. Ils purent lire le nom du cirque et n’en furent pas surpris ; c’était le cirque « Reinhardt ». Un détail, cependant, les frappa de stupeur ; une ribambelle de
petites fleurs et d’étoiles mêlées entourait ce nom et cette ribambelle provenait d’une guirlande qu’un angelot tenait entre ses mains. C’était le portrait craché de l’ange sis dans l’ atelier de
Prévert !

 

—Puisque nous sommes là, allons donc voir le spectacle ! proposa Estelle, quelque chose
m’intrigue et me retient… comme s’il était vital pour moi de m’immerger dans ce capharnaüm.

 

Ce cirque tzigane se caractérisait par l’absence de faune venue d’Afrique ou d’Asie. Tous les numéros ne
devaient leur beauté, et leur poésie, qu’à la dextérité des gens et de quelques animaux savants, qui n’étaient autres que des chiens, des chats ou des chèvres domestiques. Un jeu de miroirs
grossissants permettait aux spectateurs, assis sur  les gradins, de voir les scènes avec un volume et un effet multiplié, ils en appréciaient les
moindres détails

Vint le tour de Luana, la trapéziste, elle était aussi
équilibriste et voltigeuse. À la voir si souriante, ravie, épanouie, volant ainsi au-dessus de la piste, on s’attendait à tout moment à admirer  un
saut de l’ange — la foule espérait  la cueillir dans ses bras. À trop lever les yeux vers le ciel du chapiteau, on s’égare toujours un peu  en
 rêvant récolter quelques paillettes !

Il y eut des jongleurs, il y eut des clowns, mais jamais le
spectacle ne donna dans la farce, Estelle et Michel ne regrettèrent pas cet intermède dans leur journée, tout ici était poésie !

Après le spectacle des clowns, une musique d’errance et de
rédemption, les plongea dans  l’illusion d’une angoisse… Ils reconnurent Luana, mais cette fois-ci elle avait perdu ses ailes. Elle avait revêtu une
longue robe-fourreau noire, très ajustée et fendue jusqu’en haut de ses-cuisses. Elle était ligotée à une cible géante. En face d’elle Enzo se tenait, immense et impressionnant. Quelques cris
éclatèrent quand sortit le premier couteau de l’ombre de sa manche. L’effet de surprise passé, on demanda à plusieurs personnes dans l’assistance de donner, à tour de rôle, chacun trois chiffres
inscrits sur la cible. À peine les chiffres nommés les dagues fusaient, tantôt de la manche gauche, tantôt de la droite.

Un trouble palpable s’installait parmi le public qui devenait
acteur du jeu, flirtant avec la belle  et l’instant possible de  sa mort –  mais du côté bourreau ! Il n’y avait aucune trace d’ empathie pour la victime. Heureusement, il n’y eut pas de mort non plus — seule l’angoisse de l’une et
le voyeurisme sadique des autres firent des estafilades dans les bonnes consciences  et se trouvèrent, au final, poignardés sur la cible
assassine.

À la fin du numéro, la musique cessa, faisant place à un lourd
silence. Le noir de la pression meurtrière qui avait été partagée par tous, resta perceptible durant quelques minutes avant de se dissiper. Sur la piste, le rouge n’était pas entré en scène et on
délivra Luana de ses liens,  seul un léger tremblement sur ses lèvres persistait. Une révérence et la musique, joyeuse, vint effacer l’intensité
dramatique des instants précédents.

Une  phrase de
John Lennon s’imposa alors à Michel : « Un rêve que l’on vit seul reste un rêve. Un rêve que l’on partage est une réalité.» Un frisson le parcourut, il ne se savait pas aussi
cruel !

Lui parvint, comme un flash, l’image d’un homme qu’il avait vu
passer durant le spectacle. Il avait tenté, alors,  d’attirer l’attention de sa femme, mais elle était trop absorbée et lui-même s’était bien vite
laissé envoûter par la fascination du spectacle.

 

Sorti du chapiteau, délivré des effluves musicales et voyageuses de cet
univers tzigane, la mémoire lui revenait.

—As-tu remarqué cet homme étrange, long et maigre qui a
traversé la piste, il est passé derrière la cible ? demanda-t-il à Estelle

— Je n’ai vu que la cible et la pluie de couteaux
!

—Je me suis demandé si, sous sa gabardine grise, ne se cachaient pas des échasses. Il portait
un paquet emballé dans du papier journal et il semblait vouloir le dissimuler  sous un pan de son vêtement.

— Un exhibitionniste ? voulut plaisanter Estelle.

— Non, ce n’est pas une blague, il avait un air fautif, mais peut-être est-ce l’angoisse du
spectacle qui me fait lui prêter de tels sentiments.

— Allons, oublions tout cela mon chéri, répondit Estelle d’un ton rassurant, une bonne nuit de
sommeil dans notre charmante auberge et tu auras oublié ce personnage !

 

 

Arrivés à leur voiture, ils virent, sur leur pare-brise,  un flyer où était représenté le visage
de la belle Luana, tout auréolé  d’étoiles.

—Tu le gardes en souvenir ! ne put s’empêcher de suggérer Estelle. Mais son regard malicieux s’éclipsa bien vite quand elle eut retourné
le flyer. Quelqu’un y avait laissé un message !

 

« Je fais parti de la troupe d’artistes itinérants. Je possède un objet que je souhaiterais vous confier. Je viendrai vous rejoindre à
votre hôtel demain matin. Ne partez pas sans que nous nous soyons rencontrés. » Signé : Lucenzo

 

 

(à suivre)

 

 

 

Une musique :

 

http://www.youtube.com/watch?v=kq8HQQ0qUeI