
Noël

Pitres, dans la lumière
d’Héloïse Combes
Editions Stellamaris
L’objet livre :
Recueil de prose poétique et de poèmes agrémenté de photographies de l’auteur.
Livre de format 200/140mm, couverture souple. Le livre se feuillette facilement et la couverture ne se gondole pas.
Dans ce live :
L’auteur nous interpelle, nous invite à la fantaisie, à l’oubli du côté étriqué de la vie, à l’exploration du champ de la nature, car notre propre nature humaine ne peut vivre que dans la communion avec l’infiniment petit où se désagrège « toute la lourdeur du monde » que nous subissons. Le bruyant, le clinquant, nous détourne de nos besoins essentiels et, pitres que nous sommes, nous contribuons à cette falsification. Assumons ce rôle de pitre et, « d’un éclat fou de rire irrépressible… à toutes jambes filons dehors. » Allons vers plus de lumière.
Mes impressions :
Qu’est-ce qui mérite d’être considéré « sacré » dans nos vies ? L’amour, nos rêves d’enfants, les souvenirs où l’âme d’une maison nous souffle une chaleur sororale, où la route de nuit dans la voiture familiale éveille l’imaginaire d’une nuit fantastique.
L’auteur nous encourage à rassembler les brisures de nos espérances, à laisser dans nos vies une « place à la liberté, aux rires des lutins, aux jeux des petits princes, aux froufrous des étoiles… »
Héloïse devient muse, elle devient chant et, femme caméléon, nous entraîne dans le jeu de la lumière, insaisissable comme elle, comme « l’éclair roux » d’un écureuil qui passe… alors que l’objectif ne fixe que le visage de l’enfant lutin barbouillé de mûres. Les amours se fondent dans la joie de la vie, dans cette profusion de sensations, de couleurs qui rendent notre Terre, nos villes souriantes tant que demeure un jardin qu’un enfant peut explorer.
À la folie des hommes nous ne pouvons opposer que nos fragilités reconnues. L’or de nos cœurs est la seule valeur qui mérite qu’on s’arrête au moment présent, il est la source qui ouvre la porte vers l’infini.
Comme tout élément de la nature, dit-elle, « Je suis un ange. / De chair qui tremble. / De cœur qui bat. D’âme qui rôde. »
Il faut de l’abandon, il faut du lâcher prise pour se mettre au diapason de la nature, pour entendre vibrer notre propre nature, alors que tant de sons discordants brouillent nos perceptions.
« Un poème se révèle lorsque je m’abandonne ainsi à mon corps et au monde dans ce qu’il a de plus sauvage, de plus simple et de plus grand à la fois. Un poème ne naît pas quand je réfléchis, Ou alors il ne serait pas Vivant.»
C’est bien le vivant dans son continuum qu’Héloïse perçoit au moment tremblant du bonheur présent. « Le passé ne meurt pas. Je chante », « Je chante le présent, je chante l’inconnu », « L’inconnu n’effraie pas. L’inconnu est acquis. Je chante. » « Je chante le présent, je chante le futur… Tout cela bat, ici, au cœur de chaque instant, je chante »
Au final :
Ce livre entonne un chant de vie où les absents, aimés (les pierres de notre château intérieur) laissent entendre leurs vibrations, où la nature devient notre alliée. C’est beau et cette lecture peut réveiller le goût du bonheur dans un monde où la désillusion menace de l’étouffer.
Un court extrait :
« Parfois il me semble même que le jour où ma tête aura pleinement accepté l’idée de lâcher prise, de ne réfléchir qu’avec la limpidité de l’eau claire, laissant la juste place à la fusion de mon corps et du ciel, de l’intime et de l’infini, alors j’aurai entre les mains la clef des Mystères. Je serai visionnaire. »
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Carmen P.
Héloïse chante les textes poétiques qu’elle écrit :
L’œuvre de Dariusz Milinski est pétrie de poésie. Son univers onirique émerge de scènes de la vie rurale. Une lecture attentive des tableaux est une véritable invitation au rêve, à moins qu’à l’inverse elle nous renvoie à nos songes. C’est ce qui s’est passé pour moi avec ce tableau représentant un homme qui, par sa seule force physique, parvient à déplacer sa maison. Le labeur humain se charge ici d’une fascination spirituelle.
Dure entreprise à hauteur humaine, alors qu’en… rêve notre inconscient rend la chose si facile !
Ce tableau a donc réveillé ma mémoire onirique.
Voici le rêve qui s’est déroulé sur l’écran noir de mon esprit endormi, il ya une quinzaine de nuits.
J’étais retournée dans un logement de fonction. Au rez-de-chaussée il y avait mon bureau. Dans le rêve, il se trouvait « agrandi » par rapport à mes souvenirs ; le mur qui le séparait de la pièce voisine avait été abattu, ce qui offrait un vaste espace où je pouvais expérimenter avec une classe une nouvelle méthode pédagogique. Je vous résume la séquence : après relaxation, les enfants évoluaient en prenant bien conscience de la place qu’ils occupaient et en tenant compte de la présence des autres, sans en être perturbés. Quand ils parvenaient à être présents à eux-mêmes et à la trajectoire ainsi qu’aux mouvements qu’ils exécutaient, ils s’approchaient du tableau et s’exprimaient. Des bulles sortaient de leur bouche et venaient s’imprimer sur le tableau. Tout se passait merveilleusement bien et les élèves, ensuite, étaient enchantés de pouvoir observer, avec les autres, les graphies et les traces colorées qu’ils avaient laissées.
C’était la rentrée, mes nouveaux collègues étaient arrivés, nous allions préparer la rentrée et penser projet. L’accent serait mis cette année sur le travail corporel et l’appropriation de l’espace. Nous étions en pleine réunion quand une milice a fait irruption dans le hall d’entrée, mes collègues se sont livrés à eux mais je me suis échappée. Je me suis réfugiée à l’étage où se trouvaient les chambres. Dans mon rêve mes enfants et mon mari s’y trouvaient.
On tambourinait à la porte, tous (sauf mes enfants) m’encourageaient à ouvrir mais il était hors de question que je me rende, qu’on fasse irruption dans ce lieu protégé qui était mien. La porte allait céder quand j’ai ressenti un décollage, immédiatement suivi d’un atterrissage.
Tout est redevenu calme. Derrière la porte mes agresseurs semblaient ne plus exister. J’ai entr’ouvert la porte, un parfum de fraîcheur est entré dans le logement ainsi que des chants d’oiseaux. J’ai ouvert la porte en grand et je suis sortie : le premier étage de la maison se trouvait au beau milieu d’un champ fleuri, dans une vallée. J’ai dit à mes enfants de sortir et je suis partie chercher des êtres qui comptent pour moi afin qu’ils viennent vivre dans ce havre de paix.
Court texte :
Laissons-nous porter, si… lent… cieusement, par l’ange courbé sous le poids de notre matérialité. N’opposons aucune résistance, jusqu’à ce le mouvement de s…a marche se calme, alors seulement nous pourrons nous risquer à entr’ouvrir la porte, à laisser entrer un parfum de fraîcheur qu’accompagne le chant des oiseaux. La lumière inonde la maison, dans le moindre de ses recoins. Abandonnée au cœur d’une vallée fleurie, elle attendait notre réveil.
Erin