peau lierre

Une chaîne d’enfants se tenant par la main forme une ronde autour de notre planète, leur peau expie la misère en larmes de sang, ils nous tournent le dos et captent la lumière

Nos villes sont de peine, de soufre et de feu, fille de la campagne, de nature paisible, je resterai vêtue d’une robe de paille; mon manteau flottera cousu de feuilles mortes

Comme un épouvantail que le vent taquine je frémirai sous la caresse de la brise et laisserai la violence des tempêtes arracher mes fripes de végétaux fanés

Souffle.  Je mets ma confiance en l’imprévisible, il ne manquera pas de revenir tisser sur mon épiderme nu où file le lierre une coque de mousse et de plumes diaprées

Les rêves renvoient l’image de l’enfant universel , chaque chérubin, fille ou garçon, quelque soit son continent d’origine, est maillon vital de la fraternité humaine et la lumière sublime toutes les couleurs de peau, annule les différences. L’innocence est une matière tendre où les épines ébranlent les couronnes.

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Carmen P; (Erin)

Impression expo Giacometti

en pensant à Paul Eluard

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Une esquisse, un trait de crayon, une touche de couleur, une phrase courte, un simple mot suffisent à faire passer l’intensité d’une présence. Ils  questionnent en silence l’autre, attendant un signe  en échange du cadeau de la trace.  Parfois le signe ne vient pas. Ne peut pas venir. Le geste est-il moins important pour autant ? Il n’est pas vain de poser un acte, aussi petit soit-il, si à l’instant où nous le réalisons nous y mettons toute notre attention.

Je pense à l’enfant dessinant pour sa mère… même si le dessin est imparfait, même si le trait est hésitant, la mère le reçoit comme une merveille. L’imperfection d’une œuvre spontanée ajoute à son charme. La fragilité exprimée nous touche. La trace pourrait même être invisible, son message serait toujours là. Parfois je perçois ces traces qui toutes semblent dire : « Tu vois combien je t’aime ! » Combien de messages franchement visibles, discrets, ou presque invisibles, laissons-nous passer sans parvenir à « lire » la charge d’amour qu’ils contiennent.
Est-ce éprouvant de se laisser atteindre ?

Quand je visite une exposition je me laisse happer. Je n’ai pas besoin de film, je ressens la création à l’œuvre, je pénètre dans la peinture, dans la sculpture qui me renvoient le visage de l’artiste avec ses attentes, sa recherche, sa vulnérabilité… je tombe d’une certaine façon dans une autre dimension, je laisse mon être, je m’oublie et alors se dévoile le sensible d’une quête qui fut un temps et se poursuit hors du temps pour m’atteindre maintenant.

Je pourrais écrire longuement sur ce sujet, mais je veux revenir à ce qui m’a conduit à vous en parler. Parmi les œuvres exposées à Landerneau, il y avait une série de croquis d’ Alberto Giacometti, des bouquets de fleurs de petit format, vivement crayonnés sur papier, ces croquis ont été réalisés le 22 novembre 1952, quatre jours après la mort de P. Eluard, son ami. Sur chaque croquis l’artiste a écrit la date et ces mots : « En pensant à Paul Eluard. » Et cela suffit !

 

Carmen P. (Erin)

Turbulences

Les mots cognent en caisse de résonance, ils s’entrechoquent  jusqu’à l’éclatement

de la conscience. La plèvre comme un voile se soulève, et les idées décollent

courent au-delà des zones d’intelligence. Elles trompent mon indifférence —

le calme olympien où je me réfugie. Ma terre est trop basse, elle offre les berges

de sa ville d’eau. Même si je ligature tous les canaux, les points serrés deviennent 

les piliers des ponts où s’enlacent les muses. Leurs facéties ont la turbulence des enfants.

Est-ce que je les aime autant qu’eux ?

 

Carmen P. (Erin)

 

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À toutes les Sidonie ou Eugénie ou Joséphine…

imm010_26 (2) - Copie

 

 À toutes les Sidonie ou Eugénie ou Joséphine…

 

Sidonie aimait les enfants, elle ne se privait pas d’amants, pour autant.

Elle est parvenue à soustraire, des jours d’attente et des années d’enfermement,

quelques débris avec lesquels elle s’est bâti un paysage de tendresse

tout en lumières intérieures

 

Les falaises des médisances, repoussées, libéraient l’espace, et les ronces du désaveu

— broussailles noires dans sa chair — enfonçaient leurs échardes qu’elle retirait

de ses dents de louve. Seule elle a hissé, du marécage des malheurs, sa famille —

elle, l’orpheline.

 

La raison en bouclier était sa corne d’abondance, elle cherchait des mots onguents

et rêvait d’une plume fidèle capable de traduire, à cœur, les nœuds de sa vie calleuse.

Sans boussole elle a relié les amers de l’existence, espérant voir surgir la joie de sa vie

défaite, face  à la haine, face à l’envie.

 

Où se cache l’amour quand il n’a plus de lit ?

Dans le filet de l’air qu’un rai de lumière traverse.

Sur une latitude, sidérale, où se croisent les esprits.

 

Erin (Carmen P.)