Femme caméléon

Femme caméléon,

elle essaie de soustraire son art aux lois de la physique.
Insoumise,

elle disparaît en elle-même quand elle ne s’éclipse pas du cliché d’un pas chassé.

Elle passe par ici. Elle repasse par là.

Jamais la même mais toujours présente, aucun regard ne parvient
à l’identifier vraiment.

Illusionniste,

elle crée des papillons qu’elle épingle aussitôt
comme autant d’âmes sororales qui s’échappent par des marges – inexistantes.

 

Cherchez-la, vous ne la trouverez pas !

 

Elle est toujours ailleurs car elle ne sait pas où vous fixer.
L’espace est une scène où les acteurs n’ont aucune marque.
De leurs textes ils ne brandissent que des graphies grignotées.
De leur présence on ne saisit que l’énigme.

La pensée, tel un tsunami, a balayé les planches avant qu’on ne soit installé.

La dispersion brouille toute lisibilité, mais c’est de ce trouble

que surgit l’évidence quand la patience s’en mêle.

 

La conscience au sein de chaque cellule, elle vit une existence cosmique

qu’elle tente de retracer en certains lieux délabrés

où le temps s’est abîmé.

 

Elle s’imagine entière mais elle se pulvérise à chaque tentative,

elle se dissémine en une multitude d’objets et demeure disloquée.

 

La profondeur du cliché naît de cet effet “poupées russes”, où le message

ne se découvre qu’avec application, pour peu qu’on sache “déboîter” son regard.

.

Carmen P.

Photographie : Francesca Woodman

Bouquet d’avril

Fenetre-02

 

Bouquet d’avril

 

 

je contemple aux lisières du non-vécu

les rebords gris des vieux clichés

où des mondes se sont dissous

 

le regard est flouté qui passe par une vitre douteuse

 

pourtant

il n’y a pas de fenêtre

aussi sale soit-elle

par laquelle le créateur de l’être

ne puisse voir l’homme vivre

— l’un et l’autre font corps —

 

sur la paupière d’un œil-de-bœuf je dépose quelques fleurs de saison

 

Erin (Carmen P.)