Les pages d’eau

 

Les empreintes se libèrent

des livres d’eau – les feuilles

détrempées laissent glisser

les caractères liquéfiés.

Le dégel rebondit le long

de toutes les fibres sources.

Au ralenti, son frémissement

éveille l’esprit accoucheur d’ âmes.

Pensée par sa tâche, l’humanité

décrypte les poinçons de la nature

au compte-gouttes des saisons

jour après jour

sans présomption de merveilles.

 

.

Carmen P.

photo : Malin Lundgren

Les sourires d’eau

Gabriel Moreno

 

L’instant est à l’émerveillement

pour peu qu’on s’y arrête

Ne laissons pas le charme s’épuiser

entre nos doigts tentons de saisir

– comme l’enfant joue d’un filet d’eau –

le fluant…

Laissons la caresse du moment

feindre la paresse

et le feu ludique du sentiment d’être

déposer du rose sur nos joues

parfaites

.

Le bonheur jamais ne dure

le malheur pas davantage

quand passe la tristesse

nous remplissons notre coupe

pour y noyer notre amertume

dans la boue de sa céramique

poreuse

parfois nous prêtons l’émail

d’une porcelaine fine

à la pureté d’une eau vive

la lumière (alors)  paillette notre coupe

jusqu’à la glaçure

.

La légèreté est une broderie

qui transfigure le jour

elle est illusion

regardons du même œil

l’eau claire et l’opaque de la vie

qui coule…

Gardons la voix cristalline

pour chanter la joie

quelle que soit l’instant symphonique

qu’il nous plaise ou non

 

D’un filet comme l’enfant

laissons nos sourires d’eau

émoustiller nos papilles

.

Erin (Carmen P.)

 .

Carmen P.

(illustration : Gabriel Moreno)

L’arbre mère

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Tous les bourgeons d’amour devenus branches occupent immensément le cœur de l’arbre mère. Pour eux, elle attend de la vie plus que des demi épanouissements.
Elle porte, avec ses fils et la lumière et les épreuves à affronter. Elle réhausse l’espoir jusqu’aux paliers où l’air est plus clément.

Absolue solitude de la Pythie qui de toute sa droiture défend l’amour avec la force de l’énergie originelle
Sans trêve, elle rajoute du poids dans la balance, côté vie, quand le monde manifeste, de façon mineure sa tendresse pour l’un de ses enfants, et quand l’inimitié risque de le fragiliser elle insuffle encore plus de lumière, car pour elle tous brillent du même éclat.

Ainsi elle donne à boire l’eau de la vie au calice des tulipes, même si elle-même, dans l’ombre, s’abstient d’y  goûter.

Erin

(photographie Barbara  Chikhi)