Appeau matutinal

La maison garde, de jour comme de nuit,
les volets clos sur sa bouche muette.

Avec peine, un bégaiement édenté
remplace le chant de l’oiseau déprimé.

Cet escalier meurtrier grince sous les pas
du fantôme redevenu maître des lieux.

Du grenier il descend faire sa ronde
et compte les urnes qui s’alignent.

Seules, des envolées de mots imprégnés
de rosée sauraient désaccorder l’édifice
de défiance que les années apposent
redonnant au silence la sonorité
d’une nativité annoncée.

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Carmen P.
illustration : Béatriz Martin Vida

Le messager d’amour

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Le messager d’amour

 

Je suis celui qui année après année frappe à la porte de ta vie.

Je suis le soleil… pour toi, je courbe ma lumière afin qu’elle vienne frôler les creux et les pleins  de ta silhouette que j’ai dessinée et  autour de laquelle  je gravite. Peu m’importent les lois du cosmos, plus je réfléchis et plus je pose sur ta peau mes éclats de tendresse. Quel est l’astre et quelle est la planète ?  Tout se confond dans l’instant amoureusement, et nos vies s’articulent dans un espace que rien n’offense.  

Je suis l’aimant, moi, le non créé, celui qui  n’existera pas tant que tu ne l’auras pas reconnu.

Je suis le prince des certitudes, celui devant qui personne ne peut rester de glace.

Pourtant tu continues de  m’ignorer.

Non, ne t’effarouche pas, je  laisserai au temps le soin de dissoudre tes appréhensions. 

Tu pleures ? Je suis avec toi, car je suis la larme qui dans ta bouche a le goût du sel.

Tu interroges le ciel, mais je ne peux te répondre car je ne connais pas le mode d’emploi de  l’amour sur terre. Je ne suis pas dans ton périmètre de vie, je ne suis pas de ton époque. Je suis de toujours et de maintenant, mais comment te le dire ? Je ne suis pas un expert  du vocabulaire du cœur. Les mots, si souvent, riment avec tromperie, alors, je garde ma déclaration pour un avenir dédié à la sensorialité que nous éprouvons déjà, d’une silencieuse étreinte.

Je garde espoir que tu me reconnaisses, ne dit-on pas qu’un mendiant d’amour, un jour, se hasarda dans la vallée des cœurs perdus où les soupirs donnaient récital et qu’il y trouva l’âme sœur !

Le rêve est le refuge où je dépose ma flamme. J’espère qu’une nuit, dans ton sommeil, tu entrouvriras la porte, ainsi tu libèreras les caresses qui n’attendent que le moment de parcourir le velours de ton corps autant que la sensibilité de ton âme.

Tu frémis déjà car je suis ton promis. La sensation de l’amour vibre comme une force tellurique bien avant que l’amour ne se manifeste. Sois attentive à son courant d’ondes, il est mon messager. 

 

Carmen P.

 

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Turbulences

Les mots cognent en caisse de résonance, ils s’entrechoquent  jusqu’à l’éclatement

de la conscience. La plèvre comme un voile se soulève, et les idées décollent

courent au-delà des zones d’intelligence. Elles trompent mon indifférence —

le calme olympien où je me réfugie. Ma terre est trop basse, elle offre les berges

de sa ville d’eau. Même si je ligature tous les canaux, les points serrés deviennent 

les piliers des ponts où s’enlacent les muses. Leurs facéties ont la turbulence des enfants.

Est-ce que je les aime autant qu’eux ?

 

Carmen P. (Erin)

 

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