Paysages de Noël

Ce n’est pas encore la fête
mais il y a comme un goût de miel
de vin chaud et d’épice accroché aux branches
de l’arbre Noël sous lequel seuls les peluches patientent.
La ville est une ruche où se piquent les envies aux pinçons de l’hiver.

*

La patience est une graine
qui ne croît que si on la sème
en terre intermédiaire
à la lisière de l’être intime.
Sur champ de neige
elle se déploie, sereine,
et le vent en lève quelques bribes
quand le mental las de haute voltige
souhaite poser un sourire sur le monde.

*

Un peu de rêve.
La légèreté signant la grâce des espèces ailées,
suivons-les dans leur élément, l’air qui embrasse tout,
et laissons vibrer dans notre espace intime
la fibre joyeuse, elle sous-tend l’âme liberté.

*

Avec ton manteau vert
ton étreinte née de la mer
mon coeur tient en ce baiser
et mon corps danse sur un pied
tandis que vagues se brisent
aux côtes des Hespérides.

Carmen P.
Photo Georges Elbert Burr, « Winter morning »

Camille Claudel

Le visage se dégage du marbre

son expression – pensive –

pénètre la structure de la matière

Conscience vive saisie par une minéralité

dont elle ne parviendra jamais à émerger

entièrement.

.
Cela lui serre le cœur

cela ne sert à rien

tout cet amour

toute cette passion

et ce carcan

impossible à pulvériser !

.
Si elle pouvait du bloc

où repose sa tête

creuser ses formes…

elle n’a même pas de buste

elle n’est même pas femme

tous ses attributs sont violés

par une loi du silence qui l’empêche

d’être

.
Si elle pouvait de ce bloc

se mouvoir et créer

Mon Dieu :

Modeler

Dégrossir

Tailler !

.
Prendre à plein corps

ces images mentales

qui la hantent

ces images mentales

qui existent

déjà

en esprit

ces images mentales

qui n’attendent

que ses mains

et la liberté

d’agir

pour naître

au monde

.
Naître au monde

duquel on l’a soustraite !

.
Elle aurait tant voulu laisser parler ses mains

consacrées au tourbillon de la création

.
Peut-on créer par les vides de son existence

une œuvre perceptible au monde qui l’attend ?

 
Carmen P.

photo de G. Pennarun, prise en juillet  2016 au Peabody Essex Museum de Salem, où se tenait une exposition : Métamorphoses, dans le secret de l’atelier de Rodin.