l’étamine d’un frisson
s’envole l’ aiguillon
d’ une effluve améthyste
où vrombit le bourdon
la glycine hausse le ton
Carmen P.
Bouquet d’avril
je contemple aux lisières du non-vécu
les rebords gris des vieux clichés
où des mondes se sont dissous
le regard est flouté qui passe par une vitre douteuse
pourtant
il n’y a pas de fenêtre
aussi sale soit-elle
par laquelle le créateur de l’être
ne puisse voir l’homme vivre
— l’un et l’autre font corps —
sur la paupière d’un œil-de-bœuf je dépose quelques fleurs de saison
Erin (Carmen P.)
La nativité,
quand le corps devenu berceau,
se prête à l’éclosion de la vie,
la femme, toute à la possession d’amour,
entrevoit une perte, inestimable, celle de sa propre enfance.
Etrangère à sa chair, tout lui devient étrange,
dans la déchirure d’une naissance, dans l’abondance d’un lait, dit nourricier
Les fibres de son être, stimulé à l’extrême, hors de son contrôle,
accélèrent leurs vibrations jusqu’à atteindre l’amplitude maximale
du don de soi. Le corps mute à ses risques et périls. Le corps s’emballe
On ne soupçonne pas la portée de cette éclosion,
elle déborde des apparences,
transcende la dimension corporelle.
Tandis que les bras enlacent le nouveau-né,
le cœur devine qu’il aura à se dilater, encore.
De jour en jour, d’année en année. Petit à petit,
il libèrera l’étreinte, dans l’acceptation de l’œuvre
du temps et la complicité de l’espace.
La mélancolie déferle par vagues sur les rives de la conscience intuitive,
jusqu’à ce que l’âme, à son tour, repousse les horizons.
Comme le corps engendre la vie, l’âme accompagne la croissance de l’enfant.
Elle demeure légère, car Cronos, son allier, lui permettra d’affronter
les inévitables, petites ou grandes, séparations futures.
Les épreuves seront comme des pas japonais dans la neige des lendemains, à franchir à cloche-pied.
Oui, à cloche-pied et le cœur léger, car seul le présent, dans la bulle des complicités quotidiennes, compte.
Naissance et mort parfois se liguent… on n’entend aucun cri, seul un silence
où la lame affûtée du destin rompt ses promesses. Une porte se ferme, un escalier est subtilisé.
Mais il n’y pas de porte et l’escalier s’est éboulé.
La conscience ne peut fuir la réalité, qu’elle doit accepter de regarder.
On se retrouve stupéfaite devant le vide. Inutile. Ceux qui nous aiment nous regardent angoissés; ils ne comprennent pas.
La raison, on la garde pour eux, même si leur amour ne peut se mesurer à l’absence.
La nature-mère préparée à la profusion doit calmer son flux.
L’expansion de tendresse après avoir chuté dans un abîme de détresse, reprendra son ascension vers un espace que l’intelligence humaine ignore.
Le chagrin s’ouvre ensuite sur la révélation de la présence aux autres,
et sur le don du bonheur souhaité, à chaque être croisé (surtout s’il vit la joie qui nous a été refusée).
Enfants,
où que vous soyez, c’est d’une maternelle caresse que mes pensées vous délient.
Dans la proximité de l’amour, je me réjouis de savoir que vous vivez, comme vous l’avez choisi, là où vous avez décidé de vous fixer.
Quelque part les racines se rejoignent.
Toujours.
Erin (Carmen P.)
mercredi 5 mars à Pléchatel
crépitements bleus
les pins dans le ciel de mars
éclatent leurs cônes
des écailles ouvertes
s’échappent les graines ailées
pinsons en raffolent
les chenilles hors de leur nid
sur le chemin processionnent
dimanche 9 mars sur la Côte Sauvage
nimbée d’arcs-en-ciel
la vague en galop d’écume
assaille la roche
les flancs des mouettes
saturés d’émeraude
frôlent l’abîme
des boules comme neige
d’eau et d’air furibondes
roulent sur la plage
les barrières couchent leurs ombres
sur le sentier où je marche
cheveux au vent
Carmen P. (Erin)
Le messager d’amour
Je suis celui qui année après année frappe à la porte de ta vie.
Je suis le soleil… pour toi, je courbe ma lumière afin qu’elle vienne frôler les creux et les pleins de ta silhouette que j’ai dessinée et autour de laquelle je gravite. Peu m’importent les lois du cosmos, plus je réfléchis et plus je pose sur ta peau mes éclats de tendresse. Quel est l’astre et quelle est la planète ? Tout se confond dans l’instant amoureusement, et nos vies s’articulent dans un espace que rien n’offense.
Je suis l’aimant, moi, le non créé, celui qui n’existera pas tant que tu ne l’auras pas reconnu.
Je suis le prince des certitudes, celui devant qui personne ne peut rester de glace.
Pourtant tu continues de m’ignorer.
Non, ne t’effarouche pas, je laisserai au temps le soin de dissoudre tes appréhensions.
Tu pleures ? Je suis avec toi, car je suis la larme qui dans ta bouche a le goût du sel.
Tu interroges le ciel, mais je ne peux te répondre car je ne connais pas le mode d’emploi de l’amour sur terre. Je ne suis pas dans ton périmètre de vie, je ne suis pas de ton époque. Je suis de toujours et de maintenant, mais comment te le dire ? Je ne suis pas un expert du vocabulaire du cœur. Les mots, si souvent, riment avec tromperie, alors, je garde ma déclaration pour un avenir dédié à la sensorialité que nous éprouvons déjà, d’une silencieuse étreinte.
Je garde espoir que tu me reconnaisses, ne dit-on pas qu’un mendiant d’amour, un jour, se hasarda dans la vallée des cœurs perdus où les soupirs donnaient récital et qu’il y trouva l’âme sœur !
Le rêve est le refuge où je dépose ma flamme. J’espère qu’une nuit, dans ton sommeil, tu entrouvriras la porte, ainsi tu libèreras les caresses qui n’attendent que le moment de parcourir le velours de ton corps autant que la sensibilité de ton âme.
Tu frémis déjà car je suis ton promis. La sensation de l’amour vibre comme une force tellurique bien avant que l’amour ne se manifeste. Sois attentive à son courant d’ondes, il est mon messager.
Carmen P.
Quatorze février 2014
Le vent souffle en rafales et la pluie de saison
vient grossir la rivière. L’eau, par-dessus
berges, mouille le sol et la lande ruisselle.
Le tilleul danse, frénétique, ses branches oscillent
Temps/Temps/Temps, puis elles s’animent d’un mouvement
de giration, fluctuant. Pas d’inclinaison
tendre, ni vers le haut, ni vers l’espace, autour.
Du coup, même les tourterelles délaissent
brindilles et s’en vont roucouler sur une poutre
plus sûre. Elles pensent couvée, alors que l’homme
doute. Sous la pleine lune et son halo, si large
j’ai pourtant vu, quand la tourmente s’est calmée
deux amoureux, museau pointu contre museau
pareil, mener tintamarre sur le gazon
boueux. « Frr, frr, frr, frr… pensons à nous ma douce
hérissonne ! semblait dire monsieur, tentons
frasques nocturnes au nez des humains qui hibernent
dans leurs abris. Ils n’entendent pas la nature
qui appelle friponneries en cette nuit. »
Erin (Carmen P.)
.
Le voile déchiré
Elle avait déchiré le voile et elle souffrait,
infiniment. Ses maux griffés dans le silence
d’une chambre de jeune fille troublaient son âme
Elle ne possédait de la vie que mille voix
qui la hantaient, la laissant là sur le carreau
brisée, parmi les tesselles de ses rêves.
Seule, elle écrivait :
« Citadelle enflammée au bout du mirage…
Et l’avenir se retourne
Sur les pas de l’homme qui marche… »
N’oubliez pas l’enfant que le lait maternel
n’a pas nourri. Sa vie était de famine
et sa mort certaine. Le corps fuit la citadelle.
N’emmenez pas l’enfant, il n’est pas oublié,
il dort dans la mémoire des vivants qui l’aiment,
son absence est un éveil que les pleurs trahissent.
Seule, elle dansait :
« Noé a brûlé son Arche
Et la jungle s’est faite reine
Au milieu des catacombes… »
Les songes qui l’habillent sont les labyrinthes
où l’homme se perd tandis que sa robe froisse
la sauvagerie d’un monde inaccessible.
Etrangère à la jungle elle se pare de grâce,
s’excuse de ne vouloir annoter, à l’encre
noire, les lignes que traverse un arc en ciel.
Seule, elle pense encore :
« Les ordures fleurissent par tous les temps
Et la dent arrache les pétales.
Pour manger l’âme hostie ! »
À la lisière de l’éternité je tends
des feutres de couleurs, afin que s’écrive
la fleur d’espoir, avant l’extinction du soleil.
Erin (Carmen P.)
Pour Fiona
5 janvier
elle était fille
ange à la vie dérobée
froide comme l’hiver
Par l’aiguille amniotique
d’un amour incertain
s’est creusé le bulbe
où l’esprit paraissait
Aspiré le verbe
de ce corps flotté
et la douleur — seule
face au silence
figée
Entre sommet et gouffre
la poésie s’emmêle
éblouie par la mort
elle contemple l’en-terre
C’est l’argile qui s’enferre
sur des rails disloqués
où la voix d’une enfant
plie au silence intimée
Erin (Carmen P.)