Gwin Zegal

Traverser les terres avant d’apercevoir

le petit port discret de Gwin Zégal

Au bois de ses arbres pieux je vais

arrimer mes mots et quelques peines

La descente est cruelle

jusqu’à la mer et ses merveilles

.

La digue est de granit, elle abrite

une anse émeraude où dansent

les fleurs-bateaux, où respirent

les poèmes-marguerites dont la vie

ne tient qu’à quelques troncs

Je les aime, un peu…

.

La descente est à risque

jusqu’à la crique

mais la mer est d’azur

et j’ai une peur à mettre à flots

afin qu’elle danse la joie tranquille

avec les coques amarrées

.

Les îlots rocheux font sentinelles

ils laissent la mer courir

entre leurs jambes et bondir

telle un chat en furie

tant que les marguerites

se balancent, protégées

Je les aime, beaucoup…

.

À mer haute, les bateaux

rêvent de traversées fantastiques

mais les arbres les retiennent

ils n’ont plus que leurs racines

tandis que les branches

fantômes interrogent

le vent. Lorsque la mer

est basse, la conscience

du sable suffit au repos

de chacun, ils sont là

les uns bien plantés

les autres bien accrochés

il n’y a plus d’attente

.

Parfois, les marguerites

dans leur écrin de granit

rose ont échangé des mots

à marée basse avec les poètes

sans attaches qui leur ont dit 

les aimer, passionnément…

.

.

Carmen Pennarun

À mes oiseaux, envolés

Une femme paratonnerre, à l’âme chanteresse, gravite en son jardin. Elle virevolte comme une butineuse. De quel miel se compose sa patience ? À quelle distance se propage son amour ?

En compagnie des muses, elle veille sur les sources des sons et des couleurs, et elle arrange ses rosiers de sorte qu’ils grimpent sur l’échelle des grâces.

*

décembre ressenti

aux pôles de son être

en pleine canicule estivale

pourtant____le froid

.

les enfants____de dos

elle les voit partir

vers le monde immense

– il déploie sa carte

où il leur suffit de pointer le doigt

pour de rire et pour de vrai –

.

elle demeure petite fille

abandonnée

seule au milieu d’une famille

de doutes

la laisse au coeur

avec une mère

qu’il a fallu soutenir

sans que lui convienne le décompte des ans

.

elle a gardé son inquiétude à distance

respectable – comme un chaudoudou

que personne n’aurait pu lui ôter

elle l’a gardée avec une détermination sauvage

devant laquelle même Dieu ne pouvait que s’incliner

.

La tour Eiffel, elle l’avait décalquée, il y a longtemps

sur les rêves de ses descendants, quand son père

s’était égaré dans la capitale et qu’à chaque fois

devant eux, elle se dressait. Elle était devenue

l’aiguille de leur boussole (elle ignorait que la vieille dame

annonçait – plus à l’Ouest – la statue de leur Liberté future)

.

et la fleuriste avec son sourire à la française

la demoiselle des jardins, la belle coccinelle

dans l’ ordre des mots coléoptères, soulève

ses poèmes autant qu’ elle compose

de bouquets de roses. Elle ne rougit pas

non, elle ne rougit pas de ses points noirs

ni de son pacte avec la vie

.

Mariée dans son jardin

*

Sur les lèvres des hommes se lisent des prénoms

ils sont comme autant de veilleuses sur les chemins

du monde. Un long murmure atteint la ville

Elle n’a pas besoin de murailles, les prénoms

de lumière l’éclairent. La flamme passe vive

d’un enfant d’hier à l’enfant de demain.

.

À toutes les Lucies, à toutes les Annas

À tous les Lucas, à tous les Evans

un message, un baiser, une bénédiction

un roc pour poser les pieds

et des ailes aux talons

pour les nuits

sans lune

afin

qu’à l’aube

s’ouvrent toutes

les roses qui chantent

chaque prénom possédé d’amour

.

Carmen Pennarun

(photo personnelle)

Un noyau de colère

Il apportait du coeur à chacune de ses tâches. Le soleil brillait entre les ombres de ses phrases, elles hissaient la parole comme branches que la multitude des troncs reliait au grand sol.

Il y avait de l’humus au creux de ses mains et c’était comme si de tous ces débris végétaux renaissait le chant des oiseaux épris de terre.

Des miettes la vie faisait son pain. Que dis-je, elle faisait son feu. Un feu blanc où tout n’était que crépitement de joie tendue vers l’unité.

Il avait un soleil dans le coeur et il parvenait à se relier aux soleils que chaque vie, chaque manifestation, contenait.

Nous demeurons sur le pourtour des choses alors que leur noyau est joyau incandescent.

Nous ne nous permettons que l’épreuve de la résistance. Au-delà de la résistance… existe l’épreuve du feu qui ouvre à une dimension autre où nous attendent les dragons.

***

« Laisse-moi être en colère ! »

m’a-t-il dit, alors je me suis

tenue au-dessus des turbulences

sans songer à les tempérer

dans l’orbite

inatteignable de la paix

.

Amour !

.

Pour tout horizon

une longue route bleue

aux nuances d’acier

.

Le bleu turquin

– irrémédiablement –

s’enfonce dans le bleu nuit

l’espoir d’une ouverture

même barbeau nous est enlevée

(il fait froid sans couverture étoilée)

on ne peut atteindre les nuances

aigues marines ou les belles azurées

que par échappées rêveuses

– dans le réel elles sont trop long voyage –

De grâce, accordez-nous le calme froid

d’un bleu givré __ ses harmonies ouatées

seraient plus douces à porter

elles nous protégeraient des retombées

de vrilles, dures comme boulets de canon

.

Entendre ta fureur, oh, dragon

Afin de ne pas demeurer champ

dévasté que gagne la tristesse !

***

.

Il est d’immenses chagrins

il en est d’autres qui doucement

font leur lit dans le fleuve amour

.

Inexorablement ils creusent

sans que le cours ne les y encourage

Ils s’en fichent du courant

ils créent des marmites

provoquent des tourbillons

La fougue est en eux

énergie ravageuse

elle affronte des montagnes

lorsque la géographie de la vie

n’offre que doux vallons

.

Mon Dieu, toutes ces lignes d’eau

et combien de dépressions faudra-t-il

avant que les dragons de la jeunesse

cessent de tourmenter les jours

et que dans la vallée la bénédiction

de l’eau se fonde dans les bras de la mer ?

***

Elle ne parlait pas, mais son regard disait la fièvre. La petite fille, en face d’elle, l’encourageait à s’exprimer. Elle saurait bien grappiller quelque sens car depuis des mois la voix de son aïeule était devenue inaudible et ses propos incohérents.

La parole lui parvint tout à coup, réveillant la mémoire couverte par des années de silence.

« Si je laissais mes épaules s’abaisser, quel serait le risque que je m’écroule ? Redresse-toi, me dit-on, mais un jour l’effacement s’installe jusqu’à l’inévitable, jusqu’à ce que la présence soit gommée aux yeux du monde. C’est douleur de se redresser quand le mal transpire par tous les pores. On l’ignore tant que la souffrance morale n’atteint pas la chair… mais au-delà, quand le corps a absorbé tous les torts, la vindicte s’attaque au souvenir… les morts doivent bien aider les vivants à porter leur part de souffrance… même toi tu me renieras. »

Sur cette malédiction, elle laissa son souffle avoir le dernier mot.

Tout était dit dans la continuité de la douleur.

le ciel n’est pas la rançon de l’épreuve !

.

Carmen Pennarun

illustration : Chen Hui 1959

Joséphine

:

Cicatrices

La peur des dangers lui était devenue étrangère depuis que son père l’avait soulevée, la portant haut au-dessus des crocs du chien.

Les chiens de ferme n’étaient pas des compagnons de jeu pour les enfants. Malheur à ceux qui auraient commis l’imprudence de se glisser dans leur niche. Joséphine, en toute innocence, avait eu cette idée… mais le père aimant veillait !

C’était avant la guerre. Avant qu’il ne soit appelé. Avant qu’on ne le lui enlève.

Depuis, Joséphine avait peur de Rien.

Je vous vois venir. Non, elle n’avait pas peur de Rien, elle avait peur, réellement peur, de Rien, de l’innommé, de l’impensable.

La peur est humaine que l’inhumanité accorde à sa monstruosité.

*

Adieux

La maison s’éloignait sur le tableau noir de la nuit

ou alors c’était le train. L’appel les avait enfermés dans un nuage

sombre où les larmes brouillaient déjà les mémoires.

L’enfant, derrière la grille, se tenait, debout

le chien dormait dans sa niche

et le père sur le champ d’honneur s’était couché.

*

Elle avait peur le soir et ne se couchait jamais sans vérifier qu’un fantôme ou quelque monstre ne se cachât point sous le lit. Cela amusait beaucoup l’enfant. L’expérience la plus cruelle pour Joséphine fut la nuit où elle dut dormir dans la maison en construction que son fils bâtissait pour sa famille. Une seule pièce était aménagée, la chambre de l’enfant.

[…]

Les esprits, grand-mère n’en voulait pas, la vie était assez compliquée comme ça, c’est pourquoi elle chassait les fantômes chaque soir avant de s’abandonner au sommeil. Elle les traquait derrière les fourrés des meubles, dans les sous-bois du lit, la moindre ombre était pour elle celle d’un bandit des grands chemins, elle avait le pouvoir de se rétracter ou d’étirer sa terreur sur le mur, qui du coup semblait se rabattre sur l’infortunée.

Alors l’enfant vérifiait qu’aucune présence ne se tînt sous le lit. Elle contrôlait l’armoire et l’espace entre les vêtements suspendus, elle secouait les doubles rideaux, tandis que Joséphine, à genoux sur le lit, s’accrochait au sentiment de sécurité qui ne comptait que sur l’innocente ronde d’une petite fille.

Carmen Pennarun

Je suis Marie, la « petite reine de la cité »

.

Depuis son plus jeune âge ses actes étaient guidés

par la nature. Elle respectait les lois des vents

des marées. Ne lui en demandez pas la raison

prenez ses notes comme autant d’instantanés

Elle était imprévisible pour qui ne savait pas lire

les signes que Terre envoyait, ceux que les passeurs

des voix de la nature – nos animaux – traduisaient

.

N’accusez pas le liseron s’il étouffe vos rosiers

seul le jardinier ordonne la nature

hélas, elle ne connaissait rien à l’horticulture

elle laissait l’enfant faire ses premiers pas

quand de lui-même il parvenait à maîtriser la loi

de l’équilibre en direction de ce qui l’attirait.

Elle se gardait de s’exclamer par crainte

de le surprendre et de stopper son élan

.

Elle était le témoin silencieux – pierre

levée qu’une vibration joyeuse animait

Elle entendait le chant de la vie et le frémissement

des arbres surpris par l’agitation humaine

Elle entendait

.

la voix de son père, celle de sa mère

un écho d’amoureux, une tonalité

pour elle seule. Son berceau était construit

de bois. Son père pourtant, n’était pas menuisier

mais il avait su chantourner les barreaux

pour son fils. Pour un fils ?

.

Début d’automne. La nature tapissait déjà

le sol de feuilles pour l’avenir. Une enfant

avait trouvé un nid dans le corps d’une jeune

fille. Ses parents allaient quitter la chambre

de bonne où la tenancière les regardait

d’un mauvais oeil. L’enfant attendait

C’est dans une cité, la première construite

à l’appel de l’abbé Pierre, que les eaux annoncèrent

une naissance dans l’urgence. L’enfant prématurée

tardait à voir le jour. Pourquoi faut-il trop souvent

enfanter dans la douleur ?

.

La peur de perdre la mère et l’enfant

ouvrit le coeur du père, ainsi il put accueillir sa fille

Elle devenait miracle. Il l’appela Marie

.

Entre les barreaux de son lit Marie entendait

tous les sons que la vie lui apportait

elle sut faire tenir les mots debout bien avant

qu’elle ne se dressât sur son matelas

et c’est sur le tremplin des mots qu’elle apprit

à grimper pour mieux voir ce qui mijotait

dans le chaudron de la vie

.

Elle sut très tôt que les mots bien souvent

contredisent ce que les coeurs dans leur langage

lui révélaient. N’était-elle pas Reine, première enfant

née dans cette cité ; un chaland où tous les miséreux

apprivoisaient leur dignité ? Elle symbolisait l’espoir.

.

Carmen Pennarun

photographie : Staihis Vlahos

L’arbre d’eau

David Joaquim

L’arbre d’eau

poésie d’une péniche

ainsi nommée

.

de Rennes à l’écluse du Boël

elle s’offre une escale

à Pont Réan où elle décide

de virer de bord

d’une lente manoeuvre

.

spectacle sur les berges

car la belle prend

la largeur de la Vilaine

.

je me suis souvenue

de Gigi Bigot

une conteuse que j’avais vue

avec mes petits élèves

.

la cale de rouge tendue

bruissait des rires

que la parole nomade

confiait aux âmes

jeunes puis elle filait

sur l’eau berçante

comme une matrice

.

les souvenirs sont étoiles

et l’enfance est un Art

qui les engrange toutes

*

*

n’être qu’une seule fois

moi toute entière

chair et eau

lumière et mots

.

libérée de la sécurité

amniotique. Loin

du giron de la douceur

où se noie la confiance

.

shame on me quand plane l’ombre

de l’aile d’un rapace dont je suis la proie

confondue

.

ne plus cacher mon visage

dans le creuset de mes mains

laisser le ciel inonder mon âme

.

il y a bien assez de sel sur Terre

je me refuse aux leurres de surface

.

mon coeur est une vallée

où affluent les cours d’eau

venus disperser les poisons

dans le lit du sentimentalisme

.

l’amour guide ma navigation

dans l’originalité de mes mémoires

baignées du chant de l’univers

.

la marque de la honte doit s’effacer

afin d’ouvrir l’espace au poème

il fraie en eaux profondes

.

seul mon être réconcilié

avec mon moi m’aime

ose s’en approcher

.

et mes paroles ne s’alignent

sur les actes que s’ils sont en voie

de congruence

.

la musique d’une vie

se joue sur un clavier flottant

*

*

je pense à vous, saisons,

ô vase fragile de l’instant

dépêché, quand l’hésitation

laisse en suspens l’urgence

d’un affleurement

.

j’incline vers l’astre solaire

la courbe du jour – entre tumulus

et passeur d’eau

.

je vais d’une rive du temps

à l’autre

j’engrange tous les couchants

jusqu’à ce que lèvent d’autres promesses

vives comme l’aube

.

quand glissent lumières en ombrelles

et que jonquilles et iris retrouvent

leur chant tandis que grimpent les saveurs

.

en secondes d’éternité

.

Carmen Pennarun

La cinquième saison

La cinquième saison

je la nomme Joie

elle n’a rien de lunaire

bien que dans la tristesse

on pourrait le croire

.

elle traverse l’année

du premier janvier

à la nuit de la Saint Sylvestre

sa lumière jamais ne s’éteint

tant va l’énergie permettant

aux mots de fructifier

en fond labyrinthique

.

elle est la flamme qui nous habite

et qui initie notre souffle

à la magnitude solaire

.

l’onde de joie émerge

sous la clarté falote

d’une lune pleine

aux pieds des pâquerettes

invisibles – elles devisent –

en croissance d’aurores

.

la cochlée de l’ oreille

accueille les vocalises de la vie

les vibrations hautes

coulent leur onguent

irradient de nitescence

et sur nos fronts s’épanouissent

les blancs de nos mémoires

absous  des trous noirs

dépeignés d’allégresse

.

Carmen Pennarun

.

Mirage bleu – ma mère

elle, si légère

comme une feuille

détachée

comme une rivière

sortie de son lit

avec des gestes doux

à reconduire

conversation lente

de petits cailloux

des petits riens

en plain appel

tout va bien

malgré ce mal qu’elle ne parvient

à endormir

tout va bien

et l’air est une rivière

où dansent ses robes

fleuries

la vie

.

lui, dans le réel

égaré

il n’a pas appris

à relever

les petits cailloux

à faire le chemin

qui remonte le temps

il était bâtisseur

mais la profondeur

des fondations

et la hauteur des murs

ne résistent pas

aux assauts des jours

au-dessus desquels elle cherche étoile

.

Les petits cailloux comme les gestes

ne sont plus. Tout est figé, solidifié

et moi je la vois debout à côté

de ce corps qui ne répond plus

regardant venir les bateaux

de l’enfance chargés des

rires des ses sœurs.

Il demeure du bleu

le ciel le dit

il ne saurait

mentir

d’ailleurs

la lumière

attise des braises

pour quel enjeu ?

.

un point d’enfance

dans l’aride

vieillesse

.

en vérité

les ocelles bleus

d’une âme que l’océan

attire vers l’ultime

camouflage

.

et l’on voudrait que je sourie

alors que je retiens

au-dessus du vide

mes cris d’appels

mes yeux sont secs

pourtant je tangue

j’affirme que tout cela

est mirage -ralentissons !

.

la vie est éclaboussure

d’infini, un nectar

un temps, un venin

au final

.

Eve n’y est pour rien

et ma mère non plus

.

Carmen P.

illustration : Léon Spilliaert

L’enfance dans la joie perchée

Trees falls
Bees balls
That’s how
the world
will be

Evan P. – 5 ans

*

Le vert est un son – tenu
de la terre, il prend corps
suit le souffle d’hiver
jusqu’à l’embaumée d’une faveur
fleurie. Croire aux cymes
du tilleul mi-juin

*

Derrière le front
l’énergie vert pomme
d’une terre à blé
où lentement poussent
les épis
_____ et les fougères
des pensées se plient
émiettent les mottes
où germe le grain
de demain
_____Rien ne s’oublie
du passé à l’avenir
quand la menthe
en soi savoure
mille désirs

la vie crée notre paysage
à partir d’un champ chromatique
celui d’une couleur  que les rayons
de notre soleil intérieur – traverse

*

Les hôtes dans ce bel arbre
se posent comme des oiseaux
L’ami aux bras noueux
accueille chacun comme
il porte les saisons
Les fruits sont gracieux
et sa voix de broussaille
se fait murmure que seuls
les enfants écoutent

*

Dans un monde tout autre, si l’enfant – vif et espiègle – était planté comme une jeune pousse,  il contemplerait avec envie, de son petit coeur palpitant  attaché à la terre,   l’arbre libéré de ses racines qui, en face de lui, gambaderait à s’en rompre le bois.

Je verrais bien cet arbre… et oui, je le vois ce grand pachyderme végétal, en génuflexion devant l’enfant, tendre sa branche comme une trompe et d’un geste plein de sève et de compassion, la poser sur la tête du petit être avec une infinie douceur. Que savons-nous de la tendresse entre les espèces ? Un élan traverse la nature qui prend soin d’elle-même et en quelque sorte  nous protège, en nous intégrant à son champ vibratoire.

Recevons la bénédiction de nos frères végétaux que rien de monstrueux n’anime. Leur délicatesse de géants calme les peurs liées à la fragilité de notre condition humaine.

*

Le héron perché

sur la cheminée

d’en face

est la sentinelle

de not’ p’tite forêt

.

Sur ce coin du monde

où les jours passent

il couronne hautain

la canopée où

les maisons se cachent

.

Il s’envole soudain

à l’appel de l’étang

portant haut et loin

le hauban de son cri

.

Carmen P.

Contre mon coeur-cerisier

Photographie B. Pennarun, non libre de droit.

L’imaginaire est la clef dans la serrure du temps. Introduite à l’instant précis où le destin l’autorise, elle parvient à ouvrir la conscience à tous les possibles. Sous le faisceau du regard un monde fantastique s’anime et prend couleur. Il a la saveur des jours cerise.

*

J’accroche une échelle de fleurs
dans mon arbre

c’est pour toutes les pensées
étrangères
avant qu’elles ne deviennent
l’âme infidèle

Mon guide m’accompagne
et puis m’abandonne
car c’est à moi de compter
les noyaux – après la chair

Aucune roche n’est imprenable
l’esprit pénètre par les fissures
comme l’eau – mon enfant
comme l’eau s’infiltre

Le bonheur s’acclimate
il s’affirme en grimpant
du plus bas de la peur
et se hisse jusqu’au
panache de lumière
sans qu’aucune fleur
ne se ferme
et sans que tu ne lâches
ton rêve

*

La petite fille ne sait pas
qu’elle est née princesse
pas plus que le coquelicot
ne perçoit son propre éclat
et je raconte des histoires
qui dans mon coeur
forment mantra
dans l’ose ange
de mon esprit
.
_____Je
.
coeur____berce
.
____mon
.
pour que la petite fille
devienne fleur
tandis que les coquelicots
font la révérence
au bal des épis de blé
de ma conscience

.

Carmen P.